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Conflit de générations ?

mercredi 17 février 2021, par René Merle

Le pauvre Karl Marx peut aller se rhabiller avec sa lutte des classes.
Désormais, avec la crise sanitaire, il n’est plus question que de « lutte des générations », entre une jeunesse étranglée dans son quotidien, ses aspirations, son insertions sociale, et le monde des nantis qui n’est pas, comme vous pourriez le penser, celui des puissants de l’économie et de la finance, mais celui des « vieux » pour lesquels tout serait fait. Y compris, impudemment, la vaccination (si vaccins il y a…).
Belle opération d’enfumage, qui n’a rien d’innocent. Un bon conflit des générations pour désamorcer la crise sociale où jeunes et vieux devraient se trouver solidaires.
Le drame est que, dans le climat actuel, l’exaspération de la jeunesse soit ainsi facilement canalisée et utilisée. Les puissants ont toujours appliqué au mieux la formule « diviser pour régner » et ont toujours désigné des boucs émissaires. Et ce poison s’est toujours répandu dans les couches populaires de génération en génération. Ça ne va pas ? Égrenons ce que l’on a pu entendre depuis « la Belle Époque ». C’est la faute des Juifs, puis des immigrés italiens et espagnols, puis des profiteurs des allocations familiales, puis des fainéants qui touchent « le chômage », puis des Arabes, puis des Noirs , puis des « assistés » qui se la coulent douce, et enfin des Vieux.
Brûlons donc les Ehpads, et leurs pensionnaires avec, organisons les pogroms contre ces inutiles profiteurs de retraites et, personne n’en doute, le sort de la jeunesse en sera aussitôt amélioré ! Et tant qu’on y est, un peu d’eugénisme à la suédoise d’antan et à l’hitlérienne, qu’on nous débarrasse des légumes vivants handicapés de tout poil qui vivent aux crochets de la communauté...
Pendant ce temps, ceux dont la fortune a cru dans des proportions astronomiques avec la crise peuvent dormir tranquilles…

Quelques remarques encore.
D’abord sur ce concept de « vieux » dont la vie aurait été si belle. La contraction sémantique ramène en fait la notion de « vieux » à celle de « baby boomers » nés après la seconde guerre mondiale, génération jouisseuse de l’après 68, indifférente aux affres de la jeune génération…
Ce serait oublier que beaucoup de ces « vieux » que l’on vaccine tant bien que mal sont des octogénaires et plus, donc nés avant la première guerre mondiale. Si connaître la guerre, ses privations et ses bombardements, les logements étroits et l’hygiène relative des lendemains de la guerre, l’absence es appareils électroménagers qui nous apparaissent si évidents aujourd’hui, puis la guerre coloniale a été un parcours de félicités, on peut faire mieux.
Mais passons.
Remarque encore sur la réapparition décomplexée d’un mot tabou. Jusqu’à présent, on ne parlait que de séniors, de troisième et quatrième âge, de papys et de mamies... La photo du bon pépé, feutre mou ou casquette, moustaches pendantes, prenant le soleil sur son banc, la canne entre les jambe, était remplacée par celle du robuste et décontracté papy en tenue de sport, sur fond de retraite au soleil hexagonal voire plus lointain (Portugal et Maroc...). Et la photo de la mémé en chignon, châle et tablier, bonne figure de pomme ridée, était remplacée par celle de la cougar prolongée et botomisée,
Mais vlan, là on vous reflanque le mot ’vieux", comme une insulte.
Quand j’était enfant, on parlait de "foyer des vieux" sans la moindre péjoration, le parti auquel appartenait mon père avait initié l’association des Vieux de France, et le leader Jacques Duclos, avec son accent rocailleurs, commençait toujours ses discours par "Camarades et amis, hommes et femmes, jeunes et vieux..."
Naturellement, amis lecteurs, vous avez compris que je n’exprime ainsi ma morosité, c’est que je suis dans le tranche des octogénaires confirmés. On ne prêche jamais que pour sa paroisse.
Une dernière remarque : si le sort des vieux est de disparaître, celui des jeunes est de devenir vieux...
Et c’est bien pour leur assurer de vivre une vie de sécurité médicale et de vieillesse soutenue qu’au lendemain immédiat de la guerre, portée par le programme de la Résistance et mise en place par le ministre communiste Ambroise Croizat, a été créée la Sécurité sociale, dont le néo libéralisme veut la mort, et s’y emploie...

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