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"Pasolini", d’Abel Ferrara (2014)

dimanche 15 novembre 2020, par René Merle

Sur Pasolini, Cf. : Pasolini

J’ai revu à nouveau le beau et poignant Pasolini, d’Abel Ferrara (2014), où le réalisateur, il l’a dit et répété, sans vouloir faire un autoportrait, met en abyme sa propre réalité exigeante et tourmentée celle de Pasolini. Un Pasolini dont il a d’abord découvert la cinéma, fracassant les codes cinématographiques de sa jeunesse new yorkaise, avant de rencontrer la bouleversante complexité de l’homme Pasolini, matérialiste, mystique, politique révolté, transgresseur des normes sociétales, incessant créateur en littérature, théâtre, poésie... et naturellement cinéma.
Dépassant le réalisme immédiat (les dialogues croisent l’anglais, l’italien et le français), Ferrara a fait le choix de condenser SON Pasolini dans la déroulé linéaire de la dernière journée (1er novembre 1975), du petit déjeuner ensoleillé dans le refuge maternel (la Mère unique et omniprésente) à l’assassinat sordide par une bande de loubards sur la triste plage nocturne d’Ostie (Ferrara, on le voit, écarte de fait les thèses politiques complotistes relatives à cette exécution).
On le voit ouvrir son cher Corriere della Sera, dont il est le collaborateur.
On le voit évoquer son retour de Stockholm, où il a traité de Salò les 120 journées de Sodome, dont le montage s’achève, et dont nous revisitons une glaciale séquence de domination sexuelle.
On le voit s’entretenir avec un journaliste et traiter de son roman en cours, Petrolio, qui sera une nouvelle dénonciation de l’injustice sociale, de l’emprise destructrice du néocapitalisme et de la domination politico-mafieuse, sur fond de complot fasciste. On l’entend évoquer prophétiquement sa mort, annoncée par tant d’insultes et de menaces. « Nous sommes tous en danger »…
On le voit recevoir la visite de son amie Laura Betti, qui revient du tournage de Vices privés, vertus publiques de Mikls Jancsó, transgresseur orgiaque de tous les tabous.
On le voit jouer au foot (un plaisir sans cesse renouvelé) avec ces petits jeunes du sous prolétariat romain, qui lui ont fourni tant de matière littéraire et cinématographique.
On le voit rencontrer dans une trattoria son acteur fétiche, Ninetto, auquel il raconte son nouveau projet cinématographique Porno Teo Kolossal, voyage onirique d’un père et d’un fils en quête de la comète Idéologie, avec de longues séquences visuelles, dont l’incroyable nuit de rencontre des Gays et des Lesbiennes, afin de perpétuer leurs races…
On le voit enfin draguer le jeune prostitué, l’inviter à manger dans une autre trattoria, déserte et glaciale celle-ci, avant d’accomplir le dernier voyage nocturne, avant la dernière fellation et le lynchage bestial.
On le voit, dans ce déroulement linéaire, Ferrara a choisi la mise en rhizomes de ce qu’il sait de l’homme Pasolini… À chacun d’aller à la pêche de vérités dans ces cartes mises sur table.
Mais peut-on condenser en une journée tout ce que l’on sait, ou croit savoir, du kaléidoscope Pasolini, sans le brouiller, ou sans rester le nez sur la vitre ? Est-ce à dire que si Ferrara, en ce qui le concerne, a réussi son coup dans une maestria cinématographique achevée, le film ne peut vraiment prendre son sens que pour des initiés ?

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