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Victor BARON, riposte rouge dans le Cher de 1848-1850.

dimanche 3 juin 2018, par René Merle

Mme Pascale CHERRIER, Professeur de Lettres à Bourges (Cher) m’a fait l’amitié de me faire connaître la somme remarquable de documents et de commentaires que son père, Roger CHERRIER, récemment décédé, a consacrée à la période de la Seconde République : trois forts cahiers aujourd’hui déposés aux Archives départementales du Cher : Vive la République démocratique et sociale, T.I, T.II, T.III. (non encore référencés). La mort en a empêché la mise au point définitive [1].
Roger CHERRIER accorde une grande place à la belle figure du chansonnier Victor BARON, qui fut un militant marquant de la Démocratie Socialiste du département. Les pages qui suivent n’ont pas la prétention de creuser la biographie de BARON, que Guy LAVRAT vient d’éclairer en ce qui concerne la période 1848-1851 [2], ni de présenter l’histoire du mouvement démocratique dans le Cher sous la Seconde République : nul doute que ce travail déjà grandement avancé [3] sera poursuivi par les chercheurs du département.
Il s’agit seulement de donner à lire aux amis de l’Association 1851 (et peut-être au-delà) quelques textes de BARON, (bien difficiles d’accès jusqu’à aujourd’hui).
Dans les dernières années de la Monarchie de Juillet, le jeune BARON compose des chansons amoureuses, élégiaques ou bachiques dans l’air du temps, où parfois pointe son idéal républicain. Au lendemain de la naissance de la République de Février, dès mars 1848, cet activiste « rouge » mit son plaisir d’écrire au service de la Cause, notamment par des chansons destinées à toucher un peuple souvent encore analphabète ou peu enclin à la lecture. Nées de l’initiative individuelle d’un passionné, au service d’une cause collective, ces interventions témoignent du climat d’une intense période de conscientisation et de luttes. Elles sont publiées au coup par coup en feuilles volantes et en brochures entre 1848 et 1850.

Les textes donnés à lire ici proviennent du travail de Roger CHERRIER, tome I, de la brochure La foire aux candidats, et des Chants du Berry, que Victor BARON publie en 1850 au terme d’une détention de six mois à la prison de Bourges [4].
Les deux vers de Béranger qu’il place sous le titre de ce recueil montrent bien dans quel sens va sa Muse :
« Pour s’en tenir au lot que vous lui faites,
Le pauvre peuple a besoin de chansons ».

 Les espérances brisées de 48
En 1848, Victor BARON a 26 ans. L’avènement de la République, fin février, comble ses espérances : à la différence de bien des républicains « du lendemain », il est depuis longtemps républicain convaincu. C’est à une de ses figures préférées, le vieux républicain (qui il y a quelque soixante ans aurait connu la Grande République ) qu’il s’identifie dans cette chanson de mars 1848 :

Les souhaits d’un vieillard.
Air : T’en souviens-tu, disait un capitaine.
Un bon vieillard, aux enfants du village / Disait hier avec des pleurs aux yeux : / « Je vois encor reverdir le feuillage, / Et ce printemps me trouve plus heureux ; / Pour vous, enfants, la liberté se lève : / Le noble peuple a chassé les tyrans. / O Liberté, tu n’es donc plus un rêve ! / Tu vas briller sur mon dernier printemps. » // « Du Christ enfin le sublime évangile / Va devenir la loi du genre humain. / L’œuvre de l’homme, hélas ! toujours fragile, / Aujourd’hui naît, agonise demain ; / L’œuvre de Dieu, grande et forte s’élève / Et peut braver l’outrage des méchants. / O Liberté, tu n’es donc plus un rêve ! / Tu vas briller sur mon dernier printemps ». // « Enfants, pour vous combien de jours prospères / J’ose entrevoir dans l’immense avenir ; / Tant d’espérances eut enivré vos pères ; / Mais je suis seul resté pour vous bénir. / Faut-il sitôt que mon rôle s’achève ? / Hélas ! faut-il que mes cheveux soient blancs ! / O Liberté, tu n’es donc plus un rêve ! / Tu vas briller sur mon dernier printemps ». // « Faut-il mourir, lorsque – comme Lazare, - / La France sort de son étroit tombeau ! / Des jours humains le ciel est trop avare ! / Oh, oui la mort est trop près du berceau ! / Pour quelques jours, ô mort, suspends ton glaive, / Que je finisse au moins mes derniers chants ; / O Liberté, tu n’es donc plus un rêve ! / Tu vas briller sur mon dernier printemps ». // Au bon vieillard, les enfants dans la plaine, / Font voir un arbre hier par eux planté ; / Il s’agenouille au pied du jeune chêne : / « Je te salue, arbre de liberté ! / A ton aspect mon vieux cœur se soulève, / Je sens des pleurs dans mes yeux languissants ; / O Liberté, ne sois jamais un rêve ! / Fais le bonheur de ces joyeux enfants ». (Mars 1848) (Chants du Berry, pp.17-18)

BARON est géomètre, employé par la Société des Chemins de fer du Centre qui construit la ligne Bourges - Nevers. Ce « Conducteur du chemin de fer » à Nérondes (petite localité à 40 kms à l’Est de Bourges) est donc en contact direct avec les ouvriers du chantier, dont beaucoup sont venus de l’extérieur du département. En mai 1848, une grève de ces travailleurs est brisée par la répression patronale et par la force armée. Mais BARON prend la tête d’une association « philanthropique » mutuelliste. Ainsi, comme le souligne Guy LAVRAT, « grâce à lui s’opéra une sorte de jonction entre le mouvement ouvrier naissant et le mouvement des républicains « rouges », entre la conscience de classe et la conscience politique » [5]. Le lien était établi entre la République démocratique, que souhaitait depuis longtemps le mouvement républicain petit-bourgeois, et la République sociale des premiers socialistes et communistes.
Malgré l’échec de la grève, malgré l’écrasement de l’insurrection ouvrière de juin à Paris, BARON demeure optimiste. La Liberté politique pourra permettre un avenir qui améliorera le sort du Peuple.

