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Jean-Luc Mélenchon et la créolisation

samedi 26 septembre 2020, par René Merle

Jean-Luc Mélenchon vient de nous donner un beau texte sur la créolisation. Il mérite la lecture et la réflexion :

MélenchonCréolisation

Le propos est noble, mais le leader de la France insoumise semble avoir découvert l’eau chaude, en considérant avec quelques métros de retard, à la fois le propos d’Édouard Glissant, le fait que notre société ne soit plus celle du passé, et le fait que nous sommes tous différents.
Il nous dresse donc ce constat, pour mieux nous proposer une issue : « Ensemble, dans la différence »…
Ça fait toujours plaisir de lire cela sous la plume de celui qui il y a peu se moquait de l’accent méridional, mais passons.
La vraie différence est bien évidemment ailleurs que dans une différence d’accents, même si le propos est à la mode.
Jean-Luc Mélenchon a longtemps fait l’éloge du métissage. Il semble ne plus le faire, car « créolisation » ne signifie pas « métissage », mais adoption par un groupe complexe de multiples comportements, goûts et couleurs qui lui viennent de divers horizons.
Mais le fait de manger du couscous et de la pizza, de se faire tatouer à la maori ou de se coiffer à l’afro ne rend pas automatiquement moins xénophobes et moins racistes ceux qui le sont, parfois même sans le savoir.
Ne passons donc pas sur le glissement du mot « métissage » au mot « différence », car ce glissement qui n’est pas anodin.
Je me souviens de cet énorme meeting en plein air de Marseille, lors de la campagne des élections présidentielles de 2012. Devant une foule enthousiaste, qui était arrivée en brandissant drapeaux rouges et drapeaux tricolores, Mélenchon, loin de répondre aux problèmes concrets du présent, s’était mis à faire l’éloge de l’immigration et du métissage, qui plus est en se présentant comme émigrant d’Afrique du Nord (né à Tanger).
Comment n’avait-il pas senti, à mesure qu’il déroulait sa leçon, que la foule perdait de son enthousiasme, puis devenait carrément froide.
Mélenchon avait cru s’appuyer sur Marseille, ville ancestrale d’immigration et de brassages, pour nous faire l’éloge d’un melting pot humaniste qui règlerait les problèmes de communautés et de racisme. Mélangeons-nous, et tout ira mieux.
Certes. Mais chacun sait que la réalité, et à Marseille peut-être encore plus qu’ailleurs, est infiniment plus complexe et que les êtres humains qui se côtoient peuvent à la fois se rencontrer et se tenir à distance… Le mélange ne se proclame pas.
Bref, il avait plané sur une foule qui avait peut-être beaucoup plus que lui les pieds sur terre, et la mayonnaise (l’aïoli ?) n’avait pas pris.
Mais voici qu’aujourd’hui, voulant rompre le face à face mortel entre le communautarisme et l’universalisme abstrait, il en revient au respect de la différence, mise au service de la cause commune, celle de l’humanité.
Mais de quelle différence s’agit-il ?
Je ne peux que le suivre s’il fait allusion à la multiplicité de nos habitus [1] individuels, et notre propension à participer de différentes identités, notamment culturelles, qui composent chaque individu bien au-delà de l’identité dont il est censé hériter.
Mais cette richesse qui nous vient de l’immensité des goûts et des couleurs que l’univers des Terriens nous propose, et qui fait de chacun de nous un être différent, me semble bien justement être le contraire du rassemblement en groupes fermés sur eux-mêmes au nom de la différence…
C’est pourquoi j’ai disjoncté quelque peu en voyant récemment le leader de la France insoumise soutenir une manifestation parisienne contre l’islamophobie, au côté de communautaristes proclamés.
Je doute que ces communautaristes se retrouvent dans l’éloge de la « créolisation » d’Édouard Glissant, revue et corrigée par Jean-Luc Mélenchon.
Bref, affaire à suivre, que chacun appréciera en fonction de son expérience de la vie… et de son habitus !

Notes

[1Ce que le dictionnaire nous en dit : « du latin habitus, manière d’être, aspect extérieur, conformation physique, attitude, contenance, dérivé du verbe habere, avoir, posséder, être maître de, avoir en soi, avoir sur soi, porter (un vêtement...). » et ce que Bourdieu nous en disait : « L’habitus est le produit du travail d’inculcation et d’appropriation nécessaire pour que ces produits de l’histoire collective que sont les structures objectives (e. g. de la langue, de l’économie, etc.) parviennent à se reproduire, sous la forme de dispositions durables, dans tous les organismes (que l’on peut, si l’on veut, appeler individus) durablement soumis aux mêmes conditionnements, donc placés dans les mêmes conditions matérielles d’existences »

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