La Seyne sur Mer

Accueil > Personnel : écriture, souvenirs > Écriture personnelle : nouvelles, romans, poésies, préfaces... > Un article de R.Merle dans la revue "Regards". 2001. À propos des nouveaux (...)

Un article de R.Merle dans la revue "Regards". 2001. À propos des nouveaux auteurs de polars méditerranéens

lundi 4 juin 2018, par René Merle

René Merle, “Polar méditerranéen ? L’ombre de Montalbán”, Regards, n°69-70, 2001
Regards m’a demandé quelques lignes sur notre “polar méditerranéen”. Tenant aussi la plume sur ce rivage, en bonne déontologie confraternelle je me garderai d’exposer mes jubilations, exaspérations ou indifférences. Mais je propose volontiers quelques données sur ce revival des années 1990, apparemment coupé des strates antérieures, lointaines ou proches, souvent oubliées et pourtant passionnantes.
Alors que le polar français “engagé” s’essoufflait, le neo-polar “méditerranéen” naissant s’inscrivit moins dans la continuité d’une mythologie méridionale que dans le retour au microcosme natal, lieu d’apprentissage de la vie, pierre de touche des relations humaines et des tensions sociales. Référence qui devait fort peu aux poussées régionalistes post-soixante huitardes.
Ce polar, qui n’est en rien celui d’une école, (au sens par exemple de l’école de Bologne, phalange soudée et amicale du jeune polar italien) n’est donc pas celui du proche arrière-pays, encore moins celui de tout le Sud occitan. Méditerranéen ? Si l’on veut bien s’éloigner des poncifs trop facilement unificateurs, la notion est à déconstruire géographiquement. La Corse est encore trop absente, tout comme les rivages languedocien et catalan. Et si, ici comme ailleurs, l’universel c’est le local sans les murs, en l’occurrence le local est fortement caractérisé. Montpellier du roman collectif de Richochet, Nice revisitée par P.Raynal, ou Toulon par R.Merle, sont des entités spécifiques. Pour ne rien dire de l’isolat marseillais.
Car, à l’évidence, non seulement la production marseillaise est de loin la plus abondante, mais, dans l’actuel imaginaire national, polar méditerranéen signifie polar marseillais. Et polar marseillais égale avant tout J.C.Izzo, dont le premier Série Noire, Total Khéops, obtient dès sa parution, en 1995, un formidable succès de critique et de librairie.
À l’évidence, avec ou sans moustaches, l’ombre de Montalbán s’était penchée sur son berceau.

Mais M.V.Montalbán, journaliste politique de premier plan, inscrit l’errance jouisseuse et désabusée de Pepe Carvalho dans une critique globale de la société postmoderne, et conserve, malgré tout, l’espoir de subvertir l’Empire. Alors que dans sa trilogie tragiquement achevée Izzo, (journaliste politique en son temps, et rejeté par les siens, c’est-à-dire les nôtres), compense de plaisirs quotidiens, et de joie de vivre malgré tout proclamée, une solitude et une désespérance profondes.
Mais l’orgueilleuse Barcelone des J.O et de J.Pujol est plus dérangée que gratifiée par Montalbán, alors que la trilogie grandement médiatisée de Izzo, les ouvrages qui l’ont accompagnée et suivie, tout comme le cinéma de Guédiguian, la musique d’IAM ou du Massilia S.S, ont permis à une ville mal aimée de se regarder, de se retrouver, et de respirer. Quitte à souffrir de se regarder en face, dans l’aller-retour de son passé et de son présent. J’en ai fait l’expérience en évoquant le Sabianisme dans Treize reste raide.
Cette production a aussi permis à la France de se faire une autre idée de ce bout de Midi. De le mieux considérer, voire se mettre à l’aimer, comme de le tenir encore plus à distance. Dans la reconnaissance nationale et régionale, les réactions de la critique, celles de l’opinion, ont procédé à la fois de l’ouverture et de la fermeture, de la lucidité et de l’aveuglement.
Quitte à passer parfois de la dévalorisation, ou de l’auto-dévalorisation, à l’hyper-valorisation, à changer en décor, alibi mystificateur ou exotisme intérieur la formidable charge d’humanité ainsi révélée, à mariner dans le marigot de l’entre-soi ou à se gausser de l’indigène présomptueux.
Quitte à considérer qu’un roman est bon, ou mauvais, parce qu’il s’inscrit dans tel lieu, alors que, à l’évidence, un roman est bon ou pas bon, point final.
Izzo a disparu au moment où son œuvre s’ouvrait à tout l’horizon de cette Méditerranée qui sépare et réunit ses enfants. Mais les fêtes du livre témoignent d’une production foisonnante dont on ignore trop que l’initiatrice est une jeune femme, Michèle Courbou (Les Chapacans, Série Noire, 1994).
La percée est faite en 1995 avec P.Carrese, J.C.Izzo, dont le succès est aussitôt énorme, suivis bientôt par F.Thomazeau, et bien d’autres... Production toujours plus abondante, appuyée sur la diversité des structures éditoriales : les premières initiatives locales, vite dépassées, sont relayées par de grands éditeurs nationaux, à leur tour doublés de structures nouvelles (Jigal à Paris, L’Écailler du Sud à Marseille).
État des lieux ? Le dernier Autrement, Marseille du noir dans le jaune, peut en donner une idée partielle, tout comme les catalogues des dites maisons d’édition”.

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP