La Seyne sur Mer

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"Vivre sans ; que reste-t-il de notre monde ?"

dimanche 3 janvier 2021, par René Merle

Un aveugle animalcule, se faufilant dans les failles de l’écosystème néocapitaliste mondialisé, et nourri par lui, est venu nous révéler que nous ne sommes ni maîtres ni possesseurs de la nature.
L’an 21 sera-t-il comme son prédécesseur celui où la solitude est proclamée vertu sociale, quand le proche devient ennemi s’il est là, en « présentiel » comme dit la ridicule novlangue ?
À ce propos, je viens de lire avec grand intérêt un ouvrage pluridisciplinaire et polyphonique Vivre sans [1].
Voici la quatrième de couverture :
Vivre sans résister, sans liens, sans beauté, sans esprit, sans ombre, sans limite, sans progrès, sans droit, sans finances... Que restera-t-il de notre monde après le passage du covid-19 ? Et que restait-il déjà avant la crise ? Peut-être seulement des illusions...
En 2020, plus de la moitié de l’humanité a été assignée à résidence pendant plusieurs mois. Nous avons été isolés les uns des autres, interdits de contacts, de liens, de toucher, parfois même privés d’odorat et de goût.
En menaçant notre santé, nos projets, notre croyance en un prétendu progrès, le Coronavirus balaie toutes nos illusions et révèle les failles béantes de nos sociétés : l’impuissance du politique, la fragilité de nos systèmes de santé, l’insuffisance de notre modèle économique et social, le caractère archaïque de notre justice… Il nous oblige à nous confronter au Réel et à la finitude que nous avions cru pouvoir repousser indéfiniment. Il nous rappelle aussi que « pour résister, il ne faut pas résister ».
Mais peut-on vivre sans résister, sans liens, sans beauté, sans esprit, sans ombre, sans limite, sans progrès, sans droit, sans finance... ? Alors que restera-t-il de notre monde après le passage du Coronavirus ? De quoi sera fait l’avenir ? Réussirons-nous à nous réinventer ?

Contrainte d’espace, les texte sont denses, mais combien stimulants dans leur diversité.
Je me retrouve entièrement dans la convergence accablante des constats.
Je suis plus réservé sur les perspectives esquissées de sortie de crise, qui me ramènent parfois à l’utopisme généreux engendré par le premier confinement. Nous sommes au lendemain du second et à la veille du troisième. L’heure est peut-être moins à la construction de la nécessaire utopie qu’à l’interrogation sur les forces sociales qui pourraient concrètement la porter.

Mais cette réserve n’enlève rien à la tonicité plus que bienvenue de l’ouvrage, un bouquet d’analyses et de réflexions qui, en ces temps de médiocrité généralisée et entretenue et de dévalorisation du beau nom d’intellectuel, nous montre, si besoin était, que nombre d’entre nous ne se résolvent pas à subir.

Notes

[1Peggy Larrieu, avec la participation de Jean-Michel Besnier, Hervé Fischer, Christian Godin, Roland Gori, Jean-Pierre Lebrun, Michel Maffesoli, François Ost, Renaud Vignes, Vivre sans ; que reste-t-il de notre monde ?, Editions érès, 2020

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