La Seyne sur Mer

Accueil > Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui > XIXe siècle (jusqu’en 1914) > Marx - Engels après 1852 > Engels, le Parti social-démocrate allemand et le passage pacifique au (...)

Engels, le Parti social-démocrate allemand et le passage pacifique au socialisme, 1895.

vendredi 12 février 2021, par René Merle

J’évoquais dans un billet récent la conviction grandissante chez les socialistes allemands et français de la fin du XIXe siècle, engagés dans la voie réformiste, que le passage au socialisme pouvait s’opérer par des voies légales et pacifiques. L’ombre de la Révolution et du Grand soir se dissolvait dans l’espérance électorale et parlementaire.
Cf. : L’ombre de la Révolution... et le réformisme
Il est particulièrement éclairant que ce soit le fidèle compagnon de Marx, Engels, qui l’affirme en 1895, avec plus de force et de certitude que dans ses déclarations antérieures [1]
L’ouvrage de Karl Marx, Les luttes de classes en France, donné en articles dans la revue Neue Rheinische Zeitung, en 1850, ne sera publié en brochure qu’en 1895, en Allemagne, alors que le parti social-démocrate est en plein essor. Dans son introduction à l’ouvrage, Engels, qui vit toujours en Angleterre, donne son point de vue sur cette avancée, annonciatrice selon lui de la victoire par les urnes du parti, et donc de la possibilité d’un passage pacifique au socialisme, grâce au suffrage universel (masculin). Intervention de poids que celle du compagnon historique de Marx (Marx est mort en 1883) dans ce débat sur les modalités du passage au socialisme qui divise les socialistes européens !

