La Seyne sur Mer

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Il général Cadorna...

mardi 1er septembre 2020, par René Merle

J’ai placé récemment en coup de cœur sur ma page Facebook, et sans explications, cette chanson que j’avais si souvent entendue, chantée par ma grand-mère (née Toscane), et que j’ai retrouvée en me promenant dans Youtube. En voici donc une présentation plus complète.
Dans une cité provençale alors baignée d’immigration italienne, mon père instituteur n’aimait pas trop que sa mère chante ces ironiques couplets, où il voyait plus vulgarité plébéienne que protestation politique.
En effet, vous pourrez en juger par la traduction, nous sommes ici loin de la grande et noble poésie italienne…
Mais nous sommes si près de l’ironie amère de ceux qui risquent leur peau dans une tuerie qu’ils n’ont pas souhaitée et dans laquelle ils ne se reconnaissent pas.
Le général Cadorna est détesté parce qu’il commande depuis 1915 les troupes italiennes qui affrontent les troupes austro-allemandes dans les Alpes carniques et aux portes de Gorizia et de Trieste, épuisantes offensives et contre offensives qui se soldèrent par la terrible défaite italienne de Caporetto (octobre-novembre 1917), après laquelle Cadorna dut démissionner. À son obstination stérile et meurtrière s’ajoutaient les exécutions et les décimations des soldats qui protestaient contre la prolongation du conflit. C’est dire qu’il était haï.
C’est dans ce contexte de la bataille de Caporetto que naquit la chanson.
J’ai aimé la façon dont ce chœur de modestes militantes antifascistes l’a reprise récemment, en 2015, à l’occasion de l’initiative du Musée de la Résistance de Turin : « L’inutile strage » (le désastre, le massacre inutile).
Et il est émouvant d’entendre, surgies de ces femmes de la normalité d’aujourd’hui, les voix du peuple d’antan, dans une polyphonie spontanée qui prend aux tripes.
Tous les couplets de la longue chanson ne sont pas chantés ici. Je donne donc seulement ce que vous pouvez entendre, et je traduis littéralement, en ajoutant quelques précisions.

Il general Cadorna ha scritto alla regina
« Se vuoi veder Trieste te la mando in cartolina »
Bom bom bom
al rombo del cannon

(Le général Cadorna a écrit à la reine [1] : « Si tu veux voir Trieste [2], je te l’envoie en carte postale.
Bom bom bom, au grondement du canon.)

Il general Cadorna è diventato matto
chiamà il ’99 che l’è ancor ragazzo
Bom bom bom
al rombo del cannon

(Le général Cadorne est devenu fou, il appelle les conscrits de la classe 1899, qui sont encore des enfants. Bom bom bom, au grondement du canon.)

Il general Cadorna ha scritto la sentenza :
« Pigliatemi Gorizia, vi manderò in licenza »
Bom bom bom
al rombo del cannon

(Le général Cadorna a écrit la sentence (a décrété) : « Prenez-moi Gorizia [3] et je vous enverrai en permission ». Bom bom bom, au grondement du canon.)

Il general Cadorna ’l mangia ’l beve ’l dorma
e il povero soldato va in guerra e non ritorna
Bom bom bom
al rombo del cannon
.
(Le général Cadorna, il mange, il boit, il dort, et le pauvre soldat va à la guerre et n’en retourne pas. Bom bom bom, au grondement du canon.)

Notes

[1Faut-il préciser que l’Italie était alors un royaume ?

[2Trieste, le grand port austro-hongrois, grandement italianophone, était revendiquée par le gouvernement italien.

[3Cette ville du Frioul est située sur l’Isonzo, à la frontière actuelle italo-slovène. L’offensive meurtrière sur Gorizia est dénoncée par une magnifique chanson antimilitariste, sur laquelle je reviendrai.

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