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Il y a dix ans, intervention militaire française en Libye

samedi 20 mars 2021, par René Merle

À la mi-mars 2011 commençait l’opération "occidentale" en Libye, opération essentiellement française et britannique saluée par nos Belle Âmes démocratiques, BHL en tête en "Ministre des affaires étrangères bis". "Mort au tyran !". On connaît la suite.
Mais nos médias et nos Belles Âmes sont aujourd’hui plus que discrètes sur le chaos "démocratique" qui s’en est ensuivi, la lutte entre deux pouvoirs rivaux et les exactions d’innombrables milices, avec, sucre sur les poires, la récente intervention des troupes turques et de leurs alliés syriens anti-Assad, au grand dam des "conseillers" russes déjà en place dans le camp opposé...
J’ai fouillé dans mes archives, pour retrouver le billet que j’avais écrit dans Vendémiaire le 31 mars 2011. Le voici :

" En guerre

« Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n’est suivi d’aucun vote. » (alinéa 2 de l’article 35 de la Constitution, révision constitutionnelle du 23 juillet 2008).
On regarde tranquillement sa télé. On les voit monter les marches, longue poignée de mains, demi tour face aux photographes, re-longue poignée de mains. Sourires. On les revoit à la sortie, dans le jeu conventionnel de qui sera devant, et surtout de qui sera au milieu. Re-saluts. Voilà, c’est joué...
On se dit que le sort du monde est entre ces mains secouées et ces sourires plus ou moins spontanés. Des hommes et des femmes comme vous et moi. Mais c’est bien sûr, c’est la loi de la démocratie… On se demande quelles émotions ils/elles peuvent ressentir, quels deals ont été passés, comment ils/elles voient ou ne voient pas l’avenir… Le leur, politiquement parlant, et celui du monde…
De toute façon, les nôtres savent que leurs décisions sont appuyées, sinon anticipées, par la presque unanime déferlante humanitaire et patriotique, à travers médias et partis. Fier d’être Français, fiers de nos dirigeants. Et peut-être de l’Occident. "L’occident a frappé" dit mon écran de télé cette nuit. Déferlante sélective, une fois de plus, comme pour l’Irak, comme pour l’ex-Yougoslavie, comme pour l’Afghanistan... Une déferlante qui n’a rien de spontané. Et qui n’implique pas non plus vraiment le sentiment d’être embarqués : pareille intervention, (sauf pour le pilote qui y risque sa peau, et le bombardé qui y risque encore plus la sienne), se regarde pour l’heure comme au cinéma. Super film d’action. Nous ne risquons rien, sinon de manquer de carburant quelques jours...
L’historien de demain pourra toujours confronter ce qui a été dit, ce qui a été publié hier avec ce que sera devenu « le printemps arabe », avec ce qu’il sera advenu du nouveau contrôle des ressources économiques et des flux migratoires, et du rapport inter-puissances, qui ne sont pas toutes "l’Occident" ! Comme l’historien peut déjà comparer aujourd’hui ce qui avait à l’époque été dit et écrit à propos de bien des engagements des deux dernières décennies (pour ne pas remonter plus haut, mais il y aurait de quoi), engagements dont « l’opinion » fut fière à leurs débuts, mais à leurs débuts seulement.
Pour l’heure, ne faisons pas le pari du pire. Acceptons de croire que seront ainsi sauvés, in extremis, des démocrates menacés d’écrasement. Je parle des Libyens, naturellement. Que ceux du Golfe Persique ou du Yémen se dépatouillent avec leurs tendres dirigeants.
René Merle "

Mai 2011 - BHL apporte son soutien et celui de plusieurs villes de France aux insurgés de Misrata assiégés par les troupes de Kadhafi.

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