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Espagne, les espérances républicaines de 1945, Negrin

dimanche 6 septembre 2020, par René Merle

On lit dans le quotidien de sensibilité communiste Ce Soir, 4 janvier 1945 :
« Au micro de la BBC, le docteur Negrin [1]devait adresser hier un message à ses amis américains. En dernière heure la diffusion – d’abord autorisée – du discours de l’ancien Président du Conseil fut interdite. Le gouvernement britannique explique cette interdiction en rappelant que le docteur Negrin n’avait été autorisé à se réfugier en Grande Bretagne qu’à la condition de cesser toute activité politique.
Nous entendons souvent à la radio anglaise de nombreux réfugiés étrangers auxquels la même condition rituelle a été posée.
Si le message d’hier a été interdit, c’est évidemment parce que le docteur Negrin y met en cause, implicitement mais clairement, et condamne l’immixtion regrettable dans les affaires intérieures de certains pays libérés par les Alliés. Il affirme que l’Espagne ne souhaite pas une telle intervention. Elle n’a pas admis l’intervention sur son sol des nazis et des fascistes. Elle ne peut admettre l’intervention d’aucune puissance, fût-elle amie.
« Deux siècles d’expérience de l’intervention nous ont laissé d’amers souvenirs et nous ont coûté très cher… L’Espagne veut éviter que des gardiens déguisés en amis ne fassent de nous des prisonniers. »
Une immixtion dans ses affaires serait aussi insupportable demain au peuple espagnol qu’elle le fut hier. Elle serait d’ailleurs inutile. Les Républicains espagnols se chargeront eux-mêmes d’abattre le régime franquiste. Ce qu’ils demandent seulement, à leurs amis démocrates, c’est de cesser de reconnaître internationalement, diplomatiquement, le régime des rebelles et de reconnaître le gouvernement porté au pouvoir par la volonté du peuple et qui demeure le seul gouvernement légitime.

Le martyre de l’Espagne—
Afin de prolonger sa dictature, Franco continue à emprisonner, à torturer, à tuer. Plus de trois cent maille républicains ont été assassinés. Plus de six cent mille sont emprisonnés. Franco espionne pour le compte de l’Allemagne. Il permet le ravitaillement des garnisons allemandes de nos côtes atlantiques [2].
La rupture des relations diplomatiques avec l’Espagne franquiste doit être accomplie immédiatement dans l’intérêt de la France aussi bien que dans l’intérêt des Républicains espagnols, amis de la France.
Jacques SADOUL [3]. »

Notes

[1Juan Negrin, de 1937 à 1945, chef du gouvernement de la République espagnole, puis du gouvernement en exil

[2Il s’agit des poches de résistance allemande qui tinrent sur le littoral atlantique jusqu’à la fin des hostilité, alors que la France était déjà libérée

[31881-1956, journaliste, figure historique du communisme français

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