« [...] La guerre de 1870-1871 et la défaite de la Commune avaient, comme Marx l’avait prédit, transféré pour un temps de France en Allemagne le centre de gravité du mouvement ouvrier européen. En France, il va de soi qu’il fallut des années pour se remettre de la saignée de mai 1871. En Allemagne, par contre, où l’industrie, favorisée en outre par la manne des milliards français, se développait vraiment comme en serre chaude à un rythme toujours accéléré, la social-démocratie grandissait avec une rapidité et un succès plus grands encore [2]. Grâce à l’intelligence avec laquelle les ouvriers allemands ont utilisé le suffrage universel institué en 1866 [3], l’accroissement étonnant du Parti apparaît ouvertement aux yeux du monde entier dans des chiffres indiscutables. En 1871 [4], 102.000 ; en 1874, 352.000 ; en 1877, 493.000 voix social-démocrates. Ensuite, vint la reconnaissance de ces progrès par les autorités supérieures sous la forme de la loi contre les socialistes [5] ; le Parti fut momentanément dispersé, le nombre des voix tomba en 1881 à 312.000. Mais ce coup fut rapidement surmonté, et, dès lors, c’est seulement sous la pression de la loi d’exception, sans presse, sans organisation extérieure, sans droit d’association et de réunion, que l’extension rapide va vraiment commencer : 1884 - 550.000, 1887 - 763.000, 1890 - 1.427.000 voix. Alors, la main de l’État fut paralysée. La loi contre les socialistes disparut [6], le nombre des voix socialistes monta à 1.787.000, plus du quart de la totalité des voix exprimées. Le gouvernement et les classes régnantes avaient épuisé tous leurs moyens - sans utilité, sans but, sans succès. Les preuves tangibles de leur impuissance que les autorités, depuis le veilleur de nuit jusqu’au chancelier d’Empire, avaient dû encaisser, - et cela de la part d’ouvriers méprisés ! - ces preuves se comptaient par millions. L’État était au bout de son latin, les ouvriers n’étaient qu’au commencement du leur.
Mais, outre le premier service que constituait leur simple existence, en tant que Parti socialiste, parti le plus fort, le plus discipliné et qui grandissait le plus rapidement, les ouvriers allemands avaient rendu encore à leur cause un autre grand service. En montrant à leurs camarades de tous les pays comment on se sert du suffrage universel, ils leur avaient fourni une nouvelle arme des plus acérée.
Depuis longtemps déjà, le suffrage universel avait existé en France, mais il y était tombé en discrédit par suite du mauvais usage que le gouvernement bonapartiste en avait fait. Après la Commune, il n’y avait pas de parti ouvrier pour l’utiliser. En Espagne aussi, le suffrage universel existait depuis la République, mais en Espagne l’abstention aux élections fut de tout temps la règle chez tous les partis d’opposition sérieux. Les expériences faites en Suisse avec le suffrage universel étaient rien moins qu’un encouragement, pour un parti ouvrier. Les ouvriers révolutionnaires des pays romans s’étaient habitués à regarder le droit de suffrage comme un piège, comme un instrument d’escroquerie gouvernementale. En Allemagne, il en fut autrement. Déjà, le Manifeste communiste avait proclamé la conquête du suffrage universel, de la démocratie, comme une des premières et des plus importantes tâches du prolétariat militant, et Lassalle avait repris ce point. Lorsque Bismarck se vit contraint d’instituer ce droit de vote comme le seul moyen d’intéresser les masses populaires à ses projets, nos ouvriers prirent aussitôt cela au sérieux et envoyèrent Auguste Bebel au premier Reichstag constituant. Et à partir de ce jour-là, ils ont utilisé le droit de vote de telle sorte qu’ils en ont été récompensés de mille manières et que cela a servi d’exemple aux ouvriers de tous les pays. Ils ont transformé le droit de vote, selon les paroles du programme marxiste français « de moyen de duperie qu’il a été jusqu’ici en instrument d’émancipation » [7]. Et si le suffrage universel n’avait donné d’autre bénéfice que de nous permettre de nous compter tous les trois ans, que d’accroître par la montée régulièrement constatée, extrêmement rapide du nombre des voix, la certitude de la victoire chez les ouvriers, dans la même mesure que l’effroi chez les adversaires, et de devenir ainsi notre meilleur moyen de propagande ; que de nous renseigner exactement sur notre propre force ainsi que sur celle de tous les partis adverses et de nous fournir ainsi pour proportionner notre action un critère supérieur à tout autre, nous préservant aussi bien d’une pusillanimité inopportune que d’une folle hardiesse tout aussi déplacée - si c’était le seul bénéfice que nous ayons tiré du droit de suffrage, ce serait déjà plus que suffisant. Mais il a encore fait bien davantage. Avec l’agitation électorale, il nous a fourni un moyen qui n’a pas son égal pour entrer en contact avec les masses populaires là où elles sont encore loin de nous, pour contraindre tous les partis à défendre devant tout le peuple leurs opinions et leurs actions face à nos attaques ; et, en outre, il a ouvert à nos représentants au Reichstag une tribune du haut de laquelle ils ont pu parler à leurs adversaires au Parlement ainsi qu’aux masses au dehors, avec une tout autre autorité et une tout autre liberté que dans la presse et dans les réunions. A quoi servait au gouvernement et à la bourgeoisie leur loi contre l’agitation des socialistes si l’agitation électorale et les discours des socialistes au Reichstag la battaient continuellement en brèche.
Mais en utilisant ainsi efficacement le suffrage universel le prolétariat avait mis en œuvre une méthode de lutte toute nouvelle et elle se développa rapidement. On trouva que les institutions d’État où s’organise la domination de la bourgeoisie fournissent encore des possibilités d’utilisation nouvelles qui permettent à la classe ouvrière de combattre ces mêmes institutions d’État. On participa aux élections aux différentes Diètes, aux conseils municipaux, aux conseils de prud’hommes, on disputa à la bourgeoisie chaque poste dont une partie suffisante du prolétariat participait à la désignation du titulaire. Et c’est ainsi que la bourgeoisie et le gouvernement en arrivèrent à avoir plus peur de l’action légale que de l’action illégale du Parti ouvrier, des succès des élections que de ceux de la rébellion.
Car, là aussi, les conditions de la lutte s’étaient sérieusement transformées. La rébellion d’ancien style, le combat sur les barricades, qui, jusqu’à 1848, avait partout été décisif, était considérablement dépassé. »
Après avoir présenté les évidentes raisons, subjectives (notamment l’alliance en cours avec les couches moyennes que la violence effraierait) et objectives (notamment les nouvelles physionomies urbaines et l’armement moderne des forces répressives), qui font que le mouvement ouvrier n’en est plus au temps des barricades, Engels poursuit :

