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Le polar, une autre façon d’écrire l’histoire ? À propos de "Treize reste raide"

lundi 4 juin 2018, par René Merle

René Merle, Filigranes, n°49, avril 2001
Entretien réalisé le 26 janvier 2001 par Teresa Asude et Michèle Monte

René Merle, avant de parler plus précisément de votre polar « Treize reste raide », parlez-nous un peu de votre parcours.
Je suis né en 1936, ce qui veut dire que je fais partie de cette génération qui a connu une France qui était presque identique à celle du XIXe siècle, puis ces Trente Glorieuses où on a découvert la société dite de consommation, où on a traversé les guerres coloniales, le mouvement de 68. Cela amène à un certain pessimisme : on a l’impression que le monde s’est grandement amélioré sur le plan matériel mais ne correspond pas à ce qu’on aurait souhaité sur le plan affectif, spirituel. A côté de ça, j’ai été prof toute ma vie, et c’est un métier qui m’a beaucoup plu. J’ai été normalien, j’ai été reçu à l’ENSET et j’ai débuté comme prof en lycée technique, puis j’ai passé l’agrégation d’histoire (ce qui a changé le regard de certains sur moi ! !) et après, je me suis lancé dans une thèse pour le plaisir, et comme j’ai toujours eu une sensibilité patrimoniale, occitaniste, j’ai fait une thèse à la fois d’histoire et de linguistique romane : c’était un inventaire avec une équipe du CNRS sur tout ce qui avait pu être écrit de 1770 à 1840 en provençal dans la région PACA et la partie du Languedoc où on parle un occitan provençal. Ce qui m’intéressait, c’était de comprendre pourquoi ces gens qui étaient tous bilingues ont écrit certaines choses dans une langue plutôt que dans une autre, en particulier au moment de la Révolution française. A partir de ce moment-là, j’ai été embarqué dans ce monde occitaniste très varié qui va des nationalistes persuadés qu’il existe une nation occitane jusqu’au félibre avec sa cigale. Comme j’écrivais en occitan des textes poétiques que je traduisais pour en donner une version française (alors que le plus souvent c’est quelqu’un d’autre qui vous traduit), j’ai réfléchi à ce qui se passe quand on traduit sa pensée avec des mots différents : de fait, on ne dit pas la même chose, il y a des choses que l’on préfère dire en français et d’autres en occitan. Mais ce qui est dommage, c’est que les lecteurs de poésie occitane attendent surtout une poésie de combat, de témoignage. La poésie lyrique les déçoit, et on se retrouve avec très peu de lecteurs.
Mais vos quelques lecteurs de l’époque ont dû être très surpris de vous voir écrire un polar. Qu’est-ce qui vous a amené à écrire « Treize reste raide »
Il faut dire d’abord que des polars, j’en lis depuis toujours. J’ai commencé par les Américains, j’aimais bien cette façon très simple et très brutale qu’ils avaient de démystifier le mythe américain, de montrer les rapports de force à l’œuvre dans la société moderne. Ensuite il y a eu la période française du polar de dénonciation, tant qu’il ne s’est pas réduit à des pamphlets néo-gauchistes indigestes, parce que trop manichéens, bourrés de poncifs. J’aimais bien des gens comme Manchette, Fajardie, Jonquet, Daeninckx, Izzo en regrettant qu’il s’enferme dans un système marseillais (il en serait probablement sorti si le cancer ne l’avait pas tué). A l’heure actuelle il y a des femmes très intéressantes : Fred Vargas, Dominique Manotti. Leurs livres sont bien ancrés dans la société contemporaine sans tomber dans le réalisme plat. A l’étranger, je suis emballé par Montalban, dont j’ai toujours suivi les chroniques dans El Pais en appréciant son point de vue marxiste et sa vison lucide sur la péninsule ibérique. Son humour, sa visualisation constante de différents types sociaux m’a emballé. J’ai pas mal lu aussi les jeunes îtaliens qui ont résolu de façon intéressante la question de la langue : entre un italien officiel plus écrit que parlé et une oralité encore très liée aux dialectes, ils ont opté pour une langue orale interdialectale, celle des grandes villes du Nord envahies par les sudistes, influencée par les médias et constituant un mélange détonant et proprement intraduisible, dont les versions françaises ne donnent pas vraiment le reflet.
