La Seyne sur Mer

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À propos de "Rien"

jeudi 11 février 2021, par René Merle

Quand on enseignait vraiment la langue aux adolescents, et qu’ils pouvaient alors comprendre le sens de Res publica...

« Rien vient de rem, cas-régime de res (chose). Il était féminin dans l’ancien français avec son sens étymologique et obéissait à la règle de l’s. Le trouvère Rutebeuf (treizième siècle) a dit de la mort : « La riens qui la plus certaine soit ». Joinville l’emploie aussi dans le sens de chose : il n’est nulle riens au monde que j’en prisse. » (IX,47), et dans le sens de créatures : « Se tu creins Dieu, si te creindront toutes les riens qui te verront. » (II, 12)
« Et où, si je sçay rien (quelque chose), j’appris ce que je sçay » (Régnier, Sat. II, V, 226)
De nos jours, ce mot s’emploie comme substantif masculin dans la locution un rien. Il n’avait pas originairement le sens négatif, et maintenant encore, pour avoir ce sens, il est le plus souvent accompagné de la négation ne. Lorsque, dans Les Femmes savantes, Bélise se moque de Martine, qui vient de lui dire : « Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien » (II, VI, 479), Bélise a tort : Martine parle plus français qu’elle, étymologiquement bien entendu. Serait-il impossible que Molière, qui avait lu nos vieux fabliaux et y avait puisé, ait voulu donner un ridicule de plus à la femme savante, un ridicule que seuls pouvaient comprendre les lettrés ? »

Marius Michel, Notions élémentaires de grammaire historique de la langue française, à l’usage des établissements d’enseignement secondaire et des aspirants au brevet supérieur de l’enseignement primaire, Paris, Belin, 1906

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