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Duplicité historique du PS ? Possibilité d’un réel changement à gauche ? – II

samedi 21 novembre 2020, par René Merle

Suite de Duplicité historique du PS ? Possibilité d’un réel changement à gauche ? – I

Je rappelais dans l’article précédent, sur le long terme des Troisième et Quatrième Républiques, les reniements successifs d’une social-démocratie rétive devant l’obstacle.
Et j’évoquais rapidement, in fine, avec François Mitterrand, l’entrée dans une autre phase qui n’était plus celle du manque de courage politique, mais celle de la duplicité.
Duplicité, qu’est-ce, sinon se présenter pour ce que l’on n’est pas, tromper ses amis et alliés pour mieux les utiliser et les phagocyter, et endosser avec délectation, jusqu’au ridicule, le costume présidentiel que l’on avait vilipendé…
Alors, quid de la « Gauche » ? Le mot a-t-il encore un sens après trois expériences de duplicité socialiste (François Mitterrand, Lionel Jospin [1], François Hollande) qui ont ancré chez beaucoup de citoyens la conviction que la distinction gauche-droite n’avait plus guère de sens [2], tant « la gauche » a fait la même politique que la droite [3]. L’abstention massive en procède, comme l’implosion du puissant Parti communiste d’avant 1981 [4], ou l’éparpillement groupusculaire des diverses familles se réclamant de « la gauche de la gauche » dont le rôle avait été important en 2005 dans la défaite d’une Constitution européenne approuvée par « la gauche de gouvernement ».

Je ne ferai pas à mes lecteurs l’affront de détailler les péripéties de ces trois expériences sociales-libérales, ils ont les vécues [5].
Mais dans notre France en crise, la question qui se pose plus que jamais avec le proche horizon 2022, est celle de la possibilité d’une véritable alternative à gauche.
Je ne sais pas si la notion de gauche peut s’appliquer aux appareils politiques qui s’en réclament encore, mais je crois que les valeurs de gauche demeurent chez beaucoup de citoyens attachés aux principes d’égalité, de justice et de liberté, bref à la République démocratique et sociale (comme la définit l’en tête de notre Constitution). Si le peuple de droite existe, prêt à plébisciter à nouveau Sarkozy, oui, dans son immense diversité, et malgré trois trahisons successives de l’espérance, il existe un peuple de gauche, .
À qui peut-il faire confiance pour incarner l’alternative à gauche ?
Ce qui précède semblerait indiquer que la Gauche dite de gouvernement est tout à fait discréditée.
Et pourtant, on ne peut écarter l’hypothèse (l’hypothèque) de son retour, tant le social-libéralisme est un Phœnix éternellement renaissant de ses cendres.
Je n’aurais à ce propos rien à ajouter à mon billet du 8 décembre 1958 : Mort du Parti socialiste ? Ou du Phœnix sans cesse renaissant.
Ces derniers temps, de vieux ténors du Mitterrandisme, François Hollande en tête, se posent en recours, et proclament qu’ils sont les seuls à pourvoir réunir un pôle de gauche majoritaire.
Vu l’état de secte éclatée à laquelle sont réduits aujourd’hui les débris du parti socialiste dominant, on pourrait en douter.
Et pourtant, François Hollande en tête, le social-libéralisme se pose à nouveau comme la seule formation qui, de droit divin, est responsable, rassembleuse et réformiste, face aux agités irresponsables de la « gauche de la gauche » (dont les voix sont quand même bonnes à prendre…).
D’ou les yeux doux faits aux divers courants écologistes et un calin occasionnel aux Centristes.
Affaire à suivre. Avec inquiétude. Car il serait bien dommageable de se lancer dans une quatrième aventure sociale-libérale qui, si par malheur elle triomphait, serait la continuité de celle de l’actuel président, ex-poulain de François Hollande.

Reste l’alternative (l’équivoque ?) Mélenchon.
Peut-on parler de duplicité à propos de Mélenchon ? Je ne doute pas que ses anciens engagements à gauche au sein du Parti socialiste étaient sincères, tout comme son départ du PS en 2008. Mais depuis, que de manœuvres dignes du Florentin Mitterrand, auquel le leader de la France insoumise ne cesse de rappeler son attachement !
Comme Mitterrand le presque inconnu ministre de la Convention républicaine, le presque inconnu ex-ministre socialiste Mélenchon a roulé les dirigeants communiste dans la farine en utilisant leur désir désespéré de ne pas être seuls à gauche. Son minuscule Parti de Gauche à peine fondé, Mélenchon s’imposait en personnalité dominante au sein du Front de Gauche proposé par les communistes. Jusqu’à l’élection présidentielle de 2012, Mélenchon récupère la fonction tribunitienne d’un PC en déshérence, s’impose comme candidat du Front de Gauche aux présidentielles de 2012, grâce notamment aux patronages indispensables des élus communistes.
Mais une fois dans la place, la musique a changé. Plus question de Front de Gauche. Messieurs les communistes, veuillez-vous rallier à la nébuleuse de la France insoumise si vous ne voulez pas porter le deuil des espérances populaires. Et rebelote, pour l’élection présidentielle de 2017 le líder maximo, en dehors de toute étiquette politique, se pose en démiurge d’un changement voulu par le Peuple. Finie la Gauche, vivre le face à face du Peuple et de l’homme qui lui a fait don de sa personne.
Pourtant, chacun sait qu’en fait, les presque 20 % de 2017, que Mélenchon considère comme sa propriété personnelle, viennent essentiellement d’anciens électeurs socialistes ou communistes que son charisme et son verbe avaient tirés de l’apathie ou de l’abstention.
Aujourd’hui, sans surprise, nous nous retrouvons devant un Mélenchon à nouveau candidat solitaire à la présidentielle, plébiscité par les 150.000 signatures de Nous sommes pour, dans un dépassement de la France insoumise salué religieusement par les disciples.
Adieu à la fonction tribunitienne ! L’objectif proclamé est cette fois l’arrivée au pouvoir avec une équipe prête à gérer.
Mélenchon ne peut être élu que s’il bat Macron au premier tour, et se retrouve face à le Pen. En admettant que dans cette circonstance, la droite ne fasse pas élire Le Pen.
Si par hasard Mélenchon accédait au pouvoir, en bon parano que je suis, je me demande à quelle sauce nous serions mangés, la tragique aventure d’un Allende élu avec 35 % des voix, ou, plus probablement le « réalisme » de l’ancienne idole de Mélenchon, Tsipras, dont la volte-face stupéfiante laisse sceptique sur les proclamés sauveurs du peuple…

Voilà, direz-vous, un billet bien démoralisant. Je crains qu’il ne s’agisse que d’un billet réaliste. Ce qui ne nous empêche pas de ne pas nous fixer sur la seule échéance électorale à venir, et de nous demander par quelles voies le peuple de gauche pourrait (pourra ?) retrouver le chemin d’un vrai changement.

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Notes

[1Beaucoup de mes amis, implacables à l’égard des deux François, gardent une certaine tendresse pour Lionel le cohabitant, l’homme des 35 heures. Je ne la partage guère. Il fallut l’attaque frontale des droits sociaux par Chirac-Juppé en 1995, la puissante riposte gréviste, la maladroite dissolution chiraquienne pour que « la gauche » revienne aux affaires en 1997 sous l’égide de Lionel Jospin, avec cette fois un nouveau label : « gauche plurielle ». Finie l’arrogance mitterrandienne et le monolithisme assuré. Toutes les tendances du PS (y compris naturellement la grande matrice trotskyste OCI, représentée entre autres par le Premier Ministre et un de ses secrétaires d’État, Jean-Luc Mélenchon) et toutes les nuances de la gauche, Communistes et Verts compris se retrouvèrent avec bonheur dans son gouvernement, pour se faire rouler dans la farine des privatisations et autres joyeusetés sociales libérales, couvertes par des saluts qui ne mangent pas de pain aux Communards et aux Fusillés pour l’exemple. Et l’enseignant que j’étais ne peut oublier l’insupportable bras droit de Jospin, Claude Allègre, pourfendeur du SNES...

[2Le puissant épisode protestataire des Gilets jaunes l’a bien montré, et les études de Christophe Guilluy sur les « gens ordinaires » de « la France périphérique » le soulignent encore

[3On remarquera a contrario qu’il a été difficile d’accuser la droite de faire une politique de gauche !

[4L’arrivée au pouvoir de Mitterrand n’a été rendue possible que par le désir unitaire et la grande naïveté des dirigeants communistes. Pour Mitterrand, le meilleure moyen d’empêcher un changement à gauche, était de tuer le PC. Ce fut chose faite. La participation gouvernementale du PC et ses désistements électoraux l’ont, quoi qu’il en veuille, associé au social libéralisme. Et – contrairement à la légende massive du transfert de l’lectorat PC à l’électorat FN -, la majorité de ses électeurs, désabusés, se sont tournés vers l’abstention, ou, « réalistes » convinrent qu’à faire de la social démocratie, mieux valait l’original que le copie et continuèrent donc à voter socialiste. Le PC est ainsi devenu un parti d’élus qui ne peuvent en général se maintenir qu’avec le soutien paralysant du socialisme local.

[5Il m’arrivera sans doute d’y revenir dans des articles ultérieurs

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