Paroles de consolation au Peuple.
Air : Il est un Dieu ; devant lui je m’incline.
Peuple accablé de besoin, de souffrance, / Dont le repos est un peu de pain noir, / Je vais chanter l’avenir de la France / Pour ranimer en ton cœur quelque espoir. / Puissè-je enfin, par ce chant d’allégresse, / Calmer tes mots que Dieu saura guérir. / Que ce présent en s’envolant te laisse / Un meilleur avenir ! // Peuple, déjà ton sublime courage / A délivré la France des tyrans. / Où sont tes rois et leur vil entourage : / Pairs, ducs, marquis, ignobles courtisans ? // Et ce vieux trône où siégeait la Rapine ?... / Un jour suffit pour tout anéantir : / Peuple, crois-moi, ta vertu te destine / Un meilleur avenir ! // La Liberté, sur le sol de la France, / Que féconda tant de sang généreux, / Doit devenir robuste, grande, immense… / Pour abriter tes arrière-neveux ; / Mais si jamais une herbe parasite, / Sur ce beau sol essayait de fleurir, / Arrache-la, pour obtenir plus vite / Un meilleur avenir ! // Vois-tu partout, dans cette Europe antique / Les rois frémir sur leurs trônes tremblants ? / Partout l’on dit : Vive la République ! / Vivent la France et ses nobles enfants ! / Peuple, crois-tu qu’une poignée immonde / De rois, de czars, d’empereurs, de visir / Sauront priver les nations du monde / D’un meilleur avenir ! // Non, non jamais d’infâmes monarchies / N’étoufferont la sainte Liberté ! / Les nations, par toi peuple, affranchies / Se confondront dans la Fraternité. / Encore un jour souffre donc en silence, / Sèche tes pleurs, tous tes maux vont finir ; / L’humanité recevra de la France / Un meilleur avenir ! (Juin 1848) (Chants du Berry, pp.21-22.)

 Les luttes de 1849
Le gouvernement du Parti de l’Ordre et le Prince Président ont initié dès la fin 1848 la « chasse aux Rouges », qui commencent à s’organiser. (Sur les nombreux contacts de BARON, cf. Roger CHERRIER, T.I, p.98 sq). Cette répression est particulièrement brutale dans le Cher, et s’accompagne d’une intense propagande dirigée contre les « partageux » sur les thèmes ressassés mais toujours efficaces auprès des « bons citoyens », du collectivisme et du pillage menaçants, de la gabegie fiscale, de la prime à la fainéantise et à l’ivrognerie. Malgré cela, aux élections législatives du 13 mai 1849, les Démocrates socialistes emportent les six sièges de députés. Parmi eux, le dramaturge et journaliste Félix PYAT (originaire de Vierzon). Mais la répression de la « journée » démoc-soc du 13 juin à Paris oblige les dirigeants nationaux, dont PYAT, à fuir à l’étranger. Dans une pesante atmosphère de répression, qu’en août 1849 BARON lance son Alleluia, qui dénonce l’intervention française en faveur du Pape.

La restauration du Pape - Air : Alleluia
Notre Saint-père est rétabli ; / Napoléon sera béni / Par tous les fils de Loyola. / Alleluia ! / Et qui vivra / Verra cela ! / Alleluia ! // Nous allons voir surgir enfin / Moines, bedeaux et capucin ; / Au lutrin, Barrot chantera : // Alleluia ! etc. // Du matin au soir, à genoux, / Le révérend père Falloux / Rend grâce à Dieu de tout cela. / Alleluia ! // La Liberté va fermer l’œil, / Et descendre dans le cercueil ; / Montalembert l’enterrera. // Alleluia ! // C’est alors qu’on verra soudain / Pleurer Pyat, Ledru-Rollin ; / Mais à la droite on chantera : // Alleluia ! // Puis quand le peuple souverain / Sera sans travail et sans pain, / S’il en demande, on lui dira : / Alleluia ! / Et qui vivra / Verra cela : / Alleluia ! (feuille volante – Chants du Berry, pp.3-4 – R.CHERRIER, T.I, p 102 sq)

Dans l’été 1849, les autorités du Cher, en pur et simple délit d’opinion, déchaînent la répression contre la direction départementale et les cadres locaux populaires du « Parti Rouge ». Cette répression, qui ne cessera pas tout au long des années suivantes, sera marquée notamment aux débuts de 1850 par l’emprisonnement de BARON. Le poème qu’il écrit à son entrée en prison en est l’écho direct.
Le texte est accompagné de notes : Notes de BARON et notes de René Merle : RM-

