La Seyne sur Mer

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1984 réédité

mardi 20 octobre 2020, par René Merle

Il n’est peut-être pas trop tard pour revenir sur les lectures du début de l’été.
En ce début d’été justement, en me promenant sur Facebook je suis tombé sur ce propos d’une ancienne ministre de la Culture [1]
 :
« Vous cherchez une lecture d’été ? Je viens de lire la nouvelle traduction de 1984 de Georges Orwell.
C’est un choc. On le cite sans vraiment s’en souvenir, ce roman, mais le redécouvrir est un plaisir immense ».

De fait, il est toujours passionnant de relire Orwell [2] et son invention prémonitoire de Big Brother, qu’en mai 2020 Gallimard venait de rééditer en Folio.
Mais il est aussi un peu énervant de la voir mis à toutes les sauces. Ainsi, vous pouvez acheter pour vos séance de yoga méditation le tee-shirt orné de la couverture de la BD qui lui fut consacrée en 2019 [3]

Alors, Orwell aujourd’hui, mode ou vertu toujours agissante ? Je lisais à ce propos le 12 juillet 2020 dans Marianne [4] ces quelques lignes de Jean-Claude Michéa :

« Le délire idéologique de la gauche moderne
« Le remplacement d’une orthodoxie par une autre n’est pas nécessairement un progrès. Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai qu’on soit d’accord ou non avec le disque du moment. » Un simple coup d’œil sur le monde intellectuel et médiatique d’aujourd’hui suffit à vérifier ce jugement d’Orwell. Le « politiquement correct » ne désigne rien d’autre, en effet, qu’une mise à jour libérale de cette double pensée qui permettait naguère à l’intelligentsia de gauche de justifier tous les crimes de Staline. Soit – précise Orwell – un « système de pensée schizophrénique », fermé au génie de la langue et à tout bon sens, et dont le pouvoir de nier les faits les plus évidents (« il ment comme un témoin oculaire », ironisaient les Soviétiques) se fonde sur cette maxime du « deux poids, deux mesures » (the double standard of morality) qui légitime toutes les chasses aux sorcières et la bonne conscience qui les accompagne.
Or, pour Orwell, cette perversion totalitaire du socialisme originel trouvait sa source principale dans l’intelligentsia des nouvelles classes moyennes urbaines dont le « vœu secret » était, selon lui, de « s’emparer à son tour du fouet ». On comprend donc qu’en sacrifiant son ancienne base ouvrière aux seuls intérêts « culturels » de ces nouvelles classes sociales (comme en témoigne entre autres le fait que la critique radicale du capitalisme a dû partout s’effacer devant la lutte contre l’« hétéro-patriarcat », le « privilège blanc » ou l’alimentation carnée), la gauche moderne a fait exploser les derniers garde-fous qui empêchaient encore son intelligentsia de parcourir jusqu’au bout le chemin de croix du délire idéologique. Qu’un Éric Fassin, un Geoffroy de Lagasnerie ou une Virginie Despentes puissent nous faire aujourd’hui regretter Jean Kanapa, voilà qui en dit long sur l’actualité d’Orwell !
Par Jean-Claude Michéa, professeur de philosophie à la retraite, il est l’auteur de nombreux essais, dont Orwell, anarchiste tory (Climats, 1995) et Orwell éducateur (Climats, 2003) ».

Notes

[1Je l’avais découverte avec son beau livre de 2003, 2003 Aurélie Filipetti, Les Derniers Jours de la classe ouvrière, Stock, rééd. en Livre de Poche. Cette fille de prolétaire lorrain communiste en parlait en connaissance de cause. J’ai eu peu disjoncté par la suite lors de son passage du Vert parisien au social-hollandisme

[2N’oublions pas de signaler qu’Orwell vient de faire son entrée à la Pléiade

[3Pierre Christin, Sébastien Verdier, Orwell.

[4Cf. : Marianne Orwell.

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