La Seyne sur Mer

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Chant du Morvan 1849, « Les rouges venont… »

dimanche 3 juin 2018, par René Merle

Préface à Roger Cherrier, "Passé recomposé"

En ces temps d’espérance confuse, et bien fragile, espérance rose s’entend, j’ai voulu publier ce Chant du Morvan, daté de 1849. Je l’avais lu (et noté) dans les documents rassemblés par Roger Cherrier sur la Seconde République dans le Cher et la Nièvre. Et ne le trouvant plus, j’ai appelé au secours mon amie et camarade Pascale Cherrier, sa fille, dépositaire de ses papiers, qui me l’a aussitôt communiqué. Merci merci Pascale.
Voilà donc ce chant ironiquement codé, en cette année 1849 où une dure répression s’abat sur les démocrates. Malgré cela, le paysan "rouge", le "bouvier" qui la chante n’a pas perdu l’espérance et voit s’en aller, bien loin, les Blancs de l’écrasante réaction politique, réactionnaires de tout poil, et les Noirs de la réaction cléricale triomphante.
Hélas, l’espérance ne fut pas victorieuse au terme de cette courte Seconde République étranglée par un coup d’État.
Pour autant, cette espérance toujours renouvelée de la vraie République, la République démocratique et sociale de nos anciens Rouges, demeure. "Les rouges venont...". Les Rouges, au sens de 1849, n’étaient pas une secte doctrinaire ou un commando d’agitateurs, c’était l’immense peuple des petits, des humbles, des exploités, des travailleurs de la ville et des champs, qui commençait à ouvrir les yeux, à s’organiser et à ne plus s’en laisser compter par les beaux parleurs. "Les rouges venont"....

CHANT DU MORVAN

Yo, j’amène les blancs, j’amène les blancs
Laissons donc faire
Yo, j’amène les blancs, j’amène les blancs
Yon leurs terres.
Les blancs s’en vont mon vieux, les noirs suivont
Les blancs s’en vont mon vieux, les rouges venont

Quand les noirs feront la procession
Au clair de la lune
Les blancs fileront par Pampelune
Avec leur brune mon vieux
Les blancs s’en vont mon vieux, les noirs suivont
Les blancs s’en vont mon vieux, les rouges venont.

Saute la prêtraille et la mitraille
Et la prêtraille
Y a-t-il qui, qui pourrait
Quand on voudrait
Teindre les cailles
Les blancs s’en vont mon vieux, les noirs suivont
Les blancs s’en vont mon vieux, les rouges venont

Y a-t-il qui pourrait quand l’on voudrait
Tenir le canon qu’on l’écarlate
Y a-t-il qui pourrait quand l’on voudrait
Tenir l’canon contre la savatte
Les blancs s’en vont mon vieux, les noirs suivont
Les blancs s’en vont mon vieux, les rouges venont

Oh, laisse les donc faire
Oh, nous savons un cimetière
Oh, laisse les donc faire
Un jour viendra, qui leur servira.
Les blancs s’en vont mon vieux, les noirs suivont
Les blancs s’en vont mon vieux, les rouges venont.

Quand le moment viendra
Chacun s’dira, faut qu’ça finisse
Oh ! Que d’écrevisses qui rougiront
Dans le chaudron
Quand ils auront
De leur jus jusqu’au menton
Les blancs diront : « Fraternisons »
Les blancs suivont mon vieux, les noirs suivont
Les blancs s’en vont mon vieux, les rouges venont.

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