« Le lecteur comprend-il maintenant pourquoi les pouvoirs dirigeants veulent absolument nous mener là où partent les fusils et où frappent les sabres ? Pourquoi on nous accuse aujourd’hui de lâcheté, parce que nous ne descendons pas carrément dans la rue où nous sommes certains à l’avance d’être défaits ? Pourquoi on nous supplie si instamment de vouloir bien enfin jouer un jour à la chair à canon ?
C’est inutilement et pour rien que ces messieurs gaspillent leurs suppliques comme leurs provocations. Nous ne sommes pas si bêtes. Ils pourraient aussi bien exiger de leur ennemi dans la prochaine guerre qu’il veuille bien se disposer en formation de ligne comme au temps du vieux Fritz ou en colonnes de divisions tout entières à la Wagram ou à la Waterloo, et cela avec le fusil à pierre à la main. Si les conditions ont changé pour la guerre des peuples, elles n’ont pas moins changé pour la lutte de classes. Le temps des coups de main, des révolutions exécutées par de petites minorités conscientes à la tête de masses inconscientes, est passé. Là où il s’agit d’une transformation complète de l’organisation de la société, il faut que les masses elles-mêmes y coopèrent, qu’elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s’agit, pourquoi elles interviennent (avec leur corps et leur vie). Voilà ce que nous a appris l’histoire des cinquante dernières années. Mais pour que les masses comprennent ce qu’il y a à faire, un travail long, persévérant est nécessaire, et c’est précisément ce travail que nous faisons maintenant, et cela avec un succès qui met au désespoir nos adversaires [8].
Dans les pays romans aussi on comprend de plus en plus qu’il faut réviser l’ancienne tactique. Partout, on a imité l’exemple allemand de l’utilisation du droit de vote, de la conquête de tous les postes qui nous sont accessibles. En France, où pourtant le terrain est miné depuis plus de cent ans par des révolution successives, où il n’y a pas de parti qui n’ait eu sa part de conspirations, d’insurrections et d’autres actions révolutionnaires de toutes sortes, en France, où, par conséquent, l’armée n’est pas sûre du tout pour le gouvernement et où, en général, les circonstances sont beaucoup plus favorables pour un coup de main insurrectionnel qu’en Allemagne - même en France les socialistes comprennent de plus en plus qu’il n’y a pas pour eux de victoire durable possible , à moins de gagner auparavant la grande masse du peuple, c’est-à-dire ici les paysans. Le lent travail de propagande et l’activité parlementaire sont reconnus là aussi comme la tâche immédiate du Parti. Les succès n’ont pas manqué. Non seulement on a conquis toute une série de conseils municipaux ; aux Chambres siègent cinquante socialistes et ceux-ci ont déjà renversé trois ministères et un président de la République. En Belgique les ouvriers ont arraché l’année dernière le droit de vote et triomphé dans un quart des circonscriptions électorales. En Suisse, en Italie, au Danemark, voire même en Bulgarie et en Roumanie, les socialistes sont représentés au Parlement. En Autriche, tous les partis sont d’accord pour dire qu’on ne saurait plus longtemps nous fermer l’accès au Reischrat. Nous y entrerons, c’est une chose certaine, on se querelle seulement sur la question de savoir par quelle porte. Et même si en Russie le fameux Zemski Sobor se réunit, cette Assemblée nationale contre laquelle se cabre si vainement le jeune Nicolas, même là nous pouvons compter avec certitude que nous y serons représentés également [9].
Il est bien évident que nos camarades étrangers ne renoncent nullement pour cela à leur droit à la révolution [10]. Le droit à la révolution n’est-il pas après tout le seul "droit historique", réel, le seul sur lequel reposent tous les États modernes sans exception, y compris le Mecklembourg, dont la révolution de la noblesse s’est terminée en 1755 par le "pacte héréditaire", glorieuse consécration écrite du féodalisme encore en vigueur aujourd’hui. Le droit à la révolution est ancré de façon si incontestable dans la conscience universelle que même le général de Bogouslavski fait remonter à ce droit du peuple seul, le droit au coup d’État qu’il réclame à son empereur.
