La Seyne sur Mer

Accueil > France contemporaine > Pouvoir présidentiel - Constitution - Citoyenneté > Avons-nous vraiment besoin d’un Président ?

Avons-nous vraiment besoin d’un Président ?

lundi 12 octobre 2020, par René Merle

Quelques mots jetés dans le vide une fois de plus.
Avons-nous vraiment besoin d’un Président ?
Alors que notre vie sociale se rétrécissait comme peau de chagrin par le confinement, j’avais cru trouver un recours à l’isolement en m’inscrivant à Facebook (que j’avais toujours superbement ignoré).
Après quelques mois d’expérience, j’ai arrêté. Non que je méprise ce qu’il peut apporter comme clins d’œil du quotidien, souvent poussés jusqu’au nombrilisme innocent, mais il se trouve que la plupart de mes « Amis » (j’entends des personnes que je connais vraiment et non pas ces « Amis » tombés du ciel), se situent dans les mouvances de la gauche, de l’extrême gauche et de l’écologisme.
Je me suis donc joint à leur chœur de dénonciation de Macron, et j’en ai en reçu force louanges et encouragements.
Mais silence radio dès que j’ai abordé la question de la succession. Voilà qui n’attirait pas les imogies.
Comme si le salutaire défoulement anti Macron faisait écran à la difficulté de lui trouver un remplaçant.

Mais, me direz-vous, si vos « Amis » embarrassés se taisent sur les perspectives, il y a quand même pas mal de gens qui s’en soucient. Ainsi du tout récent appel de 1000 responsables et militants politiques, intellectuels et syndicalistes exigeant « une candidature commune » à gauche pour une « alternative écologiste, sociale et démocratique » à l’élection présidentielle de 2022, et lançant la pétition en ligne 2022 (vraiment) en commun.
Un appel de plus, où je retrouve les mêmes signataires que dans les nombreuses initiatives de ce type de ces dernières années.
Ce qui me gêne dans cet appel sympathique est qu’en définitive, il nous maintient dans le jeu politique institutionnel dont le seul horizon est celui de l’élection de 2022, et en préjuge en rien des mouvements des forces telluriques, politiques et surtout sociales, qui seules dans une société peuvent amener de vrais changements.
Certes, il faudra voter.
Mais enfin, et c’est une lapalissade, s’unir pour une candidature commune ne peut aboutir qu’à l’émergence d’une ou d’un futur Président, c’est-à-dire, implicitement, à accepter qu’en dépit des promesses unitaires, elle ou il ait les mains libres une fois élu, car tel est le fonctionnement de notre République monarchique. La Fontaine nous avait éclairé sur ce qu’il advint aux grenouilles qui se choisirent un roi… Car chacun ne le sait que trop, il y a bien loin des promesses aux actes.
Une fois l’élection passée, l’amalgame de ces signataires ne constituerait guère une force politique de contrôle et d’intervention.
Le hold-up électoral d’Emmanuel Macron n’a pas entraîné dans le pays l’implantation d’un véritable parti présidentiel. Je ne pense pas que la victoire d’un candidat issu de cet appel vertueux susciterait plus l’apparition d’un nouvel et vrai parti présidentiel qui soutiendrait et contrôlerait le Président.
Ce type de pouvoir fonctionne politiquement sur le vide, et, l’expérience nous l’a également montré, derrière l’apparent changement que nous avons connu dans la succession Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron, les mêmes forces occultes, clairement liées aux puissants de la fortune et de l’économie, agissent pour imposer la même politique à un peuple infantilisé.
Je lisais dans l’Obs de cette semaine un entretien avec Jean-Pierre Jouyet, (qui a exercé les plus hautes fonctions administratives au service des quatre derniers présidents, dont l’actuel, et qui fut secrétaire général de la République du président Hollande), expliquer benoîtement comment il avait œuvré avec sa coterie pour placer son ami le jeune ambitieux Emmanuel Macron au service du « Président normal », avec les conséquences que l’on sait.
Je dois dire que cette lecture m’a révulsé, tant elle témoigne « innocemment » (tellement cela semble naturel aux membres de cette « élite » que la gouvernance du pays leur appartienne) de ce qu’il en est de la politique réelle, et de l’inanité de vouloir changer les choses sans s’attaquer à ce système antidémocratique.
Qui plus est, il faudrait être bien naïf pour imaginer qu’en cas d’élection, bien problématique, du candidat commun que souhaitent nos signataires, il ne s’entoure pas à son tour par la force des choses d’une camarilla qui, par « réalisme » ou par incapacité, se résignerait à composer avec cette caste de la haute administration et ses liens avec le capital.
Il faut peut-être avoir la confiance en soi ou l’inconscience d’un Jean-Luc Mélenchon pour dire « Nous sommes prêts »… Son expérience de ministre au sein du gouvernement de la gauche dite plurielle de Lionel Jospin aurait pourtant dû l’éclairer sur ce qu’il en était…

Mais revenons à ce souhait d’une candidature commune pour 2022, qui serait le seul moyen d’éviter le face à face mortifère Emmanuel Macron - Marine Le Pen.
De longue date, les partis et les mouvements existent dans la diversité, et chacun est attaché à son identité. On voit mal comment leur demander de s’unir autour d’un même candidat effacerait leurs différences. Et l’expérience a montré que le Président monarque une fois élu, l’apparente représentation des différents courants dans son gouvernement n’est qu’un leurre. Le Président fait ce qu’il entend faire, et les ministres suivent (ou ont le courage de démissionner).
Sous la troisième et la quatrième de nos Républiques, alors que le président (choisi par les représentants du peuple et non pas par le suffrage universel) n’avait qu’un rôle honorifique, c’est de l’Assemble nationale que le pouvoir procédait.
Point n’était besoin de s’en remettre pieds et poings liés à un monarque républicain élu pour cinq ans, et peut être dix.
L’Assemblée représentait le corps électoral dans sa variété, et c’est par un jeu si possible transparent d’alliances que le gouvernement tenait son mandat.
Et quand les alliances étaient rompues, ou les promesses non tenues, l’on changeait de gouvernement.
Ce qui n’est plus guère possible avec notre néfaste système présidentiel [1].
Bref, je ne crois pas que sans un puissant mouvement populaire interclassiste, puisant ses aspirations dans les frustrations, les colères et les espoirs d’un peuple que j’appelle toujours « peuple de gauche », (car il existe), et bien au-delà de lui, nous pouvons connaître un véritable changement [2].
Mais je ne lis pas dans le marc de café et je ne suis qu’un citoyen attentif, comme sans doute vous qui me lisez.

Notes

[1J’ai souvent dit tout le mal que j’en pense. Cf. : Pouvoir présidentiel - Constitution - Citoyenneté.

[2Je traiterai peut-être une autre fois des amis qui me disent que la lutte contre le néo-capitalisme financier doit se mener frontalement au plan européen, propositions économiques et financières lucides à la clé. Le hic est que, aussi pertinentes que soient ces propositions, il est bien difficile pour l’heure d’imaginer qu’elles se concrétisent dans notre Europe des 27

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP