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Robespierre et l’athéisme

vendredi 23 octobre 2020, par René Merle

La situation actuelle ne peut qu’inciter, une fois de plus [1], l’athée que je suis à considérer la réalité et la complexité du fait religieux.
L’étude de la période révolutionnaire a toujours été pour moi palpitante, et je me suis souvent demandé comment je me serais situé dans ce second semestre 1793 où, dans un contexte tragique de guerres aux frontières, de soulèvements intérieurs [2], de violentes divisions politiques éclataient au sein même de l’équipe dirigeante.
Alors qu’une partie des Sans Culottes se lançaient dans la déchristianisation, Robespierre [3] faisait une mise au point bien connue (mais peut-être pas de tous) au sujet de la liberté religieuse : liberté de culte, car liberté de croire ou de ne pas croire ; mais condamnation philosophique et morale formelle de l’athéisme…

J’extrais ces quelques lignes du Discours pour la liberté des cultes prononcé par Maximilien Robespierre aux Jacobins le 1er frimaire an II / 21 novembre 1793
« On a supposé quʼen accueillant des offrandes civiques, la Convention avait proscrit le culte catholique. Non, la Convention nʼa point fait cette démarche téméraire. La Convention ne la fera jamais. Son intention est de maintenir la liberté des cultes quʼelle a proclamée et de réprimer en même-temps tous ceux qui en abuseraient pour troubler lʼordre public ; elle ne permettra pas quʼon persécute les ministres paisibles du culte, et elle les punira avec sévérité toutes les fois quʼils oseront se prévaloir de leurs fonctions pour tromper les citoyens et pour armer les préjugés ou le royalisme contre la République. On a dénoncé des prêtres pour avoir dit la messe ! ils la diront plus longtemps si on les empêche de la dire. Celui qui veut les empêcher est plus fanatique que celui qui dit la messe.
Il est des hommes qui veulent aller plus loin ; qui, sous le prétexte de détruire la superstition, veulent faire une sorte de religion de lʼathéisme lui-même. Tout philosophe, tout individu, peut adopter là-dessus lʼopinion qui lui plaira. Quiconque voudrait lui en faire un crime est un insensé ; mais lʼhomme public, mais le législateur, serait cent fois plus insensé, qui adopterait un pareil système. La Convention nationale lʼabhorre. La Convention nʼest point un faiseur de livres, un auteur de systèmes métaphysiques ; cʼest un corps politique et populaire, chargé de faire respecter, non seulement les droits, mais le caractère du peuple français. Ce nʼest point en vain quʼelle a proclamé la Déclaration des droits de lʼhomme en présence de lʼEtre suprême.
On dira peut-être que je suis un esprit étroit, un homme à préjugés ; que sais-je, un fanatique. Jʼai déjà dit que je ne parlais ni comme un individu, ni comme un philosophe systématique, mais comme un représentant du peuple. Lʼathéisme est aristocratique ; lʼidée dʼun grand être qui veille sur lʼinnocence opprimée, et qui punit le crime triomphant, est toute populaire. Le peuple, les malheureux mʼapplaudissent ; si je trouvais des censeurs, ce serait parmi les riches et parmi les coupables. Jʼai été, dès le collège, un assez mauvais catholique ; je nʼai jamais été ni un ami froid, ni un défenseur infidèle de lʼhumanité. Je nʼen suis que plus attaché aux idées morales et politique que je viens de vous exposer. Si Dieu nʼexistait pas, il faudrait lʼinventer. »

Notes

[1Cf. la rubrique : Religions, croyances.

[2C’était le temps où les notables du port où j’habite hissaient le drapeau blanc et se livraient aux Anglais, avant de subir une terrible répression

[3Cf. : [Robespierre].

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