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L’ombre de la Révolution... et le réformisme

lundi 8 février 2021, par René Merle


Le Cri du Peuple, 8 décembre 1901
Trente ans après la Commune, l’ombre de la Révolution est toujours évoquée dans diverses chapelles d’extrême gauche ou libertaires, et notamment dans le courant socialiste guesdiste.
Mais, même si cette ombre pouvait encore terrifier dans les salons de la bourgeoisie, il paraissait évident au plus grand nombre que la France de 1901 n’était plus celle de 1871, et que la Révolution n’était plus qu’une utopie.

Il n’est pas inutile de revenir sur ce demi-siècle qui vit grandir et mourir l’espérance révolutionnaire, à laquelle s’est substituée un réformisme prudent ou proclamé :

L’espérance de la Révolution sociale est portée depuis 1848 par la multiplicité des courants socialistes, communistes, anarchistes, mais cette espérance demeurera une ombre que couvrira progressivement un réformisme prudent et réaliste.
Dès avant la grande secousse de 1848, Marx et Engels concevaient donc le passage à la révolution socialiste, et au-delà, au communisme, comme un processus simultanément à l’œuvre dans les quelques pays ayant réalisé la révolution industrielle, et où le prolétariat composait désormais la majorité de la population.
Cf. : Marx 1845 – 1847
La création de l’Association internationale des Travailleurs (1864-1873) s’inscrivait dans cette perspective.
Certes, les lendemains ne correspondirent pas vraiment à leurs espérances. En France, où les courants proudhoniens ou libertaires l’emportaient de loin sur les courants collectivistes dans le monde ouvrier, l’écrasement sanglant de l’aventure communarde renvoyait provisoirement presque au néant les tentatives socialistes. En Grande Bretagne, le puissant développement syndical s’orientait clairement vers un réformisme prudent, qu’encourageait l’apparition d’une « aristocratie ouvrière ». Restait l’Allemagne où la rapide industrialisation s’accompagnait de la montée des courants socialistes, mais où les adeptes de Lassalle n’étaient pas insensibles aux initiatives sociales bismarckiennes.
Marx mourut en 1883. 
En 1889, notamment à l’initiative d’Engels, les partis socialistes déjà affirmés ou en éclosions se regroupèrent dans la Seconde Internationale, où se côtoyaient et s’affrontaient réformistes et révolutionnaires. Même si formellement les seconds l’emportèrent souvent (cf. le congrès d’Amsterdam en 1904), en fait, la pratique des grands partis était clairement réformiste, et se félicitait des conquêtes légales, fruits des luttes et de la présence parlementaire, qui amélioraient peu à peu la condition ouvrière.
Alors que le syndicalisme révolutionnaire de France et des pays latins misait sur la grève générale et sur le Grand Soir, c’est le point de vue de Marx-Engels, avancé dans les années 1840-1850, qui devient la vulgate socialiste réformiste des années 1890, vulgate qui castrait la vision des deux hommes de toute sa vertu révolutionnaire : le socialisme apparaissait dorénavant comme une conséquence inévitable, à la fois de la concentration extrême des moyens de production et de la montée irrésistible des suffrages socialistes dans les trois grands pays industrialisés. Les partis socialistes n’auront plus qu’à substituer pacifiquement à la propriété de quelques monopoles la propriété collective étatique. On conçoit que la conviction affirmée alors par la fraction bolchevik du parti socialiste russe, de la possibilité d’un passage prochain à la révolution socialiste dans ce pays profondément rural et arriéré, (Lénine, Que faire ? 1902) ait suscité l’incompréhension, l’ironie, et la condamnation des dirigeants socialistes allemands et français.

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