Mais quoi qu’il arrive dans d’autres pays, la social-démocratie allemande a une situation particulière, et, de ce fait, du moins dans l’immédiat, aussi une tâche particulière. Les deux millions d’électeurs qu’elle envoie au scrutin, y compris les jeunes gens et les femmes qui sont derrière eux en qualité de non-électeurs, constituent la masse la plus nombreuse, la plus compacte, le "groupe de choc" décisif de l’armée prolétarienne internationale. Cette masse fournit dès maintenant plus du quart des voix exprimées ; et, comme le prouvent les élections partielles au Reichstag, les élections aux Diètes des différents pays [11], les élections aux conseils municipaux et aux conseils de prud’hommes, elle augmente sans cesse. Sa croissance se produit aussi spontanément, aussi constamment, aussi irrésistiblement et, en même temps, aussi tranquillement qu’un processus naturel. Toutes les interventions gouvernementales pour l’empêcher se sont avérées impuissantes. Dès aujourd’hui, nous pouvons compter sur deux millions et quart d’électeurs. Si cela continue ainsi, nous conquerrons d’ici la fin du siècle la plus grande partie des couches moyennes de la société, petits bourgeois ainsi que petits paysans, et nous grandirons jusqu’à devenir la puissance décisive dans le pays, devant laquelle il faudra que s’inclinent toutes les autres puissances, qu’elles le veuillent ou non [12]. Maintenir sans cesse cet accroissement, jusqu’à ce que de lui-même il devienne plus fort que le système gouvernemental au pouvoir (ne pas user dans des combats d’avant-garde, ce "groupe de choc" qui se renforce journellement, mais le garder intact jusqu’au jour décisif [Le jour révolutionnaire ?]], telle est notre tâche principale. Or, il n’y a qu’un moyen qui pourrait contenir momentanément le grossissement continuel des forces combattantes socialistes en Allemagne et même le faire régresser quelque temps, c’est une collision de grande envergure avec les troupes, une saignée comme en 1871 à Paris. À la longue, on surmonterait bien cette chose aussi. Rayer à coups de fusil de la surface du globe un parti qui se compte par millions, tous les fusils à magasin d’Europe et d’Amérique n’y suffisent pas. Mais le développement normal serait paralysé (le "groupe de choc" ne serait peut-être pas disponible au moment critique), le combat décisif serait retardé, prolongé, et s’accompagnerait de sacrifices plus lourds [13].
L’ironie de l’histoire mondiale met tout sens dessus dessous. Nous, les "révolutionnaires", les "chambardeurs", nous prospérons beaucoup mieux par les moyens légaux que par les moyens illégaux et le chambardement. Les partis de l’ordre, comme ils se nomment, périssent de l’état légal qu’ils ont créé aux-mêmes. Avec Odilon Barrot, ils s’écrient désespérés : "la légalité nous tue" [14], alors que nous, dans cette légalité, nous nous faisons des muscles fermes et des joues roses et nous respirons la jeunesse éternelle. Et si nous ne sommes pas assez insensés pour nous laisser pousser au combat de rues pour leur faire plaisir, il ne leur restera finalement rien d’autre à faire qu’à briser eux-mêmes cette légalité qui leur est devenue si fatale. »
Depuis 1894 était en chantier une nouvelle loi d’exception contre les socialistes, et la direction du Parti veillait donc à ne pas donner d’armes à une éventuelle répression par des déclarations révolutionnaires. Engels meurt en août 1895, sans pouvoir contrôler donc les échos de son introduction à la brochure publiée cette même année. La presse social-démocrate avait déjà quelque peu censuré les extraits donnés de son texte, en gommant les références à la possibilité d’une action révolutionnaire extra-électorale. Au lendemain de la publication de la brochure, l’aile réformiste du Parti la présentera comme une sorte de testament politique du grand disparu, donnant aval à la tactique, défendue notamment par Bernstein, reniant totalement la possibilité d’une voie révolutionnaire.