Revue de ma chambre Air : d’Aristipe.
Noir cabinet que pour six mois j’habite, / Il neige, il pleut, le vent siffle dehors ; / C’est aujourd’hui qu’enfin je te visite ; / Etale-moi franchement tes trésors. / Sur les vieux murs que de noms je révère ! / Les uns nouveaux et les autres anciens :
D’abord Cantin, puis Pérard, de Sancerre ; (1) / Ce sont bien-là des noms républicains !
(1) – Les citoyens Cantin, Pérard aîné, Pérard jeune et Gillet furent condamnés par le tribunal de Sancerre chacun à quinze jours de prison, comme distributeurs d’écrits politiques. Le citoyen Gillet avait donné à l’un de ses amis deux exemplaires de « la foire aux candidats ». Cantin et Pérard aîné vinrent seuls à la prison de Bourges [1].
Mais j’aperçois là-bas près de la porte, / Deux ou trois noms esquissés au charbon ; / Je les lirai d’une voix lente et forte : / Meunier, Ragon, Foucher et Parnajon. (2) / Pauvres amis que deux mois l’arbitraire / A retenus entre ces murs malsains, / J’épellerai vos noms pour me distraire : / Ce sont bien là des noms républicains !
(2) - Accusés de je ne sais quel crime, ces quatre braves citoyens furent arrêtés et conduits ici. Au bout de deux mois ils furent relâchés. Le ministère public déclara qu’il n’y avait pas lieu à poursuivre. Quelle chance ! Pourtant c’était un peu tard ; mais, comme dit le proverbe : mieux vaut tard que jamais [2].
Voici tout près une autre signature ; / Approchons-nous ; je veux la lire aussi ; / Ailleurs déjà j’ai vu cette écriture : / C’est Desmoineaux, le maire de Précy. (3) / Comme aux voleurs, on lui lia les mains. / Combien sa femme a dû verser de larmes ! / On traite ainsi les vrais républicains

(3) - Desmoineaux et ses amis de Précy furent arrêtés et conduits ici les mains attachées. On les relâcha au bout de deux mois ; il n’y avait pas lieu à poursuivre. Révoqué de ses fonctions de maire par le président de la république, Desmoineaux fut renommé dans le courant de mars dernier à une majorité de dix voix sur onze votants. Quelle leçon [3] (5) - Moreau tailleur à Henrichemont : il fut acquitté [4].
Je vois enfin, quoique lisible à peine, / Un autre nom que chacun sait par cœur : / Que tant de gloire étouffe toute haine : / Salut, Michel ! courageux orateur ! (6) / Tu fais, sans cesse, au déclin de ton âge, / Pour nos amis des efforts surhumains ; / Tant de vertus et de noble courage / Te font bénir par les républicains.

(6) - Michel (de Bourges) condamné par la chambre des pairs, lors du procès des accusés d’avril, à deux mois de prison, subit sa peine dans la chambre que j’occupe. On sait qu’il consacre actuellement sa noble éloquence à défendre les accusés politiques.
Et maintenant, permettez-moi, mes frères / Près de vos noms d’inscrire aussi le mien ; / J’ai pour subir mes six mois de misères (7) / Un doux espoir qui me sert de soutien : / Oui, ce présent si rempli de tristesse, / Aura pour nous de joyeux lendemains : / Alors nos fils dans leurs chants d’allegresse, / Célèbreront nos noms républicains !
7 – J’ai eu l’honneur d’être condamné le 29 janvier dernier à six mois de prison et cent francs d’amende comme auteur d’un pamphlet électoral, ayant pour titre : La foire aux candidats.
(Prison de Bourges, mars 1850.) (Chants du Berry, pp.5-6, R.CHERRIER, p.134 sq)

Voici ce pamphlet qui valut la prison à Baron, un fascicule imprimé de 4 pages, dédié à un ami cher de Baron, le médecin et chansonnier « communiste » Commailles.

La foire aux candidats et réflexions sur icelle

« Ces honnêtes gens là
Sont gens à la papa »
(Commaille, docteur-médecin).

