La Seyne sur Mer

Accueil > Identités, régionalismes, nationalisme > J’ai pour les drapeaux une vieille fixation...

J’ai pour les drapeaux une vieille fixation...

jeudi 4 février 2021, par René Merle

J’ai pour les drapeaux une vieille fixation, depuis que tout enfant je les découvrais dans le Larousse familial, en pages centrales. Certains, et non des moindres, ont disparu depuis ; beaucoup ont apparu, au point que lorsque je promène sur le port d’Hyères, lors des grandes compétitions internationales de voile, il m’arrive de m’interroger devant des emblèmes nés de la dernière pluie.
Et que dire des innombrables emblèmes politiques, religieux, sectaires, syndicaux qui ont envahi notre imaginaire et nos petits écrans ! D’autant plus que s’est généralisée la mode d’un drapeau par manifestant, mode à laquelle je n’ai jamais pu me résoudre.
Pour autant, ma curiosité et mon intérêt pour les drapeaux sont exemptes de toute naïveté et de toute adhésion sans recul, tant je mesure combien leur symbolique est à dimensions très variables. Je n’en prendrai pour exemple, si besoin était, celui des drapeaux nationaux y compris notre tricolore) qui ont couvert les meilleures et les pires des choses. Le proscrit républicain Cœurderoy l’avait signifié pour notre tricolore en 1852 [1]. Qu’aurait-il écrit s’il avait connu la suite….
J’avoue avoir été parfois énervé des récupérations du tricolore, par son utilisation chauvine en matière sportive, par son annexion lors des grandes manifestations sarkozystes, (qui signifiait « c’est le nôtre, et pas celui de l’opposition »), ou par l’utilisation officielle faussement consensuelle qui suivit l’abominable attentat contre Charlie Hebdo. Il n’empêche, mon cœur bat toujours pour le drapeau tricolore de notre grande Révolution, que le Front populaire voulut réconcilier avec le drapeau rouge.
À ce propos, je m’étais permis de signaler à Jean-Luc Mélenchon que le drapeau tricolore manquait dans l’océan rouge de ses premiers cortèges. Il m’a si bien écouté que dans une soudaine dichotomie, le rouge manqua cruellement à l’océan tricolore de ses meetings électoraux.
Bref, l’utilisation des drapeaux n’est évidemment pas univoque. Faut-il choisir, ou faut-il relativiser ? Je préfère par exemple le drapeau qu’un soldat soviétique planta sur le Reichstag à l’emblème tsariste repris par Poutine. Bien que la RFA ne soit pas exactement ma tasse de thé, je me réjouis de lui voir arborer les trois couleurs de la Révolution allemande de 1848, en lieu et place de celui à la croix gammée qui avait usurpé le rouge des vieux socialistes… Et j’avoue avoir un pincement de cœur quand je vois dans de grandes manifestations madrilènes le tricolore de la République espagnole effacer l’emblème de la Royauté.
J’ai plusieurs fois sur ce blog abordé la question des drapeaux, à partir des hésitations de la Seconde République :

Mais venons-en au présent.
J’évoquais sur mon ancien blog, la ridicule querelle du drapeau européen « marial » présent à l’Assemblée à côté du tricolore… Querelle complétée par la demande d’une députée sudiste de ne garder que le tricolore, mais en le flanquant du blanc de la Monarchie, car, nul n’en ignore, les rois ont fait la France (et la France se défait sans rois, pense-t-elle sans doute).
Faut-il effacer des emblèmes tout ce qui peut évoquer un passé dans lequel l’on ne se reconnaît pas ? J’avoue y céder parfois. Ainsi, je regrette de voir sur certains drapeaux provençaux le lys de la Maison d’Anjou, qui céda la Provence à la France, auquel, sans « nationalisme » imbécile, je lui préfère le sang et or (si proche de celui des Catalans) de la vieille indépendance comtale.
Il faudra que je me fasse à nouveau psychanalyser.
Mais puisque Lys il y a, je ne pense pas que beaucoup de républicains français reprochent aux Québécois de conserver pour leur « Belle Province » le bleu et le lys royaux de la monarchie française.

2 Messages

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP