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Un mot sur le platonisme d’Alain Badiou

samedi 7 novembre 2020, par René Merle

Comme il y a en moi, j’en conviens volontiers, un versant masochiste, plutôt que butiner dans le flot habituel, et paraît-il contestataire, des romans de la rentrée, j’ai relu, et je vous prie de le croire j’ai relu très attentivement un ouvrage qui a stimulé mes neurones : Alain Badiou, Jean-Claude Milner, Controverse. Dialogue sur la politique et la philosophe de notre temps. Animé par Philippe Petit, Seuil, 2012
Voilà un échange qui n’a rien perdu de sa tonicité et dont bien des assertions quelque peu prophétiques se sont réalisées aujourd’hui.
Mais je traiterai peut-être plus tard de la confrontation entre ces deux philosophes, que leur maoïsme de jeunesse avait réunis et qui sont aujourd’hui sur des positions grandement opposées : Badiou maintenant son espérance communiste, Milner s’en tenant politiquement à un scepticisme fondé sur le respect des corps vivants…
Mais j’ai une fois de plus été frappé par la référence et la révérence de Badiou à l’égard de Platon, pour lequel, chacun sait depuis le Bac (pour qui s’y est frotté) que le monde sensible dépend d’un monde intelligible premier.
Bref, alors que la plupart des essayistes actuels qui se réclament du communisme et du matérialisme philosophique pourfendent l’idéalisme de Platon, Badiou nous renvoie au père fondateur de l’idéalisme philosophique.
Ce qui m’a renvoyé à La République de Platon. Dialogue en un prologue, seize chapitres et un épilogue (Fayard), traduction libre, romancée et « modernisée » à sa façon qu’Alain Badiou publia en 2012, l’année même de son dialogue avec Milner [1].
Ce retour à Platon, (qui pour Badiou est un approfondissement des notions de Vérité et de Justice, capitales pour le militant qu’il fut et le communiste qu’il veut être) été bien diversement commenté.
Il y a dix ans déjà, le philosophe Denis Collin pourfendait le retour à « l’Idée » du philosophe communiste :
« À tout seigneur, tout honneur . c’est Badiou qui ouvre le concile [2]. Il s’agit d’expliciter « l’Idée du communisme », en n’oubliant pas la majuscule pour « Idée ». Car s’agit de réinscrire ce travail dans un effort pour renouveler l’usage de Platon, dont « l’œuvre » de Badiou devrait nous permettre … de nous faire une idée : « dans ce cas. l’Idée est une reprise contemporaine de ce que Platon tente de nous transmettre sous les noms d’eidos ou d’idea, ou même plus précisément d’Idée du Bien [3]. »
Par contre, Les Lettres françaises [4] proposent un compte-rendu élogieux de « La République communiste de Planton » ! :
Lettres françaises Badiou

Notes

[1On voudra bien considérer, une fois de plus, qu’il n’est pas facile de traduire en français ce πολιτεία, politeía, grec, que les latins ont traduit par respublica, et qui désigne la dialectique du citoyen et du pouvoir, dans la Cité

[2Colloque de Londres, mai 2009, sur « L’idée du communisme » ? Cf. L’idée du communisme, Badiou/Zizek dir., Lignes 2010

[3Cf. : Denis Collin.

[4La revue est désormais publiée épisodiquement en supplément du quotidienl’Humanité

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