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100 ans après le Congrès de Tours, de la Révolution et du stalinisme...

mercredi 17 février 2021, par René Merle


J’évoquais dans un article récent, dans la charnière des XIXe et XXe siècle, l’écartèlement des différentes chapelles socialistes entre l’utopie révolutionnaire et le réalisme qui montrait que « les masses » ouvrières occidentales n’y étaient pas prêtes, toute partantes qu’elles étaient pour des réformes concrètes immédiates [1]
Le leader de la tendance révolutionnaire de la SFIO, Jules Guesde, s’était jeté avec enthousiasme dans l’Union sacrée des débuts de la guerre de 1914, persuadé que, comme en 1870-1871, la guerre pouvait accoucher d’une Révolution socialiste en France ou en Allemagne.
Bien plus qu’une Révolution allemande avortée, elle accoucha d’une révolution totalement inattendue pour nos socialistes occidentaux, la révolution menée par la tendance bolchevik de la social démocratie russe. Le vieux collectiviste Guesde ne se retrouva pas plus que la plupart des autres dirigeants de la SFIO, dans cette naissance communiste qui se prolongera par ce qu’il est dorénavant convenu d’appeler le stalinisme, terme à mon avis réducteur et peu éclairant. Mais passons, puisqu’aujourd’hui il est utilisé, sur le mode péjoratif, non seulement par ceux qui l’avaient toujours dénoncé, mais aussi par ceux qui l’avaient adulé.
Je suis en effet souvent à la fois amusé et attristé quand je vois des éditorialistes communistes et des philosophes proclamées marxistes nous expliquer gravement que le stalinisme n’avait rien à voir avec le marxisme, parce qu’il qu’avait été engendré dans un pays arriéré où la Révolution prolétarienne n’aurait jamais dû se produire.
Marx et Engels eux-mêmes n’avaient-ils pas répété que la révolution prolétarienne, et c’est une lapalissade, ne pouvait advenir que dans des pays où le prolétariat était majoritaire, c’est-à-dire dans quelques pays capitalistes « avancés ». Ils avaient initialement porté leurs espoirs sur l’Angleterre, avant que le désaveu du réformisme anglais ne les renvoie à l’Allemagne.
On trouvera sur ce site de nombreux textes illustrant le propos [2]
Lénine n’ignorait pas ces points de vue cantonnant la possibilité de la Révolution dans les pays capitalistes développés, qu’il renvoyait à une phase antérieure du capitalisme, mais il estimait a contrario que dans la nouvelle phase, l’impérialisme stade suprême du capitalisme [3], la Révolution était non seulement possible mais souhaitable dans les maillons faibles du système impérialiste mondial.
Quoiqu’il en soit, la Révolution eut lieu, soulèvement de masse et non coup d’État, portée par le rejet massif de la guerre impérialiste initiée par la tsarisme et la soif de terre et de liberté des paysans. Gramsci y vit lucidement [4] une Révolution doublement dirigée contre le Capitalisme, et aussi contre Le Capital de Marx qui l’avait jugée impossible.
Mais revenons au stalinisme.
On pourrait facilement ironiser sur le fait que les plus anciens de ces éditorialistes et philosophes, je le disais plus haut, aient soutenu en leur temps ce régime qu’ils condamnent aujourd’hui avec véhémence.
Mais alors quid de cette parenthèse « non marxiste » jetée aux oubliettes de l’Histoire ?
Car on en revient donc, et ce n’est pas innocent pour ces communistes contempteurs du stalinisme, à ce qu’écrivaient les socialistes de 1920. Avec le recul de l’histoire, qui donc avait raison il y a 100 ans [5] ?
Faut-il rappeler que les Bolcheviks, qui avaient su transformer en Révolution l’immense ébullition populaire, n’envisageaient pas initialement de construire le socialisme dans un seul pays, mais comptaient sur le renfort des initiatives révolutionnaires à l’Ouest. Ce n’est qu’après l’échec des révolutions allemande, autrichienne, hongroise, italienne, que les Bolcheviks envisagèrent la possibilité d’une survie solitaire, dans un environnement international des plus hostiles. Ils payèrent le prix de la survie de l’expérience soviétique par l’autoritarisme stalinien.
Ces pages de l’expérience soviétique étant arrachées de la mémoire collective « communiste », voire piétinées, fallait-il donc revenir au point de départ de 1920 ? L’espérance révolutionnaire communiste de 1934 [6], puis de 1936 [7] est déjà bien différente de celle de 1924 [8], et que dire alors de celle de 1946, telle que l’exprima Maurice Thorez dans son fameux interview au Time [9]
Et ceux d’entre nous qui ont vécu l’épisode consternant du Programme commun et du soutien à Mitterrand auto proclamé révolutionnaire [10], ont connu la même logique.
100 après la scission de Tours, le mot même de Révolution n’a plus de sens du côté des socialistes. Mais ceux qui à la gauche de la gauche rêvent toujours d’une Révolution anti capitaliste ne savent plus vraiment à quel support social se vouer. Exit « le Parti de la Classe ouvrière »…

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