Mais comment êtes-vous passé de la lecture à l’écriture ?
Tout est né d’une situation - l’élection d’un maire Front National à Toulon en 1995 - et d’une rencontre lors de la dernière fête du livre organisée conjointement par la mairie et les vrais libraires de Toulon (avant que la mairie n’en confie l’organisation à des libraires d’extrême-droite et que le conseil général n’organise une fête parallèle). Le hasard a voulu que je me trouve aux côtés de Patrick Raynal, directeur de la Série Noire, et qu’on commente ensemble la situation (l’atmosphère était tendue, il y avait des altercations). J’ai expliqué à Raynal qu’il y avait un terreau pour expliquer une telle élection à Toulon, que la ville avait eu à plusieurs reprises dans son histoire une municipalité d’extrême-droite, et que cela avait été encore pire à Nice et à Marseille, qui, avant et pendant la guerre, s’était retrouvée dirigée par des fascistes (Sabiani) alliés à des délinquants notoires (Carbone, Spirito) et appuyés par la grande bourgeoisie marseillaise. Et Patrick Raynal m’a dit " Mais ça, tu devrais l’écrire ". Depuis longtemps, j’avais réfléchi à cette histoire-là, je m’étais documenté, mais sans cette invitation de Raynal, ce " challenge " ça aurait donné un énième article érudit dans Provence historique.
Finalement, ce polar, ça a été une autre manière d’écrire de l’Histoire ?
Exactement, mais ça m’a amené à traiter l’Histoire avec un autre regard. Il fallait que ça soit vu par des personnages, que je fasse un aller-retour entre le présent et le passé, et que cela corresponde à quelque chose, que ça ne soit pas artificiel. D’autre part, j’ai voulu aussi m’inscrire en faux contre une certaine vision de Marseille qui commençait à se développer à ce moment-là, notamment grâce au premier polar d’Izzo : une vision extrêmement positive comme ville de tous les métissages. Autant je partage l’engagement humaniste d’Izzo (que je connaissais et appréciais depuis que je l’avais côtoyé quand il était rédacteur en chef de La Marseillaise à laquelle je collaborais épisodiquement), autant je vois Marseille comme une ville dure où les communautés cohabitent plus qu’elles ne fusionnent. Ecrire un polar m’a aussi amené à me poser des questions que je ne m’étais jamais posées, puisque pour la première fois, je créais un personnage qui n’était pas moi (il tient de moi bien sûr, mais aussi d’un tas de gens que je connais ou que j’imagine). Et surtout j’ai dû mettre en scène des personnages que j’ai connus directement ou indirectement, en particulier les " pépés ". J’ai essayé de faire passer cette espèce de nostalgie de ces types qui se sont engagés à fond, bien ou mal, dans des camps opposés, et dont je ne voulais pas donner une vision manichéenne. Est-ce que ça a encore un sens aujourd’hui, cet engagement ?
Vous avez mis longtemps à l’écrire, ce polar ?
Je l’ai "bâclé" en un mois, fin 95 début 96, essentiellement pendant les vacances de Noël (j’étais encore prof à l’époque), et je l’ai envoyé à la Série Noire. Ils l’ont pris et ils l’ont publié à la fin de l’été 97 (les délais de publication sont toujours longs). Le bouquin a bien marché (ils l’ont réédité trois fois tout de suite), ce qui était agréable, mais il a fallu affronter toute une mise en représentation qui fait que bien souvent, quand on n’y est pas habitué, on se demande ce qu’on fait là-dedans : être là derrière une table à signer des livres en étant regardé comme un singe savant, c’est une drôle de situation. C’est pour cela que je ne me suis pas relancé tout de suite dans ce genre d’aventure.
Qu’est-ce que cela vous a fait découvrir en termes d’écriture ?
