La Seyne sur Mer

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Rousseau et l’inégalité

jeudi 3 septembre 2020, par René Merle

Émile ou de l’éducation (1762) n’est pas seulement un précieux ouvrage de formation [1], il est aussi un brulot politique. Voici par exemple ce que Rousseau écrivait dans le livre second :
" Il y a dans l’état de nature une égalité de fait réelle et indestructible, parce qu’il est impossible dans cet état que la seule différence d’homme à homme soit assez grande pour rendre l’un dépendant de l’autre. Il y a dans l’état civil une égalité de droit chimérique et vaine, parce que les moyens destinés à la maintenir servent eux-mêmes à la détruire, et que la force publique ajoutée au plus fort pour opprimer le faible rompt l’espèce d’équilibre que la nature avait mis entre eux. De cette première contradiction découlent toutes celles qu’on remarque dans l’ordre civil entre l’apparence et la réalité. Toujours la multitude sera sacrifiée au petit nombre, et l’intérêt public à l’intérêt particulier ; toujours ces noms spécieux de justice et de subordination serviront d’instruments à la violence et d’armes à l’iniquité : d’où il suit que les ordres distingués qui se prétendent utiles aux autres ne sont en effet utiles qu’à eux-mêmes aux dépens des autres ; par où l’on doit juger de la considération qui leur est due selon la justice et la raison. Reste à voir si le rang qu’ils se sont donné est plus favorable au bonheur de ceux qui l’occupent, pour savoir quel jugement chacun de nous doit porter de son propre sort. Voilà maintenant l’étude qui nous importe ; mais pour la bien faire, il faut commencer par connaître le cœur humain [2]".
On comprend la révérence des révolutionnaires les plus conséquents à l’égard de Rousseau. On comprend aussi, et ce fut particulièrement le cas de Robespierre [3], l’angoisse qu’ils éprouvèrent quand à leur tour ils se retrouvèrent dans "le petit nombre" détenteur de la force publique, avec la nécessité de faire régner l’égalité... J’y reviendrai.

Notes

[1Je n’ai cependant jamais caché ma gêne extrême de voir un aussi pertinent libre sur l’éducation écrit par un homme qui avait abandonné ses enfants. Cf. Rousseau et "les enfants trouvés".

[2"Connaître le cœur humain" implique le postulat d’un fond de la nature humaine soustrait à l’histoire, fond qui n’est pas à l’évidence pour Rousseau, quoi qu’en disent des idées reçues, seulement celui de la "bonté" native. Rousseau avait aussi lu La Rochefoucauld

[3Sur Robespierre, cf. : Robespierre.

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