La Seyne sur Mer

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Robespierre, Rousseau et la Vertu

mardi 8 septembre 2020, par René Merle

J’évoquais récemment Rousseau, avec une citation de Émile ou de l’éducation (1762) :
Rousseau et l’inégalité.
On peut lire quelques lignes, en amont de cette citation, une phrase si souvent reprise et commentée, jusqu’au contresens :
« Ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à chacune des deux. »
Et c’est bien ce que signifiait Robespierre à la Convention [1] quelques semaines avant d’être renversé [2], en rappelant que les Lumières, dont se réclamaient à des titres divers tant de membres de la Convention, n’avaient rien de monolithique [3], et que si Rousseau est du côté de la Divinité et donc de la Vertu, les autres, les encyclopédistes [4], sont pour la plupart du côté de la bourgeoisie, du compromis avec les pouvoirs établis, mais aussi, en ce qui concerne les radicaux, les plus démocrates, du côté du matérialisme et de l’athéisme. Ce qui est insupportable à Robespierre qui fonde son engagement politique sur la nécessité d’agir vertueusement, ce qui serait impossible sans son lien avec la Divinité (une divinité qui n’a rien à voir avec celle de la religion alors dominante)...
Voici comment il se présente en disciple de Rousseau devant une assemblée dont, pour des raisons fort divers, la majorité des membres commence à ne plus le suivre :

"Parmi ceux qui au temps dont je parle se signalèrent dans la carrière des lettres et de la philosophie, un homme, par l’élévation de son âme et par la grandeur de son caractère, se montra digne du ministère de précepteur du genre humain : il attaqua la tyrannie avec franchise ; il parla avec enthousiasme de la Divinité ; son éloquence mâle et probe peignit en traits de flamme les charmes de la vertu ; elle défendit ces dogmes consolateurs que la raison donne pour appui au cœur humain : la pureté de sa doctrine, puisée dans la nature et dans la haine profonde du vice, autant que son mépris invincible pour les sophistes intrigants qui usurpaient le nom de philosophes, lui attira la haine et la persécution de ses rivaux et de ses faux amis. Ah ! s’il avait été témoin de cette révolution, dont il fut le précurseur, et qui l’a porté au Panthéon, qui peut douter que son âme généreuse eût embrassé avec transport la cause de la justice et de l’égalité ?"

Notes

[1Discours à la convention du 7 mai 1794 (18 pluviôse an II), « Sur les rapports entre les idées religieuses et morales avec les principes républicains et sur les fêtes nationales ». On lira sur ce site des extraits de ce discours dans les articles consacrés à Robespierre : Robespierre

[29 thermidor an II, 27 juillet 1794

[3De fait, les Lumières, on le sait ou l’on devrait le savoir, n’avaient rien de monolithique, ni philosophiquement, ni politiquement, ni économiquement, ni religieusement, ni moralement. On pourra lire par exemple Jonathan Israël, Une révolution des esprits. Les lumières radicales et les origines intellectuelles de la démocratie moderne. Agone, 2017

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