La Seyne sur Mer

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Le Roi de Thulé

mardi 9 février 2021, par René Merle

Quand j’étais enfant, j’entendais constamment ma grand-mère chanter, et bien souvent des airs d’opéra. Ma grand-mère ne fut pourtant "qu’une ouvrière", puis une ménagère, mais l’opéra faisait alors partie de la culture populaire méridionale. C’est ainsi que j’ai connu ces quatre premiers vers de la chanson suspendue de Marguerite, dans Faust. Celui de Gounod, toujours, dont Barbier fit le livret. Berlioz était inconnu. Magique évocation d’une terre de brumes, dans ce midi solaire de tomates et de tomettes...

J’étais loin alors de savoir, et ma pauvre grand-mère (« pauvre » dans le Midi veut dire à jamais parti/e) ne le sut jamais, que « La Ballade du Roi de Thulé » était en fait une des Odelettes de Gérard de Nerval, [1808-1855] qui en 1830 l’avait traduite d’un poème de Gœthe, donné en 1816, et dont Schubert fit aussitôt un lied : "Es war ein König in Thule / Getreu bis an das Grab, / Dem sterbend seine Buhle / Ein goldnen Becher gab..."

Il était un Roi de Thulé
A qui son amante fidèle
Légua, comme souvenir d’elle,

Une coupe d’or ciselé.



C’était un trésor plein de charmes 

Où son amour se conservait :

A chaque fois qu’il y buvait 

Ses yeux se remplissaient de larmes.



Voyant ses derniers jours venir,

Il divisa son héritage, 

Mais il excepta du partage 

La coupe, son cher souvenir.



Il fit à la table royale 

Asseoir les barons dans sa tour ;

Debout et rangée alentour, 

Brillait sa noblesse loyale.



Sous le balcon grondait la mer.

Le vieux roi se lève en silence, 

Il boit, - frissonne, et sa main lance

La coupe d’or au flot amer !



Il la vit tourner dans l’eau noire, 

La vague en s’ouvrant fit un pli, 

Le roi pencha son front pâli... 

Jamais on ne le vit plus boire.

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