« Ran, ran, ran plan, plan, pan tan plan, plan, plan rrrrrran plan, plan, plan, plan ! plan ! zim boum !
Halte là ! Paysans, badauds, manants, ouvriers, bourgeois, travailleurs ! Cinq minutes d’attention s’il vous plaît ; ça ne sera pas du temps perdu !
Messieurs et Mesdames, Mesdames et Messieurs.
Les exploiteurs en gros et en détail du suffrage universel sont arrivés dans cette ville depuis hier ; ils auront l’honneur de vous donner ce soir une brrrrillante représentation à leur bénéfice. Prix des places : rien du tout, et l’on ne paie qu’en sortant ; c’est très logique ! Entrez Messieurs et Mesdames ! prrrrenez vos place ; le spectacle commencera à six heures précises.
Ran, ran, ran, pan plan, pan tan plan, plan, zim boum !!!
Vous verrez d’abord le volumineux, le colossal Poil-Desgrange, ex-membre de la Constituante où il a fait beaucoup de bruit. Le président Marrast, de patriotique mémoire, l’a plusieurs fois rappelé à l’ordre pour ronfler avec trop d’acharnement ; ce curieux et intéressant personnage est possesseur d’une bedaine de 3 mètres 75 de circonférence, capable de contenir 93… cruchons de bière, ce qui nous porte à croire qu’il votera contre le rétablissement de l’impôt sur les boissons. Vous pourrez remarquer que ce gaillard-là est parfaitement taillé pour représenter le prolétaire qui, la plupart du temps, se couche l’estomac à moitié rempli de pain noir.
Vous verrez de Voguë, ci-devant marquis, industriel occupant de deux à trois mille ouvriers, par charité seulement, dans leur seul intérêt, bien entendu, et ne prélevant pas sur eux le plus léger bénéfice. Ce personnage est surtout remarquable par son dévouement à la République, lequel dévouement est chez lui poussé à un tel point, qu’interpellé un jour par un républicain, au défunt comité réactionnaire des Carmes, sur la conduite qu’il tiendrait dans le cas où il serait appelé à juger Henri V, le bâtard-bancroche, pris les armes à la main, en essayant de relever le drapeau blanc, le noble marquis entra dans une sainte colère, écuma comme une marmite, rugit comme une panthère, et ne répondit rien du tout.
Vous verrez De Boissy, l’ex-marquis, le bouffon patenté de l’ex-chambre des pairs, chargé par ses acolytes d’amuser les badauds du dehors. – Ce brouillon turbulent est remarquable par son analogie avec mon tambour : il fait beaucoup de bruit parce qu’il est vide ; c’est comme qui dirait l’antipode de Poisle – Desgranges.
Vous verrez Duverger de Hauranne, polichinelle microscopique qui croyait sérieusement représenter la nation, alors qu’il était l’élu des électeurs à 200 francs. Ce tout petit homme est l’une des causes involontaires de notre glorieuse révolution de février. Pardonnez-lui toutefois, carlistes et orléanistes, papistes et bonapartistes, saints défenseurs du trône et de l’autel, réactionnaires omnicolores, martyrs de la stupidité, pardonnez-lui, absolvez-le ; il ne voulait comme son ami Thiers qu’un tout petit portefeuille ; et depuis la naissance de notre chère République, il a fait tant de fois son mea culpa, qu’il en a usé une trentaine de devantures de paletot. Son tailleur me l’a dit confidentiellement. Ne le répétez à personne.
Vous verrez… etc, etc…
Vous verrez, en outre, un immense troupeau de capitalistes, banquiers, usuriers, blatiers, escompteurs, prêteurs, agioteurs, exploiteurs de tous genres, misérables, lâches, fainéants, fourbes, hypocrites, qui se sont engraissés et s’engraissent de la sueur populaire. Entrez, badauds, manants, bourgeois, travailleurs, ouvriers, paysans. Ça ne coûte rien ; prrrrenez vos places ! ran ran ran pan plan pan tan plan plan plan ! zim boum !

Chapitre II
Ah ! ah ! citoyens, candidats, je l’ai donc enfin écrit le rôle que vous prétendez nous débiter.
Allons saltimbanques, dressez vos tréteaux !
Allons, paillasses, mes amis, ne sautez point za demi, la recette en vaut la peine.
Vous vouliez vingt-cinq francs par jour et le titre de représentant, vous aurez le titre de représentant et vingt cinq francs par jour. Et dire que tous les trois ans je serai témoin de ce hideux spectacle ! Dire que de tels hommes resteront pendant trente-cinq mois enfermés dans leurs châteaux, dans leurs maisons de ville ou de campagne, mangeant, buvant, jouissant, se gorgeant de tout ce que la vie a d’agréable, vidant jusqu’à la dernière goutte leur coupe remplie de bonheur et de joie, sans s’inquiéter si l’ouvrier a faim ou soif, froid ou chaud, et que, dès les premiers jours du trente sixième mois, ils viendront comme des charlatans sur la place publique, protester de leur dévouement à la sainte cause démocratique, et que le peuple est assez…, je ne veux pas dire quoi, pour les croire !
Oh ! bon dieu ! cela me fait mal au cœur !
Infamie d’un côté, de l’autre stupidité !
Messieurs les candidats, vous avez des gants jaunes, je le sais ; des habits noirs, je le sais ; un chapeau de soie, des bottes vernies, je le sais ; mais vous n’avez pas le cœur qu’il nous faut à nous ! Le savez-vous ?
Vous voulez représenter le peuple, dites- vous ?
Ma foi, c’est très drôle !
Mais d’abord, voyons, savez-vous comment il fabrique son pain ? Savez-vous comment il le gagne ?
Avez-vous vu la baraque humide, malsaine et enfumée où il dort ? Savez-vous que – sans exagération – souvent, presque toujours en rentrant le soir de son travail, les habits ou plutôt les haillons trempés de pluie, et raides de boue, l’ouvrier, le prolétaire, le pauvre enfant de cette grande famille du peuple trouve une femme qui pleure et s’arrache les cheveux, parce qu’elle ne sait où prendre un morceau de pain pour donner à ses enfants qui ont faim, un morceau de bois pour réchauffer leurs membres engourdis par le froid ? Savez-vous encore, vous qui savez tant de choses, ce qu’éprouve l’ouvrier en songeant à l’incertitude du lendemain ?
Comment, Messieurs, vous voulez représenter le peuple !
Vous avez des bottes vernies ; le peuple a des sabots grossiers et troués ; vous avez des habits noirs de drap fin ; il n’a qu’une blouse de grosse toile déchirée ; vous avez des gants jaunes pour préserver vos mains blanches et inactives, du contact atmosphérique ; et le manche de la pioche, de la truelle, de la cognée, de la faulx, ou la ronce de la bouchure déchirent continuellement ses mains noires et calleuses qui vous nourrissent et vous engraissent ; vous avez des chapeaux de soie ; et lui n’a la plupart du temps pour abriter sa tête dans laquelle Dieu a mis autant d’intelligence que dans la vôtre, qu’un modeste bonnet de coton ou un vieux chapeau de carton déformé.
Et vous voulez représenter le peuple !
0h !oh ! oh ! en vérité, je vous le répète, c’est très drôle !
Vous êtes taillés pour représenter le peuple comme un artichaut pour produire des roses, comme un banquier pour être honnête homme, et comme moi qui vous parle pour dire la messe.
Citoyens candidats, je vous le jure sur ma tête de démocrate et de socialiste, aucun de vous n’aura ma voix.
Allez, allez mendiants ! que le bon Dieu vous bénisse !!!
V.BARON
Conducteur des ponts-et-chaussées, dégommé par la République, sage et honnête.
Nérondes, le 25 décembre 1849.
(Imprimerie de Mme de Lacombe, 14 rue d’Enghien (Paris) (- R.CHERRIER, p. 127-33)

L’année 1850
La réaction diffuse alors un tract anti rouge. (R.Ch, pp.95-97), au titre énorme :

ENCORE LES ROUGES !
Voulez-vous savoir ce que valent et ce que feraient les ROUGES ? Voyez quels sont ceux qui les soutiennent.
Ils ont pour eux quelques hommes convaincus, quelques honnêtes gens crédules ou peureux, d’accord.
Mais y a-t-il dans le pays un homme qui ait mangé son bien dans la débauche ou la fainéantise ? Il est pour les ROUGES.
Y-a-t-il quelque filou échappé des prisons ou bon à y mettre ? Il est pour les ROUGES.
Y a-t-il quelqu’agent d’affaires, prêteur à la semaine, écorchant les pauvres gens ? Il est pour les ROUGES.
Voyez cet homme toujours à demi-ivre, tapageur de café ou braillard d’estaminet ;
Cet huissier défroqué par ses malversations ;
Ce clerc de notaire qui fait fièrement fi du paysan ;
Cet ouvrier sans conduite qui bat sa femme, mange sa paie et boit le reste ;
Tous ces gens là sont pour les ROUGES.
Et pourquoi ?
C’est qu’avec les ROUGES ils espèrent être les maîtres et faire leur bourse à nos dépens.
Les bons citoyens leur font peur et ils n’en veulent pas.
Pourquoi ?
C’est que les bons citoyens leur préfèrent les braves gens, les artisans honnêtes, les cultivateurs soigneux de leurs affaires.
Les bons citoyens veulent l’ordre pour que chacun jouisse tranquillement de son bien et mette à profit son industrie.
Les bons citoyens veulent que les affaires reprennent, que tout le monde travaille et gagne sa vie.
Les bons citoyens veulent la plus stricte économi dans les dépenses publiques et pour résultat le moins d’impôts possible.
Les ROUGES, eux, ne l’entendent pas ainsi, il leur faut l’impôt des 45 centimes.
Nous nous trompons :
Il leur faut 1 fr. cinquante centimes d’impôts supplémentaires, trois fois plus que les 45 centimes.
Il leur faut le papier-monnaie ou les assignats.
Pour quelques-uns, il faut la banqueroute, la hideuse banqueoute !
Pour d’autres, deux milliards d’impôt, ou deux heures de pillage à Paris et probablement ailleurs.
Leur cupidité ne peut être assouvie à meilleur marché.
Il leur faut, sans compter les sous-commissaires, dont ils peupleraient la moindre bourgade, par chaque département, deux, trois, quatre commissaires plus ou moins extraordinaires, à quarante francs par tête et par jour.
Il leur faut des bandits pour auxiliaires, le désordre et le tapage à l’ordre du jour, le gaspillage partout !
Et des comptes ?... Jamais/
A.ROGER
Bourges, Imprimerie de Ve Ménagé, rue Paradis, 16.

La dernière page de La foire aux candidats indiquait « Pour paraître sous huitaine, trois chansons patriotiques, par le même ». Mais Baron n’aura pas le temps de s’en occuper. On l’a vu, il veniat d’être condamné à six mois de détention, six mois de misère pour sa pauvre femme et ses enfants. Mais six mois pendant lesquels il va continuer à écrire les textes qu’il publiera dès sa libération dans les Chants du Berry. Il n’est évidemment pas question ici de les reproduire tous. En voici cependant quelques-uns qui illustrent la variété des registres de Baron. Celui qui suit, en parler populaire rural, répond plaisamment à la propagande anti-« rouge » qui inondait les campagnes, et particulièrement au tract donné ci-dessus.

Compliments de Gros-Jean
A la République sage et honnête
Air : J’ai pris goût à la République.

Glorieuse et chère République
De vous saluer, j’ons l’honneur ;
Permettez-nous que j’vous explique
Franchement d’où vient not’bonheur ;
Excuser si j’somm’s un peu bête :
C’est nous qui s’appelons Gros-Jean,
République sage et honnête,
Et j’vous en fons not’compliment.

Aux premiers temps de vot’naissance,
J’ons eu grand peur pendant un mois :
D’un bout à l’autre de la France,
On se souveniat d’autrefois ;
Plus d’un craignait de voir sa ête…
Mais c’nétait rien, j’somm’s ti content,
République sage et honnête,
Et j’vous en fons not’compliment.

Quand j’ons vu dans notre village
Planter ceux arbr’s de liberté,
J’ons dit : c’est-z-un mauvais présage,
Et j’en ons perdu not’gaîté.
A les couper votr’hache est prête,
Mordi, taillez donc hadiment,
République sage et honnête,
Et j’vous en f’rons not’compliment.