D’abord la prose continue, en particulier le rapport entre le descriptif et l’intérieur. J’ai toujours eu une vision photographique des choses, je ne peux pas mettre en scène des gens si je ne décris pas leur décor, donc je me suis autant régalé à poser l’atmosphère marseillaise de la ville (cette ville minérale où il y a peu d’arbres) qu’à poser les personnages. J’ai également découvert l’utilisation du style parlé et son rapport au style narré. Je me suis demandé comment retranscrire l’oralité méridionale : on risquait la mauvaise pagnolade si on retranscrivait des propos absolument naturels pour des gens du peuple, et on ne pouvait pas non plus les faire parler comme des académiciens. J’ai semé de quelques expressions patoises les propos d’un vieux essentiellement, pas tellement pour mettre en exergue l’existence d’une langue morte mais pour montrer l’évolution. Ce que j’aurais adoré, c’est de montrer le changement d’accent, de prononciation au fil des générations. On ne peut pas le faire passer à l’écrit, c’est dommage, car ça donnerait vraiment l’impression de 2 mondes qui se mêlent sans complètement se mélanger. Dans le Sud-ouest il y a une homogénéité plus grande, ici on a l’impression que les choses bougent plus vite : il y a eu une arabisation rapide de l’accent chez les jeunes quia creusé le fossé avec les plus anciens.
Vous avez pensé à l’intrigue dès le début ?
Tout est parti du titre : j’ai eu l’idée du titre avant d’écrire. " †reize reste raide " est un terme de pétanque : c’est une formule conjuratoire, un sort qu’on jette à celui qui est en passe de gagner pour l’empêcher de gagner, mais dans " raide " il y a à la fois une idée de mort, une idée phallique, et " treize " c’est le nombre qui symbolise les Bouches-du-Rhône, Marseille. Pour faire avancer l’intrigue, j’ai retrouvé des réflexes que j’avais mis en œuvre dans cette quête autour du bicentenaire de la Révolution française : qui a pu écrire ça ? Comment identifier les auteurs de tel document ? Le travail de l’historien, c’est un jeu sérieux, analogue à celui de l’enquêteur. Du point de vue historique, j’avais suffisamment d’éléments pour imaginer des gens qui étaient passés du communisme actif au fascisme. L’armateur Fraycinet avant-guerre avait effectivement soutenu financièrement Sabiani, qui a collaboré à fond avec les nazis. J’ai seulement changé certains noms parce qu’il y a encore des descendants. Mais la fameuse photo avec le " gratin " de l’occupation, la milice et l’armateur, c’est vrai. Il y a une partie de la bourgeoisie marseillaise qui a collaboré, poussé à ce qu’on démolisse les vieux quartiers et à ce qu’on fasse des opérations d’urbanisme sur la rive droite du Vieux Port, même si ça ne plaît pas à certains Marseillais susceptibles que l’on parle de ça. Finalement, c’est un bouquin d’histoire, et j’ai essayé que mon rapport à la vérité ne soit pas faussé par l’intrigue romanesque. C’est pour cela que les personnages ne sont pas entièrement noirs, fussent-ils fascistes. Il est très facile d’être moralisateur après coup, mais qu’aurions-nous fait à cette époque ?
Vous aviez déjà engrangé les matériaux historiques avant de commencer le polar ?
Oui, bien avant le bouquin, pour ma gouverne personnelle, j’ai fait sur cette époque ce que fait tout chercheur : j’ai lu la presse de l’époque, j’ai consulté les archives pour tout ce qui a trait aux années 20 et 30 et qui est déjà hors prescription. Ma démarche était politique, j’ai voulu comprendre la montée de l’extrême-droite. Etant occitaniste et ayant affaire à des occitanistes pour lesquels l’Occitanie était toujours le parangon de toutes les vertus, sachant qu’il y avait eu un fascisme méridional avant-guerre, j’avais eu envie d’y voir plus clair. J’ai d’ailleurs commencé par Toulon, qui s’est distingué par des positions très antidreyfusardes et antisémites à la fin du XIXe siècle et dont le maire Escartefigue, personnage truculent au nom qui semble sorti de Pagnol, a commencé par être anarchiste, puis socialiste puis radical, avant qu’on le retrouve après la guerre de 14 fascisant et ami de Sabiani. C’est pourquoi de Toulon, je suis passé à Marseille. En histoire, on fonctionne un peu comme des flics, on cherche toujours le pourquoi du comment. Mais s’il n’y avait pas eu l’encouragement de Raynal, tout cela aurait très bien pu n’aboutir qu’à un petit bouquin ou à un article érudit. Ce qui est sûr, c’est que j’ai mis le doigt sur quelque chose dans l’historiographie méridionale qui avait été largement occulté (à l’exception de quelques chercheurs américains) parce que cela dérangeait, et qui, du coup, commence à être un peu mieux étudié.
