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Le cardinal Gerlier, "la Croix" et le pétainisme

vendredi 27 novembre 2020, par René Merle

Pas autrement ému par les mesures xénophobes, racistes, anticommunistes et antirépublicains prises par le maréchal Pétain, le 18 novembre 1940, le cardinal Gerlier, primat des Gaules, reçoit le maréchal Pétain à Lyon.
Il est vrai qu’en ce mois de novembre, le philosophe catholique Jacques Chevalier, nouveau secrétaire d’État à l’instruction publique, ajoutait un paragraphe dans les programmes de Morale : "Entretiens familiers et lectures sur les principaux devoirs envers nous-mêmes, envers nos semblables (Famille et Patrie) et envers Dieu".


Les mois passant, tout en demeurant fidèle du Maréchal, le cardinal affirmera publiquement en 1942 qu’il y a des limites à ne pas dépasser, et couvrira des réseaux clandestins de protection des enfants juifs.

En document, une apologie par la Croix, organe quasi officiel de l’Église, de la "morale" pétainiste :

La Croix, 5 novembre 1940. En première page, sous l’image du Christ souffrant, ce billet empreint de charité chrétienne à propos des naturalisations :

" Vichy, 4 novembre (De notre envoyé spécial Marcel Gabilly [1]).
La commission de révision des naturalisations, créée par la loi du 22 juillet 1940, s’est mise rapidement au travail à Paris. Elle a entrepris l’examen systématique de tous les dossiers des naturalisés depuis 1927, en commençant par ceux qui ont été traités à partir de l’année 1936. Un premier décret nous est annoncé ce matin par le ministre de la Justice [2]. Il vise près de 500 individus, pour la plupart émigrés de l’Europe centrale, dont l’assimilation était particulièrement difficile, ainsi que des agitateurs politiques dont l’incorporation à la communauté nationale présentait des dangers. Cette œuvre si indispensable au redressement national ne s’écarte pas de l’esprit de justice. Si les individus ne présentant pas les garanties indispensables doivent se voir retirer le droit de cité, il ne saurait être question d’inquiéter ceux qui ont fait apprécier de justes titres à l’acquisition de la nationalité française ".

On connaît la suite , et le respect de ces "garanties" pour tant de ces ex-étrangers qui se retrouveront dans les camps de la mort...
Condamné à mort pour collaboration, mais exilé, l’ex-ministre français de souche (Aveyronnais) sera amnistié en 1959 par le Général.
Aujourd’hui, venu de la droite et de l’extrême droite, nous berce toujours ce refrain des Tartuffes : "Être Français, ça se mérite...". Et dire qu’il y a tellement de Français, dits de souche, qui ne le méritent pas...

Notes

[1Futur responsable du Figaro

[2Le juriste et monarchiste antisémite Raphaël Alibert, signataire du statut des Juifs d’octobre 1940, avait créé dès juillet 1940 cette commission de révision des 500 000 naturalisations prononcées depuis 1927. 15 000 personnes, dont 40% de Juifs, perdront leur nationalité française

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