On voulait détruir’nos familles,
Partager not’propriété,
Prendre nos femmes et nos filles,
Pour établir l’égalité.
Notre épouse en était inquiète :
Si j’couchons près d’elle à présent,
République sage et honnête,
Je vous en fons not’compliment.

Les révolutionnaires à Rome
Avaient chassé, - tas de vauriens -,
Notre saint père, vieux brave homme,
Parc’qu’il aimait les autrichiens.
Vous l’avez r’mis dans son assiette :
Bien qu’ça nous coûte un brin d’argent,
République sage et honnête,
J’vous en fons not’compliment.

Puis pour couvrir les frais d’la guerre,
Vit’vous avez sur les boissons
Rétabli l’impôt salutaire
Qu’avec tant d’plaisir j’payons.
Si le dimanche à la guinguette,
L’ouvrier n’boit plus en chantant,
République sage et honnête,
J’vous en fons not’compliment.

Comme j’devons d’la r’connaissance
A Monsieur votre président
Qui gouverne on n’peut mieux la France
Pour deux à trois millions par an ;
Soyez près d’lui notre interprète ;
Dites-lui que j’nous app’lons Gros-Jean,
République sage et honnête
Et que j’lui fons not’compliment.

(Prison de Bourges, avril 1850)

Celle ci encore, réplique de la célèbre chanson du poète républicain Pierre Dupont, affirme métaphoriquement l’adhésion populaire au « parti rouge » :
Mes deux bœufs
Au citoyen Pierre Dupont
Air : Ma Normandie
p. 8 – 9 -

J’ai deux grands bœufs dans mon étable,
Comme dit un refrain joyeux ;
Tandis que nous sommes à table,
Je vais vous parler de mes bœufs ;
Pour dissiper toute colère,
Commençons par boire en chantant :
Chacun son goût, moi je préfère
Le rouge au blanc, le rouge au blanc.

L’un est blanc, et je vous confesse
Que cela m’afflige beaucoup ;
L’autre est rouge, il a ma tendresse ;
A sa santé buvons un coup !
Mon rouge est fort et sait tout faire,
Le blanc n’est qu’un gros fainéant,
Et voilà pourquoi je préfère
Le rouge au blanc, le rouge au blanc.

Quand nous allons à la charrue,
Le blanc simule de tirer,
Et tandis que le rouge sur,
L’autre ne sait pas s’échauffer.
Pour du courage, il n’en a guère ;
La rouge en a cent fois autant ;
Et voilà pourquoi je préfère
Le rouge au blanc, le rouge au blanc.

Quand nous rentrons à l’écurie,
Le blanc court vite au ratelier ;
Il mange, mange avec furie
Le foin, la paille et le fumier :
Le rouge est très sobre au contraire ;
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Et peu de foin le rend content ;
Et voilà pourquoi je préfère
Le rouge au blanc, le rouge au blanc.

Enfin, terminons cette histoire :
De mon bœuf blanc ne parlons plus ;
Je vais le conduire à la foire :
A qui le veut pour dix écus.
De quelque sot fait-il l’affaire ?
Je le cède pour peu d’argent,
Car je sais qu’en France on préfère
Le rouge au blanc, le rouge au blanc.

(Prison de Bourges, avril 1850)

Voici un poème dédié aux exilés des années 1848 (les déportés de juin) et 1849 (les victimes de la répression de l’été, dont Pyat). À noter que ce thème de l’exil apparaissait déjà dans les poèmes écrits par Baron avant 1848, thème prémonitoire s’il en est, puisque Baron à son tour finira ses jours en exil…
Baron présente ici superbement son idéal de la Républiqe démocratique et sociale.
Chant des Exilés
Air : Tes deux jolis yeux

Refrain.
Malheureux proscrit !
De notre pays,
De nos vieux amis,
Rien ne nous console ;
Loin de nos amis,
Malheureux proscrits,
Notre âme s’envole
Vers notre pays.

Nous t’aimions tous, ô noble France !
Berceau de la fraternité,
Nous voulions ton indépendance,
Ta gloire et ta prospérité.
Malheureux etc.

O travailleurs, nos pauvres frères,
Nous désirions avec ardeur,
Sur vos jours couverts de misères,
Répandre un rayon de bonheur.
Malheureux etc.

Nous désirions que le dimanche,
Sans nul souci du lendemain,
Vous eussiez tous chemise blanche,
Du repos, du pain et du vin.
Malheureux etc.

Nous demandions pour vos familles
Un peu de paix et de bonheur ;
Que pour du pain, vos pauvres filles
Ne vendissent plus leur honneur.
Malheureux etc.

Nous voulions pour vous une place
Au banquet de l’humanité ;
Du travail et non la besace :
Le droit et non la charité.
Malheureux etc.

12
O travailleurs, o prolétaires,
Vous que nous avons tant aimés,
Songez quelquefois à vos frères :
Souvenez vous des exilés.
Malheureux etc.

(Prison de Bourges, mars 1850)

Voici encore, sur un registre plus personnel, réapparaître le vieillard déjà rencontré en 1848 : texte où se mêlent l’amertume, la désillusion, et malgré tout l’espérance.
Le vieux Mendiant.
Air : Passants, soulagez ma misère.

Enfants, un instant de silence :
Je chante pour gagner mon pain ;
Ayez pour moi de l’indulgence :
Je suis un vieux républicain.

Depuis quatre vingts ans, mes pieds foulent la terre ;
Tous ses divers pays se ressemblent entr’eux ;
Ici, c’est la misère, et là-bas la misère :
Sanglots dans tous les cœurs, et pleurs dans tous les yeux
Enfant etc.

