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Bacri. Adieu Gary

mercredi 20 janvier 2021, par René Merle


Bacri dans "Adieu Gary"

Jean-Pierre Bacri vient de mourir. Sa filmographie est immense. Je me suis fait un cinéma en repensant à tous les films que j’ai pu voir de lui.
Tous m’ont touché, mais peut-être est-ce un film plutôt oublié qui m’a le plus ému : Adieu Garry (Gary Cooper of course), de Nassim Amaouche, qui remporta le grand prix de la semaine internationale de la critique du Festival de Cannes en 2009.
Récompense oh combien méritée !
Bacri y fait une composition étonnante !

Nassim Amaouche a réalisé le tour de force de signifier, sans le moindre didactisme pesant, mais avec finesse, mesure, générosité, fermeté et délicatesse, la fin de la classe ouvrière fière d’être ouvrière, et l’avenir bouché de ses enfants, réduits aux petits boulots aliénants et sans perspectives, à la petite délinquance ou à la fuite vers le miroir de la grand ville.
Sous le soleil ardéchois, Nassim Amaouche a déniché un décor prodigieusement prenant, celui d’une immense usine désaffectée en bord de Rhône, prolongée d’anciens logements ouvriers, où il installe pour quelques jours le huis clos de quelques familles en bout de rue et en bout du monde.
Ni esthétisation de la déshérence, ni réalisme pesant : nous rencontrons dans la fiction assumée (jusqu’à l’onirisme parfois), des personnages vrais et tranchants, avec leur part de regrets, de rêve, d’insouciance, de deuil, d’ennui, d’amitié et d’amour. Le titre a priori énigmatique évoque l’obsession d’un adolescent mutique clos dans la conviction, sans espoir, que son père, le beau Gary (surnom dû à sa ressemblance avec l’acteur) reviendra un jour de sa fugue avec une secrétaire de l’usine. Les acteurs sont épatants de justesse.
Et chez ces anciens ouvriers de l’usine, pour la plupart immigrés d’origine maghrébine, le mirage du retour au « bled » se clôt dans la réalité du retour à la religion : ah, cette scène finale où l’on voit un groupe de fidèles pénétrer dans la mosquée qui a pris la place de la Maison du Peuple et de son local de lutte syndicale…

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