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Retour en scène de François Hollande et de Lionel Jospin

lundi 14 septembre 2020, par René Merle

Il y a quelque chose de pathétique, et de profondément irritant, dans le récent come back de deux figures majeures de la social-démocratie, pardon, du social-libéralisme, François Hollande et Lionel Jospin, sortis de leur silence pour critiquer notre Président bien-aimé (comme hier soir encore Lionel Jospin dans C dans l’air).
Et certes notre bien-aimé Président le mérite.
Par contre nos deux revenants semblent ignorer le sens du mot « autocritique »…
Et pourtant…

La première attaque, celle de François Hollande, est d’office disqualifiée quand on sait que ce même François Hollande appela Emmanuel Macron comme conseiller, puis en fit un ministre majeur de son gouvernement qui prépara et initia les réformes antisociales… qu’Emmanuel Macron Président mit en œuvre. On retrouve d’ailleurs dans l’actuel gouvernement plusieurs figures plus ou moins historiques du Hollandisme, qui se gardent bien de dire mot.

Plus intéressante est l’attaque de Lionel Jospin, qui fut notre Premier Ministre de cohabitation de 1997 à 2002, avec un gouvernement de la gauche dite plurielle (socialistes, - dont Jean-Luc Mélenchon -, communistes, chevènementistes, radicaux, écologistes). Un choix de pluralisme qui procédait autant, sinon plus, du désir de s’assurer une majorité parlementaire que le PS seul ne pouvait pas avoir, que d’un désir profond d’unité. Mais passons.
Lionel Jospin peut se targuer d’initiatives majeures, sociales comme les 35 heures, la CMU (couverture maladie universelle), sociétales comme l’institutionnalisation de la parité et le PACS.
Mais on ne trouve dans son propos actuel aucune autocritique sur son engagement clairement néo-libéral (vente de France-Télécom, début de la privatisation des autoroutes et plus généralement record de privatisations), ni aucune autocritique sur la capitulation de l’État devant une Europe antisociale (accords d’Amsterdam-Dublin et de Barcelone). Bref, une continuation aggravée des reniements socialistes de Mitterrand, Fabius, Rocard, Cresson, Bérégovoy… Sans parler, sur un autre plan, de l’engagement militaire en Afghanistan…

On pourrait mettre cette double absence d’autocritique au compte de l’aveuglement que nous avons tous, plus ou moins, en ce qui nous concerne.
Mais on peut quand même y voir quelque chose de plus profond et de plus dangereux : le sentiment que, de droit divin si j’ose dire, il revient au social-libéralisme la fonction salvatrice de gouverner la France, parce qu’il est le seul véritable parti de gouvernement. Il entend bien ne pas dévier de sa ligne européenne néo-libérale, qui lui assurera sa reconnaissance européenne et la caution du FMI. Les autres formations dites de gauche ou écologistes, sont sommées, une fois de plus sous peine de procès en trahison, d’avaler leur chapeau et d’apporter leurs contingents de voix, qui, même réduits, permettraient un accès au second tour.
Bref, François Hollande et Lionel Jospin, chacun à leur façon, veulent témoigner de l’immortalité de la nouvelle social-démocratie [1], revue et corrigée à la sauce néo-libérale.
Affaire à suivre.

Notes

[1Cf. ce que j’en écrivais en début décembre 2018 : Mort du Parti socialiste ? Ou du Phœnix sans cesse renaissant.

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