La Seyne sur Mer

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Edoardo Calvo, Jacobin piémontais

jeudi 28 janvier 2021, par René Merle

J’ai déjà évoqué sur ce site l’influence de la Révolution importée en Piémont, et le rôle à la fois admiré et détesté de Bonaparte.
Cf. : Bonaparte « libérateur », Bonaparte criminel de guerre. Comment se comporta l’armée d’Italie en mai-juin 1796
Ce qui me renvoie à la belle figure du médecin turinois Edoardo Calvo (1773-1804), qui fut un des leaders de la jeune garde des démocrates piémontais, jacobins fils des Lumières, qui accueillirent avec enthousiasme la Révolution française, puis l’entrée des troupes républicaines en Piémont. Calvo écrit alors, en piémontais :

Piemontèis, costa l’é l’ora
ch’io oma tant sospirà ;
costa l’è la prima aurora
dë la nòstra libertà..."
(L’aurora dla libertà piemontèisa)
.

« Piémontais, celle-ci est (voici) l’heure pour laquelle nous avons tant soupiré ; celle-ci est la première aurore de notre liberté... »

Engagement qui lui valut persécutions et exil, en 1797 et 1799. Il s’adressa alors au peuple, toujours en piémontais, dans son fameux Passapòrt dj’aristocrat, en proposant une solution... radicale !

Patriòt republican,
còsa feve ’d tanti nòbil ?
[...]
Fin ch’i avrì ’d col sangh impur
ant ël regno dl’egualiansa,
chité pura la speranza,
podré mai vive sicur.
Pendje tutti tacà un trav,
o tajeje almanch la testa ;
basta un sol, un sol ch’a resta :
tard o tòst av farà s-ciav.

« Patriotes républicains, que faites-vous de tant de nobles ? [...] Tant que vous aurez de ce sang impur dans le règne de l’égalité, abandonnez pourtant toute espérance, vous ne pourrez jamais vivre en sécurité. Pendez les tous à une poutre, ou au moins coupez leur la tête : s’il n’en reste qu’un seul, tôt ou tard il fera de vous des esclaves.) »

Dans un premier temps, l’occupant français s’en prend aux privilégiés et modernise le pays à la française. Mais bien vite les pillages, la cupidité d’une armée et d’une administration qui se servent sur le pays, la répression sanglante de toute protestation radicalisent une opposition populaire qu’indigne l’anticléricalisme français.
Une feuille volante que je conserve précieuement, Ra predica d Carianet, sra ruinna d’ i’ democrat pr consoré i’paisan. A Tirin ant ra stamparia denasio con ra permission (« Le prêche de Carianet [1], sur la ruine des démocrates pour consoler les paysans ») commence ainsi :

Sbardè pira ra vos an tutte ër terre,
Fradej, sorele, popol d Carianet,
E die pian, e fort, che re nostre guere
Pr côui Cravot, cha n’han voidà j taschet,
A son finie con ër gran valor
Dra Gesia, d’j Sovran, dr Imperator
.

Il s’agit d’un appel aux frères, sœurs, "peuple de Carianet", à répandre et clamer que notre guerre contre ces Français (« Cravot" ») qui nous ont vidé les poches, est terminée grâce à la grande valeur de l’Église, du Souverain (piémontais) et de l’Empereur (d’Autriche).

Calvo à son tour est devenu antifrançais. Mais ce n’est pas pour défendre les cléricaux et l’absolutisme ! Comme bien des jacobins floués par le Directoire et Bonaparte, c’est sa trahison des idéaux de la Révolution qu’il reproche au nouveau régime français, lequel ne le lui pardonnera pas et le persécutera !

Notes

[1Carianet (Callianetto en italien) est une localité proche d’Asti, dont est originaire le populaire personnage de Gianduja, représentant du paysan piémontais, naïf et malicieux à la fois, personnage adopté ensuite par le théâtre de la capitale Turin

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