Est-ce qu’on pourrait tenter une comparaison entre les trois types d’écriture que vous avez pratiqués ?
L’écriture historique obéit à un principe d’intelligibilité immédiate, il ne faut pas chercher à faire des effets de style, il faut avoir un style, mais un style qui ne cherche pas la gloriole personnelle et qui permette à tout lecteur de comprendre de quoi il s’agit. On est amené à tailler pour arriver à quelque chose de dense, de bref et d’efficace. C’est très fatigant, même si c’est un grand plaisir d’arriver à être adéquat à ce qu’on veut dire.
La prose narrative s’adresse avant tout à un public qui va lire pour se distraire, même si, à l’heure actuelle, ce lectorat est essentiellement féminin, plutôt cultivé, et s’il peut comprendre les clins d’œil, les allusions. Il faut savoir être amusant, ne pas négliger ce qui, dans la vie quotidienne, fait vrai au niveau de l’expression, de la gestuelle, même si ça n’intervient pas dans l’action. La prose poétique s’adresse avant tout à soi-même. C’est une catharsis qui fait que l’on se sent mieux une fois qu’on a écrit. On peut partir d’images très personnelles, de sentiments éprouvés en se remémorant tel personnage ou tel paysage, des vibrations que procure tel mot, et on ne cherche pas d’emblée à être compris par autrui. C’est pourquoi j’ai très peu publié car c’était assez peu compréhensible par autrui, et je n’avais pas envie non plus d’expliquer ce que ça " voulait dire ". C’est une écriture où il y a plus d’implicite, en raison de l’engagement personnel.
Ce qui change donc, c’est le destinataire ?
Oui. L’expérience du polar m’a pour la première fois de ma vie mis concrètement en présence de l’autre : d’abord l’éditeur, le premier intermédiaire, et les lecteurs des comités de lecture, si différents de mon monde à moi, plutôt jeunes, très parisiens. Il a fallu beaucoup expliquer, dire pourquoi je disais ça ou ça. Ensuite il y eu les critiques et les lecteurs. J’ai eu beaucoup de lettres de lecteurs, et un contact que je n’avais jamais eu dans le peu de publications poétiques auxquelles j’avais participé.
Mais le polar permet aussi un autre regard sur les personnages que l’Histoire. On peut mieux faire apparaître les différentes facettes d’un personnage, le polar réhumanise des gens qui, dans un écrit historique, seraient peut-être plus stéréotypés, ou du moins incomplets, saisis uniquement en fonction de leur envergure historique.
Vous n’avez pas eu envie d’écrire un autre polar après cette expérience finalement très positive ?
Sur le moment, non, à cause de tout l’aspect médiatique dont j’ai déjà parlé. Mais après, je m’y suis remis. J’ai participé à un recueil de nouvelles sur Marseille que la revue Autrement va publier en mars. Il s’agissait dans des nouvelles un peu noires d’évoquer l’atmosphère de Marseille. Alors que la plupart des nouvelles sont dans la lignée de celles d’Izzo, la mienne se passe dans les quartiers Sud et elle est centrée sur un personnage féminin. J’ai essayé de sortir des clichés sur la ville, et pour la première fois de faire parler un personnage féminin. Et puis deux livres vont sortir ce printemps, dans deux petites maisons d’édition, Jigal et L’écailler du Sud, mais ce ne seront pas des romans noirs. Au risque d’en décevoir certains, j’ai voulu encore une fois changer de genre. Ce seront, disons, deux petits polars gentils, plus guillerets.
Et dans ces nouveaux livres, est-ce qu’il existe aussi un fort rapport à l’Histoire ?
