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De la gouvernance Macron. La Nef des fous

samedi 10 octobre 2020, par René Merle

La Nef des fous : j’avais ainsi intitulé sur un blog précédent un billet prémonitoire écrit au moment du face à face Emmanuel Macron et Marine Le Pen, lors du second tour des élections présidentielles [1].

Je reprends aujourd’hui ce titre emprunté à la puissante dénonciation du Strasbourgeois Sébastien Brant, publié à Bâle en 1494 à l’occasion du carnaval. La nef porteuse de toutes les folies humaines, et particulièrement celles des puissants de ce monde, va vers son naufrage certain.

Comme tous les responsables du monde, les nôtres se sont trouvé inopinément face à une maladie inconnue, sans savoir a priori quels moyens de lutte adopter. Il faudrait bien de mauvaise foi pour leur faire grief de cette improvisation initiale.
Mais depuis, que de divagations coupables et que d’utilisations politiques dont nul ne sait à quel naufrage elles nous conduiront !
La Nef des fous ?
J’y pense en voyant la foire d’empoigne télévisée de nos proclamés « spécialistes médicaux ».
J’y pense en voyant ceux qui nous gouvernent aller de mensonges infantilisants en admonestations culpabilisantes, et d’incohérences dans les décisions en très cohérentes restrictions des libertés, alors que menace la crise sociale.
La capacité d’accueil du système hospitalier et les conditions de travail des personnels sont demeurées les mêmes, malgré toutes les promesses. Nul doute que si ce système s’avérait débordé par une éventuelle seconde vague, nos gouvernants s’empresseraient d’en faire porter la responsabilité essentiellement sur l’absence de civisme de nos concitoyens devant les nécessaires mesures de protection.
Reuters Lewis Joly
J’y pensais encore il y a peu (6 octobre) en voyant notre Président (pardon, devrais-je dire gouverneur du Liban ?), notre Président donc sûr de lui, si prodigue de sa parole et de sa gestuelle, expliquer à des hospitaliers parisiens en colère qu’il était fils d’hospitalier, qu’il les comprenait parfaitement, et que tout était mis en place pour que cela aille bien… mais l’an prochain.
On peut légitimement se demander si pareille attitude procède de l’auto aveuglement dans l’impuissance ou de la duplicité politique.
Quoi qu’il en soit, la Nef des fous vogue cap à l’horizon électoral de 2022, en comptant sur l’absence de réaction d’une opinion effrayée et anesthésiée.
Devrais-je, si Dieu (?) me prête vie, écrire alors le même billet qu’en 2017 ?

Notes

[1On est mal, on est mal… La Nef des Fous
Dans ce débat qui dès le début manquait grandement de dimension présidentielle, et singulièrement de contenu sérieux, (pour ce que j’en ai vu en tout cas, car il m’a envoyé au lit avant la fin), le candidat pour lequel les Français semblent vouloir en majorité se décider, a accusé sa rivale d’être « l’héritière d’un nom, d’un parti politique, d’un système qui prospère sur la colère des Français depuis tant et tant d’années ».
On ne saurait mieux dire, sauf à ajouter que le dit candidat, quoi qu’il en veuille, est le fruit téléguidé du système qui a fait gonfler la colère, et qu’il entend bien perpétuer ce système.
Ce qui ne manquera pas, au-delà des élections, de gonfler le score, déjà énorme, de quelque 40% et plus promis par les sondages à la candidate de l’extrême droite et désormais de la droite extrême.
Quel tour de force, (bien aidé en son temps par la manœuvre politicienne de Mitterrand qui voulait gêner électoralement la Droite) de transformer un groupuscule de nostalgiques de Maurras et de l’OAS, quelque peu saupoudré de BCBG, en une immense et démagogique chambre de résonance aux frustrations nationales et à la colère sociale ! Presque un électeur sur deux !
On est mal, on est mal dans cet étau électoral où la Constitution inique de la Cinquième République nous enferme…
Rendez-vous lundi matin pour voir ce que Emmanuel Macron fera de la Nef des Fous de ses soutiens de tous bords, ou presque (l’éventail est assez savoureux, du PCF à LR, en passant par les enthousiastes éléphants roses), et ce que ces soutiens, enthousiastes ou contraints, feront de l’après présidentielle, législatives aidant.
Tancredi Falconeri, le jeune et séduisant aristocrate du film de Visconti, le Guépard, avait eu cette phrase fameuse pour justifier son apparente conversion à la Révolution du Risorgimento : « Tout changer pour que rien ne change », « Cambiare tutto per non cambiare nulla ». Il y a fort à craindre que le jeune et séduisant candidat (qui n’a pourtant pas, me semble-t-il, le charisme du Delon de 1963) n’ait déjà fait sienne cette maxime.

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