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Braunstein, "La philosophie devenue folle"

mardi 9 février 2021, par René Merle

Un ouvrage indispensable, l’autopsie d’une funeste mode anglo-saxonne qui nous envahit : Jean-François Braunstein [1], La philosophie devenue folle. Le genre, l’animal, la mort, Grasset, septembre 2018.
Voici quelques lignes de l’entame qui vous donneront certainement envie d’aller y voir.
« Les questions du genre, du droit des animaux et de l’euthanasie ont traversé l’Atlantique et sont devenus des débats sociétaux, censés nous passionner. L’identité de genre est-elle distincte de l’identité sexuelle ? Les animaux sont-ils des êtres sensibles ? Ont-ils des droits ? Doit-on légaliser l’euthanasie ?
[…]
il serait pourtant possible de se poser d’autres questions, plus originales, un peu plus dérangeantes aussi. Si le genre n’a rien à voir avec le sexe, pourquoi ne pas en changer tous les matins ? Si le corps est à la disposition de notre conscience, pourquoi ne pas le modifier à l’infini ? Pourquoi par exemple ne pas se faire amputer de membres sains qui ne correspondent pas à l’image que nous avons de notre propre corps ? S’il n’y a plus de différence entre animaux et humains, pourquoi ne pas avoir avec eux des relations sexuelles « mutuellement satisfaisantes » ? Pourquoi ne pas faire des expériences médicales sur des humains dans le coma plutôt que sur des animaux en pleine santé ? Si l’on choisit d’interrompre des vies « indignes d’être vécues », pourquoi ne pas tuer aussi les enfants « défectueux » ou non désirés ? Et pourquoi aussi ne pas changer le critère de la mort et nationaliser les cadavres, afin de pouvoir prélever sur les quasi-morts un plus grand nombre d’organes, en meilleur état, au profit de vivants plus prometteurs ?
Amputomanie, zoophilie, eugénisme, ce n’est là qu’un petit échantillon des questions qui se posent lorsque sont changées radicalement les définitions du sexe et du corps, lorsque s’est effacée la frontière entre homme et animal, lorsqu’on admet que toutes les vies n’ont plus la même valeur. Ces questions sont si choquantes qu’elles pourraient sembler avoir été inventées pour l’occasion. Ce n’est absolument pas le cas. Ce sont là des thèmes ultra-classiques de la réflexion « morale » anglo-saxonne contemporaine. Il faut savoir que les réponses qui y sont apportées par les universitaires américains les plus réputés sont en général les plus absurdes et les plus choquantes que l’on puisse imaginer. »

Notes

[1Jean-François Braunstein est professeur de philosophie contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne

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