Après avoir dit tout son espoir d’une victoire électorale décisive de la social-démocratie allemande, et mis en garde contre une éventuelle réaction violente du pouvoir, Engels termine son introduction du texte de Marx par cette curieuse parabole qui conforte ses espérances. Parabole dont la fin interroge particulièrement dans cette proclamation de la victoire de la subversion par un autocrate, une fois épuisées toutes les initiatives répressives :

« Il y a maintenant presque exactement mille six cents ans que dans l’Empire romain sévissait également un dangereux parti révolutionnaire. Il sapait la religion et tous les fondements de l’État. Il niait carrément que la volonté de l’empereur fût la loi suprême, il était sans patrie, international, il s’étendait sur tout l’Empire depuis la Gaule jusqu’à l’Asie, débordait les limites de l’Empire. Il avait fait longtemps un travail de sape souterrain, secret. Mais depuis assez longtemps déjà il se croyait assez fort pour paraître au grand jour. Ce parti révolutionnaire qui était connu sous le nom de chrétien [15] avait aussi sa forte représentation dans l’armée [16] ; des légions tout entières étaient chrétiennes. Lorsqu’ils recevaient l’ordre d’aller aux sacrifices solennels de l’Église païenne nationale pour y rendre les honneurs, les soldats révolutionnaires poussaient l’insolence jusqu’à accrocher à leur casque des insignes particuliers - des croix, - en signe de protestation. Même les chicanes coutumières des supérieurs à la caserne restaient vaines. L’empereur Dioclétien ne put conserver plus longtemps son calme en voyant comment on sapait l’ordre, l’obéissance et la discipline dans son armée. Il intervint énergiquement, car il était temps encore. Il promugua une loi contre les socialistes, je voulais dire une loi contre les chrétiens. Les réunions des révolutionnaires furent interdites, leurs locaux fermés ou même démolis, les insignes chrétiens, croix, etc., furent interdits, comme en Saxe les mouchoirs rouges. Les chrétiens furent déclarés incapables d’occuper des postes publics, on ne leur laissait même pas le droit de passer caporaux. Comme on ne disposait pas encore à l’époque de juges aussi bien dressés au "respect de l’individu" que le suppose le projet de loi contre la révolution de M. de Kœller [17], on interdit purement et simplement aux chrétiens de demander justice devant les tribunaux. Cette loi d’exception resta elle aussi sans effet. Par dérision, les chrétiens l’arrachèrent des murs ; bien mieux on dit qu’à Nicomédie, ils incendièrent le palais au-dessus de la tête de l’empereur. Alors, celui-ci se vengea par la grande persécution des chrétiens de l’année 303 de notre ère. Ce fut la dernière de ce genre. Et elle fut si efficace que dix-sept années plus tard, l’armée était composée en majeure partie de chrétiens et que le nouvel autocrate de l’Empire romain qui succède à Dioclétien, Constantin, appelé par les curés le Grand, proclamait le christianisme religion d’État [18]."

Notes

[2Les différents courants socialistes, et notamment le courant de Lassalle et le courant marxiste fusionneront en 1875 pour former le Parti ouvrier social-démocrate d’Allemagne

[3Après la victoire sur l’Autriche, Bismarck institue le suffrage universel masculin pour les élections au Reichstag de l’Allemagne du Nord

[4Naissance de l’Empire allemand

[51878, loi d’exception qui interdit les groupements socialistes, leur propagande et leurs manifestations, mais leur permet cependant de présenter des candidats

[61890

[71880 : programme du Parti ouvrier français rédigé par Guesde et Lafargue avec la participation de Marx

[8On comprend quel plaisir ces lignes ont pu procurer à Jaurès et à ses amis dans leur controverse avec les guesdistes et les blanquistes révolutionnaires. Mais peut-être en France, ceux qui reprochaient au parti social démocrate son réformisme prudent n’appréciaient-ils pas à leur juste valeur la ténacité et le courage que les socialistes allemands avaient dû montrer pour développer leur propagande, y compris par des canaux clandestins, et affronter les rigueurs de la loi d’exception jusqu’à sa suppression en 1890. Leur "légalisme" n’avait en rien été un long fleuve tranquille.

[9De fait. Mais la Révolution éclatera en 1905, et sera, provisoirement, vaincue

[10Un des thèmes caviardés par les ultra-réformistes du Parti

[11Des différentes régions du Reich

[12On sait ce qu’il adviendra de cet optimisme transformant le progrès du Parti allemand en processus "naturel" inéluctable. Cet optimisme parasitera aussi la lutte courageuse du Parti contre la guerre impérialiste : en cas de conflit, ne conviendrait-il pas de défendre avant tout et contre tous cette "Mecque du socialisme" qu’était en train de devenir l’Allemagne ? Engels lui-même écrira des lignes en ce sens

[13L’hypothèse de la guerre n’est pas envisagée

[14Barrot fut désigné par le président Louis Napoléon pour diriger le gouvernement du "parti de l’Ordre" sous la Seconde République ; il fut l’instigateur de lois répressives sur la presse et le suffrage universel

[15La dimension de classe n’est pas abordée ici, pas plus que celle des sexes : christianisme, religion des esclaves, des humbles et des femmes. D’ailleurs, l’engagement chrétien n’est pas présenté comme à proprement parler religieux

[16On connaît l’intérêt constamment affirmé d’Engels pour les choses militaires

[17Kœller, ministre de l’intérieur allemand, qui prépara en 1894-1895 une nouvelle loi d’exception contre les socialistes

[18Engels ne pouvait, ou ne voulait envisager quel destin attendrait un socialisme devenu "religion d’État", sous l’égide d’un autocrate. À tout le moins, la question était implicitement posée au vu de ce que devint le christianisme après la décision de Constantin.

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP