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Le plésiosaure argentin, el Nahuelito

dimanche 31 janvier 2021, par René Merle

J’ai écrit il y a peu quelques lignes sur l’Argentine :
El ciudadano ilustre
Dans la foule, un lecteur me demande s’il était possible de replacer un article de mon premier et lointain blog, consacré au présumé plésiosaure argentin.
Je le fais bien volontiers, en opération de diversion, pour rompre un peu la prise de tête politique permanente. Le voici :

« En visionnant la collection du Petit Journal illustré, je tombe sur cette image de couverture du 4 avril 1922, ainsi légendée :
« Une vision fabuleuse. Des habitants de la Patagonie affirment avoir rencontré, dans les marécages déserts de ce pays, un plésiosaure qui serait le dernier représentant d’une faune préhistorique, aujourd’hui disparue. Une expédition vient de partir de Buenos-Aires pour rechercher cet animal gigantesque. »
Ce qui me renvoie à une de ces histoires qui continuent à faire rêver, même si l’on sait que le rêve n’existe probablement pas.
Le journal n’en dit pas plus, mais voilà l’histoire.
En 1888 débarquait en Argentine un jeune savant italien, Clemente Onelli [1864], paléontologue et zoologue, qui fut dépêché en Patagonie, tant pour mener des observations scientifiques que pour contribuer à la délimitation de la frontière entre l’Argentine et le Chili. Il y reviendra souvent.
Ainsi Onelli eut l’occasion de rencontrer un personnage vraiment particulier : Martin Sheffield, chercheur d’or, un ancien sheriff texan qui avait suivi jusqu’en Patagonie la fuite de Butch Cassidy et Sundance Kid, et , et qui avait fini par faire ami ami avec eux...
On lira (avec plaisir), dans le carnet de route de Luis Sepúlveda, Patagonia express, Tusquets Editores, 1995, curieusement traduit en français Le neveu d’Amérique, Seuil, 1998, la visite de la tombe de Sheffield et la belle rencontre dans ce bout du monde de l’auteur avec la fille que Sheffield eut de sa compagne Mapuche, et ce qui est dit de l’épisode suivant.
En 1922, Sheffield écrivit à Onelli qu’il avait observé un bien étrange animal au bord d’un lac de Patagonie : il avait une sorte de cou et de tête de cygne sur un énorme corps semblable à celui d’un crocodile, et il laissait sur la berge des empreintes impressionnantes. À n’en pas douter un plésiosaure, proclama aussitôt la presse argentine. Ce qui raviva le souvenir d’une même déclaration faite en 1910 par l’employé d’une compagnie nord-américaine, Garret, et celui de légendes mapuches.
Onelli, alors directeur du jardin zoologique de Buenos Aires, organisa aussitôt une expédition (mars 1922), pour ramener l’animal mort ou vif. Mais l’annonce que les chasseurs partaient avec des fusils à éléphant et de la dynamite suscita l’ire des associations de protection des animaux, et la pression de plusieurs gouvernements, dont celui des États-Unis, pour que l’animal soit observé scientifiquement.
L’opinion se passionna. Le plésiosaure apparut sur des publicités, donna son nom à une marque de cigarettes, et fut chanté dans un tango fameux (Rafael d’Agostino) dont voici les paroles (Amílcar Morbidello), mais dont malheureusement je n’ai pas retrouvé la musique : le plésiosaure demande qu’Onelli et ses amis lui fichent la paix !
Yo soy un pobre animal buscado
 / por los ingratos y sin conciencia.
 / Porque soy raro y también lo soy curioso
 / (según dice la gente allí). / Dejemen solo aquí, gozando
 / en la soledad de este lago

/ ¿Qué es lo que haréis con sacarme si es en vano
 / llevarme vivo de este lugar ? / ¿No saben los señores
 / que esto no es coger flores ?
 / Pretenden aquí cazarme y llevar
 / como si nada fuera. / ¡Maldito ! No me nombres.
 / Nada te debo Onelli.
 / Deja que yo viva con igual prerrogativas
 / como tú vives allí.

L’expédition fit évidemment fit chou blanc.
Ce qui n’empêche pas aujourd’hui l’intense utilisation touristique du "monstre", baptisé el Nahuelito, du nom du lac où il est censé apparaître (Nahuel Huapi).
Ci-dessous, une photo ("monstre ou tronc d’arbre ?) prise en 2006. »

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