Notre vie ici-bas est un pèlerinage ;
Nous partons du berceau pour aller… Dieu sait où.
La tombe est-elle enfin le but de ce voyage ?
Le plus sage l’ignore autant que le plus fou.
Enfants etc.

Je n’appris jamais rien : les savants me font rire
Avec leurs manuscrits, leurs bouquins des vieux temps ;
Leur savoir, par ma foi, ne vaut pas le sourire
D’une rose entr’ouverte au souffle du printemps.
Enfants etc.

Mais j’ai vu, partout vu la pauvre espèce humaine
Se déchirer les pieds aux cailloux du chemin ;
J’ai vu dans bien des cœurs moins d’amour que de haine,
Dans bien des champs, l’ivraie étouffer le bon grain.
Enfants etc.

J’ai vu plus d’un héros avoir pour récompense
Un billet d’hôpital à la fin de ses jours,
Et de vils arlequins qui trahissaient la France,
Chamarrer de rubans leurs habits de velours.
Enfants etc.

J’ai vu maint détracteur de ma vieille besace
Se faire humble, petit, plus mendiant que moi,
Ramper et s’avilir pour avoir une place,
Un cordon, un ruban, un sourire de roi.
Enfants etc.

14
Hélas ! enfin, j’ai vu… mais non, jetons un voile
Sur tant d’actes bouffons qui nous feraient rougir… ;
Puis, pour une autre pièce, on va lever la toile :
Vous aurez un beau rôle, acteurs de l’avenir !

Merci de votre long silence,
Merci surtout de votre pain ;
Vous avez eu de l’indulgence
Pour le vieillard républicain.

(Prison de Bourges, mai 1850)

Voici enfin une plaisante, mais encore bien utopique, mise à mort du Capital, qui ne meurt pas sans progéniture, en définitive…
Mort et enterrement de Mons Capital
Air : Un jour le bon Dieu s’éveillant.

Mons Capital gros et ventru,
D’un habit noir d’Elbeuf vêtu,
Se promenait l’autre semaine,
Le cerveau creux, la panse pleine,
Avec madame sa moitié
Qu’il épousa sans amitié.
Mons Capital se croit tout sur la terre :
Sans moi, nous dit-il, on ne pourrait rien faire ;
Sans moi l’on ne pourrait rien faire.

Il aperçoit son laboureur
Le front tout couvert de sueur,
Qui sous l’ombrage d’un vieux chêne,
Un instant reprenait haleine,
En mangeant son pain noir et sec
Avec un ognon pour bifteck ;
Mons Capital écume de colère :
Quand je n’y suis pas, tu ne peux donc rien faire,
Sans moi tu ne peux donc rien faire.

Il continua son chemin
Tenant sa moitié par la main ;
Tous deux marchèrent en silence.
A quelque cent pas de distance,
S’élevait un grand bâtiment
A Capital appartenant :
De ce château, je suis propriétaire ;
Sans moi dans ce lieu, l’on ne pourrait rien faire,
Sans moi l’on ne pourrait rien faire.

Sur le portail quelques maçons
Faisaient des réparations ;
Mons Capital trouve à redire :
Leur travail est on ne peut pire.
Tandis qu’il les sermone au long,
Sur sa tête un grossier moellon,
Tombe à propos et soudain le fait taire,
La main du bon Dieu ne pouvait pas mieux faire,
Non, Dieu ne pouvait pas mieux faire.

Le lendemain on l’enterra,
Et pas un chien ne le pleura.
Le curé récita des psaumes
Autant que pour vingt pauvres hommes :
Curé, chantres et sacristain,
Chacun récolta son butin,
Puis dans le trou, l’on descendit la bière :
Je prétends, amis, qu’on ne pouvait mieux faire ;
Non, non, l’on ne pouvait mieux faire.

Sa veuve n’avait que vingt ans,
Des cheveux noirs, de blanches dents.
Belle et riche, à la fleur de l’âge,
De rester veuve, est-ce l’usage ?
Elle trouva, pour son bonheur,
A Capital un successeur,
Qui la rendit heureuse sur la terre :
Je ne pense pas qu’elle pouvait mieux faire ;
Elle ne pouvait pas mieux faire.

Dieu répandit sur cette union
Sa céleste bénédiction :
Bientôt s’agrandit la famille
De deux garçons, puis d’une fille.
Capital avec son orgueil
Dort pour toujours dans le cercueil.
Certain plaisant écrivit sur sa pierre :
« Sans toi, fainéant, quelque chose on peut faire »
Sans toi quelque chose on peut faire.

