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Diderot, Hugo, Sand, Stendhal et les patois…

mercredi 3 février 2021, par René Merle

Diderot enregistre la réalité patoise comme un fait d’évidence, qu’il n’évoque fugitivement qu’en référence affective à son père qui parlait le patois de Langres et de la Haute Saône dans sa boutique d’aiguiseur :
« Quand je deviendrais le plus haut et le plus puissant seigneur du monde, j’aurais beau faire, je ne serais toujours que Deniseu Didereut, fei de maître Didier Didereut, raigusou* ai l’ensaigne de lai perle ai Langre ».
(Lettre à Madame Caroillon La Salette du 25 août 1752).
*ragusou = coutelier

Dans son exil à Guernesey, Victor Hugo est contacté par l’éditeur grenoblois qui veut rééditer le poème en dialecte grenoblois Grenoblo malhérou.
On peut lire dans sa réponse (Hauteville-House, 9 avril 1864) :
« Les patois ébauchent la langue comme l’aube ébauche le jour. Aussi la poésie qu’ils contiennent a-t-elle une grâce matinale. »
Salut magnifique, qui est en même temps un enterrement. Le « patois » n’est pas « Langue ».
Hugo retourne en éloge le préjugé alors commun (et je ne suis pas sûr qu’il ne le soit encore) qui veut que les « patois » doivent disparaître pour laisser toute sa place au français national. Hugo magnifie ce qui est péjoré, mais pour autant il ne peut considérer le patois que dans une mise en perspective historique qui avalise sa disparition programmée.

En fait, c’est George Sand qui écrivit la préface à la réédition de Grenoble malherou.
On y retrouve le même respect pour le patois, traité cette fois en toute bonhomie. Pittoresque, oh combien naturel, mais voué à la disparition, comme hélas tant de vieilles choses sympathiques…
« George Sand et le patois de Grenoble » :
https://renemerle.com/remembranca/spip.php?article723
C’est dans cet esprit que George Sand a émaillé ses romans berrichons de mots du terroir, de mots patois. Il est vrai qu’elle n’avait à écouter autour d’elle pour les entendre, car ce patois voué à la disparition était encore vivant, quelque peu.

Stendhal ne s’est pas intéressé aux parlers populaires français. Ce qu’il écrit par exemple sur son long séjour à Marseille ne traite en rien du provençal. Et l’on peut penser (mais je me trompe peut-être) que le Grenoblois qu’il était n’était pas passionné par ce qui demeurait du patois de Grenoble.
Mais quelle différence avec ce qu’il a reçu et ce qu’il a vécu à Milan, où il découvre et apprend quelque peu un dialecte vivant, parlé par tous (de l’aristocrate au plébéien), et délectablement mis en poésie.
Cf. :
Stendhal parle du dialecte milanais
[-<1352]
Le poète en dialecte milanais Porta vu par Stendhal

Stendhal découvre cette Italie où la Langue de Dante était partout accompagnée de dialectes parlés par tous. Et le temps n’est pas lointain où la télévision n’avait pas encore entamé dans la jeunesse l’antique socle dialectal, et où tant de poètes de haute volée écrivaient en dialecte, come Pasolini.
Les Français habitués à péjorer les patois n’ont hélas jamais compris cette réalité linguistique, si tant est qu’ils en aient pris connaissance.

Le lecteur intéressé par ces questions linguistiques pourra retrouver ample matière dans mon site Remembrança :
https://renemerle.com/remembranca/

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