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À propos des élections catalanes et de l’inanité de la politique

mardi 16 février 2021, par René Merle

Au risque du ridicule de jouer à l’éditorialiste en politique étrangère, après l’Italie où la politique, au sens noble du mot, vient d’être mise à mort [1], voici, dans la série « Ce qui se passe de l’autre côté de la frontière », un mot sur la surréaliste élection des 135 députés du parlement catalan, ce 14 février par grand temps de virus.

Certes des sujets autrement importants doivent sans doute préoccuper la poignée de fidèles lecteurs de ce site : notre ami le virus et ses suites ; le démantèlement d’EDF, notre bijou national ; l’affaire de Trappes et tout ce qu’elle révèle de dits et de non dits ; l’explosion des inégalités sociales ; j’en passe et des meilleures.
Mais quand même. Et toujours dans le questionnement sur ce que le mot « Politique » veut dire, aujourd’hui.

Je laisse de côté mes considérations historiques sur la Catalogne que vous pouvez trouver avec ce mot clé Catalogne et particulièrement avec l’article De la nature composite du nationalisme catalan

Avec le "camembert" ci-dessus, les gazettes vous ont donné le détail des résultats au regard de ceux de 2017 : une abstention record (53,54 % de votants) due tant à la crise sanitaire qu’à la lassitude politique, - abstention qui discrédite en fait les résultats - ; une courte et inattendue victoire des partis indépendantistes qui pour la première fois dépassent de peu les 50% ; une percée spectaculaire du Parti socialiste catalan (PSC) partisan résolu du maintien dans l’État espagnol ; la stagnation ou le recul des formations de la droite catalane non indépendantiste (tiens, que devient Manuel Valls quand ses Ciudadanos (Cs) dégringolent de 36 à 6 députés ?), et, hélas, la percée spectaculaire des fascistes de Vox.
Pour aller vite, on peut dire que un peu plus de la moitié des votants en tiennent toujours pour l’indépendance, un peu moins de la moitié des votants la refusent.
Mais en gros on peut approcher la situation avec deux grilles de lectures.
La première est celle de l’indépendantisme, un indépendantisme inscrit par l’Histoire dans la conscience populaire. Nette victoire des indépendantistes - (ERC Esquerra Republicana de Catalunya, 33 députés, JxCat unts per Catalunya 32 députés, Cup Candidatura d’Unitat Popular (en progrès), 9 députés) -, qui dépassent donc la majorité absolue de 68 sièges.
En avant, une fois de plus, pour la belle République catalane, dégagée des griffes du méchant centralisme madrilène. Une belle République dont ses promoteurs seraient bien en peine de nous dire quelle figure elle ferait dans une Europe qu’ils ne tiennent pas à quitter, et qui les ficèlerait dans ses contraintes économiques comme elle ficèle les autres États…

Mais en fait le jeu est quasi égal avec les anti indépendantistes, où le Parti socialiste catalan (PSC), en net progrès, se taille la part du lion avec 33 députés, à côté d’un mouvement de droite Cs Ciudadanos-Partido de la Ciudadanía (Manuel Valls), en déconfiture. D’une certaine façon le vote pour le PSC est un vote de classe dans la mesure où il est fortement celui des "immigrés" venus de toute l’Espagne chercher du travail en Catalogne, mais un vote de classe castré par le réformisme plus que prudent des socialistes espagnols.

Mais l’autre grille de lecture est celle de l’opposition entre une gauche de progrès social et une droite conservatrice et néo libérale. Et ce critère divise les deux camps : quelle politique mènerait la coalition indépendantiste si jamais elle arrivait au pouvoir ? Celle du réformisme de gauche de l’ERC, ou celle du néo libéralisme sans complexe de JxCat ? Sans compter l’ultra radicalisme d’extrême gauche de la CUP ?
En fait, si l’on appliquait au plan catalan ce qui se joue à Madrid, où l’ERC soutient le gouvernement socialiste, on s’attendrait à une coalition ERC – PSC, chose a priori impossible dans le climat passionnel catalan actuel.
Et de même on voit mal le très néo libéral JxCat unts per Catalunya s’allier avec la droite non catalaniste, qui le déteste, pour mener sa politique antisociale.

Bref, l’impasse politique révèle en fait l’inanité et l’inefficience de la politique, au sens noble, quand elle est parasitée par des passions aliénantes. La seule formation qui fait vraiment de la politique dans l’analyse de classe, - porteuse d’une évolution régénératrice des institutions espagnoles, et catalanes, et d’un véritable projet social et écologique, En Comú Podem (en français : « En commun, nous pouvons ») -, n’obtient malheureusement que 8 sièges, comme en 2017.

Notes

[1Cf. : Mario Draghi.

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