(Prison de Bourges, mars 1850) fin 26
On peut lire à la fin des Chants du Berry, troisième livraison :
Avis aux souscripteurs
Voici la 3e livraison des Chants du Berry, du citoyen Victor Baron. L’introduction de notre ami Félix Pyat promis de se remettre à l’œuvre immédiatement.n’ayant pu nous parvenir par la poste, nous la publierons dans une autre livraison, aussitôt que nous l’aurons reçue de l’exilé qui nous a promis de se remettre à l’œuvre immédiatement.
Il semble que la préface annoncée ne soit jamais parvenue. Cette dernière page indique aussi :
On souscrit : à St-Amand, chez le citoyen Porte, libraire – A Bourges, chez le citoyen Parnajon fils – A Sancerre chez le citoyens Gilet, pharmacien. Aux Bourdelyns, chez le citoyens Commaille – A La Guerche, chez le citoyen Gitard, entrepreneur. A Dun –s-Auron, chez le citoyens Gantbrand, adjoint – A Henrichemont, chez le citoyen Cadet, pharmacien – A pouilly –s-Loire, chez le citoyens Dumangin – A Nevers, chez tous les libraires.
On mesurera le courage de ces citoyens qui prenaient ainsi le risque de diffuser publiquement les brûlots de Baron. Leurs noms dessinent la carte de l’influence rouge.
De son côté, Baron les presse dans la diffusion (avec, comme on peut l’imaginer, des difficultés, voire des mécomptes) car le produit de la vente est dorénavant le seul moyen pour lui de faire vivre sa famille : il a sollicité un poste d’instituteur qui les autorités lui ont évidemment refusé (cf. R.CHERRIER, p.155).
La fin de l’année 1850 et l’année 1851 seront donc des années d’intense militantisme et de vie bien amère (son épouse en pâtit gravement).
Lors des mouvements populaires à caractère insurrectionnel d’octobre 1851 dans le Val de Loire et la vallée de l’Aubois, Baron sera désigné par les autorités comme l’un des meneurs. Il échappera à une très lourde condamnation (10 ans de bagne à Cayenne, commués ensuite à la déportation en Algérie). Réfugié en Suisse, il passe en Amérique. Michel Cordillot l’a suivi dans son itinéraire qui le conduire du Canada aux Etats-Unis, et enfin au Mexique où il mourra en 1864. Son fils Jean demeurera aux Etats-Unis, où il demeurera un militant actif de la démocratie socialiste [6].

Notes
[1] À lire également de Roger CHERRIER, le texte présenté sur le site de la Commune de Saint Léger, où il fut instituteur,
http://www.stleger.info/les72StLeger/region5/18.1848.htm
et l’article : « Vive la République démocratique et sociale ! Révolution et répression dans le Cher, 1848-1852 », La Bouinotte, le magazine du Berry, n°84, été 2003, p.18-21.
[2] Guy LAVRAT, Au temps du fer et des républicains rouges, Octobre 1851, l’histoire d’une insurrection et de sa répression, Val de Loire, vallée de l’Aubois, AàZ Patrimoine, Sury en Vaux, 2008.
Cf. la recension de Alain CHICOUARD :
http://www.1851.fr/biblio/autempsdufer.htm
Cf. également Guy LAVRAT, « Les « jacqueries » du Cher et leur répression, printemps – automne 1851 », Actes du colloque Adiamos – 89, Le coup d’État du 2 décembre 1851 dans l’Yonne, résistance et répression, Adiamos – 89, Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 2002.
[3] Outre les travaux de Guy LAVRAT, déjà cités, cf. Marie-Claude PELISSARD, « Le département du Cher en 1848-1849 », DES Université de Tours, 1967, et plus récemment la très éclairante communication de Michel PIGENET, « Aux origines d’une tradition rouge : les campagnes du Cher sous la Seconde République », Fidélité républicaine et Monde rural, 1848-1851, Actes du Colloque d’Aurillac, Mémoires de la Société « La Haute-Auvergne » - 7, Aurillac, 2001, pp.19-30.
[4] Chants du Berry, Par V.Baron, Détenu politique, Avec une introduction par F.Pyat, Prix de l’ouvrage en 4 livraisons : 50 c. Nevers, Typ. de Regnaudin-Lefebre, 1850.
[5] Guy LAVRAT, op.cit.
[6] Michel CORDILLOT, La Sociale en Amérique. Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux Etats-Unis, 1848-1922, Les Éditions de l’Atelier, 2002

Notes

[1RM - Ces arrestations ont été opérées à Sancerre début 1850

[2R.M -Martin Meunier, sans profession, François Ragon, boulanger, Michel Foucher, horloger, Parnajon dit Brutus, entrepreneur de maçonnerie, étaient accusés d’avoir poussé des cris séditieux et tenu des réunions non autorisées

[3RM - La répression frappa particulièrement les militants du canton de Sancergues, (à l’Est de Bourges, face à La Charité sur Loire) (cf. R.CHERRIER, p.107 sq, LAVRAT, op.cit), et notamment le maires « rouge » de Précy, Edme Desmoineaux, charron et cabaretier, ainsi que Pierre Thomas, maire « rouge » de Jussy-le-Chaudrier. Après la répression des mouvements populaires d’octobre 1851, Desmoineaux et son camarade Henri Brault, tailleur, seront déportés en Algérie, où ils mourront en 1852 et 1854 !}} !
Mais j’oubliais, dans ma course rapide, / Deux autres noms que chacun connaît bien : / Voici Foultier, démocrate intrépide ! (4) / Qu’a-t-il donc fait de son bonnet phrygien ? / Voici Moreau, qui d’une voix sonore, (5) / A fredonné d’indépendants refrains ; / Je suis certain qu’il les fredonne encore. / Salut à vous, braves républicains !
(4) - Foultier de Meillant arrêté pour s’être coiffé d’un bonnet phrygien, fut acquitté par le jury, après un éloquent plaidoyer de M.Servat[[RM - Foultier, maire « rouge » de Meillant (au sud de Bourges) fut arrêté en juillet 1849 pour avoir porté ce bonnet roug

[4RM - Charles Moreau, tailleur d’habits, fut arrêté en octobre 1849 pour avoir chanté des chansons interdites

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