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"Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà"

mercredi 10 février 2021, par René Merle

Ah, que dirait aujourd’hui Pascal [1] en considérant avec quelle belle unanimité les gouvernements dits occidentaux, toujours propres sur eux, condamnent le vilain Poutine qui a fait de Navalny un prisonnier politique, et qui a réprimé avec violence les manifestations en sa faveur. Et de sommer Poutine de changer de ligne, sous peine une nouvelle fois de sanctions...
Réponse du Berger à la Bergère, le ministre russe des Affaires étrangères rappelle que la Russie s’est abstenue de commenter les lourdes peines de prison infligées aux dirigeants indépendantistes catalans, et la violence avec laquelle ont été réprimées les manifestations indépendantistes catalanes. Et il s’étonne que les gouvernants occidentaux, si prompts à défendre les Droits de l’Homme, se soient bien gardés de condamner le pouvoir espagnol, en arguant d’une affaire intérieure à l’Espagne, dans laquelle ils n’ont pas à intervenir.
Et encore n’a-t-il rien dit de la nouvelle décision de la justice espagnole d’imposer aux prisonniers un programme de rééducation sur la nécessité de « respecter la Loi »… Qu’en disent les contempteurs du système de rééducation chinois ?
Personnellement, je n’ai aucune sympathie pour un homme qui a contribué avec son maître Eltsine à transformer l’URSS en un état capitaliste, à revenir aux valeurs et au drapeau tsaristes, mais j’ai du mal à comprendre pourquoi nos gouvernants occidentaux traitent toujours ce promoteur du capitalisme le plus sauvage avec leurs réflexes de la guerre froide… Ils devaient être fous de joie de voir ainsi s’achever la première tentative mondiale d’échapper au capitalisme. Peut-être ce qui les chatouille est-il seulement qu’Eltsine et ses oligarques riches des dépouilles du bien collectif, ne considèrent plus seulement la Russie comme fournisseur à bas prix de matières premières et comme lieu d’expérience des théoriciens ultra libéraux ?

Et la Catalogne dans tout cela ? Il n’est pas question ici de revenir sur l’analyse de la complexe situation catalane, dont j’ai souvent traité. Allez voir par exemple à l’article De la nature composite du nationalisme catalan. Je dirai simplement aujourd’hui que, personnellement, je n’ai pas grande sympathie pour des dirigeants qui ont cru bon de faire oublier le rôle oppresseur de la grande bourgeoisie catalane par un appel interclassiste à l’union nationale catalane pour l’indépendance, et qui n’ont pas été capables d’assumer le combat frontal qu’ils avaient déclenché [2]
Mais enfin, comment apprécier la qualité morale des dirigeants européens se gardant bien de condamner un ministre espagnol des affaires étrangères qui vient de déclarer :
« En Espagne, il n’y a pas de prisonniers politiques, mais des politiciens prisonniers »…

Notes

[1Pascal, Pensées, « Misère » : « Sur quoi la fondera t il, l’économie du monde qu’il veut gouverner ? Sera ce sur le caprice de chaque particulier, quelle confusion ! Sera ce sur la justice, il l’ignore. Certainement s’il la connaissait il n’aurait pas établi cette maxime la plus générale de toutes celles qui sont parmi les hommes, que chacun suive les mœurs de son pays. L’éclat de la véritable équité aurait assujetti tous les peuples. Et les législateurs n’auraient pas pris pour modèle, au lieu de cette justice constante, les fantaisies et les caprices des Perses et Allemands. On la verrait plantée par tous les États du monde et dans tous les temps, au lieu qu’on ne voit rien de juste ou d’injuste qui ne change de qualité en changeant de climat, trois degrés d’élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité, en peu d’années de possession les lois fondamentales changent. Le droit a ses époques, l’entrée de Saturne au Lion nous marque l’origine d’un tel crime. Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur au delà. »

[2Il n’est que de voir la confuse situation actuelle dans une Catalogne qui s’apprête à nouveau à élire son Parlement, sans la moindre illusion sur la façon dont Madrid pourrait tenir compte de son choix. Situation d’autant plus confuse que les possibles gagnants, le parti indépendantiste de gauche, pense s’allier au parti socialiste anti indépendantiste. Au fait, et dans tout cela notre Manuel Valls national qui siège avec la formation catalane non catalaniste de droite décomplexée ?

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