Non, pas du tout. Il y en a un qui décrit l’attitude de plusieurs personnes de sexe, de formation, d’intérêts différents, face à un même événement, une petite énigme qui les intrigue tous et dont il faut qu’ils arrivent à connaître le sens. Ca a l’air assez léger, mais il faut le lire au troisième degré pour que ça prenne un autre sens. L’autre se passe à Toulon, de nos jours, c’est un jeu entre un personnage qui pourrait être négatif (de par son profil d’extrême-droite classique) et un autre qui a le profil inverse, mais cela n’a rien à voir avec la politique, cela tourne autour d’un tableau et d’un meurtre.
Du point de vue de l’écriture, est-ce qu’on retrouve malgré tout des points communs ?
Le premier, Le couteau sur la langue a une écriture beaucoup moins nerveuse et agressive que Treize reste raide. C’est une sorte de narration voltairienne à la Candide, avec de l’ironie dans la façon de mettre en scène les personnages. Dans le second, Opération Barberousse, il y a effectivement des points communs avec mon premier polar, les choses sont vues à travers un personnage qui doit résoudre rapidement une énigme. Mais ce qui est transversal à tous mes textes, c’est le lien entre écriture et visualisation. Je ne peux pas écrire si je ne suis pas dans un paysage, que celui-ci soit réaliste, onirique ou kaléidoscopique. L’imprégnation que je reçois de ce paysage intérieur fait que j’écris de telle ou telle façon. De même, une écriture la nuit, le matin ou dans une après-midi tranquille donnera pour moi des résultats forcément différents : ce ne seront pas les mêmes souvenirs, ni les mêmes vibrations qui vont venir. Je le revois quand je reprends un passage à des heures différentes.
Mais comment passe-t-on du paysage au mot ?
C’est assez mystérieux, mais ce qui aide c’est d’écrire souvent. Le plus souvent on écrit, le mieux c’est. Avant j’avais les tiroirs pleins, maintenant c’est l’ordinateur : j’accumule des débuts, des petits bouts dont je ne sais pas encore ce que j’en ferai. Mais quand vraiment un paysage s’impose, je m’y mets et je remets toute autre chose à plus tard, parce que je suis alors dans les meilleures conditions pour qu’il sorte quelque chose de juste, ce qui revient à dire que je ne peux pas faire un plan et suivre un rythme chapitre par chapitre. J’écris des fragments que je recompose après, c’est comme une ratatouille. Le personnage change cinquante fois de caractère, mais pas le paysage, c’est ça qui est intéressant. Parfois je me dis " mais combien de fois tu fais passer des gens différents dans un même paysage intérieur ! ".
Vous réécrivez beaucoup ?
Oui, énormément, je change, j’enlève, je barre. Si c’était sur papier et non pas à l’écran, cela ferait les délices de ceux qui étudient les manuscrits. J’écris comme si j’avais l’éternité devant moi, c’est un luxe que je peux me permettre parce que je n’ai pas besoin d’écrire pour vivre, ni trop besoin d’être reconnu par l’écriture.
Quand décidez-vous d’arrêter de réécrire ?
Ça, on le sent : il y a un moment où ça changerait tout de modifier quoi que ce soit. Mais au moment de relire les épreuves, je me dis encore : " Ah, j’aurais dû changer ça. " C’est un crève-cœur de se relire.
On a parlé de vos lectures de polars, de l’importance qu’elles avaient eue pour vous, c’est probablement elles qui vous ont donné envie de relever le défi lancé par Patrick Raynal. A quoi attribuez-vous le succès du polar aujourd’hui ? Est-ce parce qu’il permet de parler de la réalité d’aujourd’hui en évitant un ton moralisateur ?
Certainement. L’historien du XXIIe siècle, il lui suffira de prendre une multitude de polars pour voir ce qu’était la France des années 1980-2000.
Les auteurs de polars sont-ils les Balzac et les Zola de notre époque ?
Non, il leur manque l’ampleur de la construction, la vision presque dantesque, la force énorme de ces auteurs. Mais dans le patchwork que constituent les nombreux polars contemporains, on peut puiser une bonne vision de la société, qui contient beaucoup d’authenticité.

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