La Seyne sur Mer

Accueil > Histoire, de la Préhistoire à aujourd’hui > 1945-2000 et au-delà > Fougeron, encore

Fougeron, encore

mardi 23 février 2021, par René Merle


Au moment de l’expo Fougeron à Roubaix, en 2014, j’écrivais : « Un grand merci à Jean-Philippe Granger qui vient de placer une information après mon billet sur Fougeron – civilisation occidentale.
"Il y a en ce moment au Musée de La Piscine à Roubaix, une très belle et importante rétrospective Fougeron [1] qui rend justice à ce peintre, quels qu’aient pu être ses erreurs (que les moins de 30 ans ont sans doute un peu de mal à comprendre.)
C’est jusqu’au 18 mai 2014, ça vaut vraiment la peine !"
Ce commentaire m’a permis de découvrir avec plaisir le blog de Jean-Philippe Granger :
http://bddutempsquipasse.blogspot.fr,
et d’y lire sa présentation de l’exposition. Je vous en recommande la lecture ».
Donc encore un mot sur Fougeron.
Sans occulter le moins du monde l’épisode de 1953, quand cessera-t-on de regarder seulement la peinture de Fougeron à travers cette affaire dite du portrait de Staline (Picasso), c’est-à-dire quand regardera-t-on vraiment sa peinture, avant et après "l’affaire" ? Son origine prolétarienne, son courageux passé de résistant (c’est dans son atelier que furent notamment imprimées Les Lettres françaises clandestines), son militantisme communisme sans concessions dans les années de la guerre froide expliquent sans doute à l’évidence sa conception initiale, et longuement maintenue, d’une peinture d’engagement. J’en ai traité sur ce site (après mon ancien blog), dans le billet Fougeron, "Civilisation atlantique" auquel je ne change pas un mot (même si à l’époque des admirateurs d’Aragon m’en ont reproché le contenu ; mais je suis aussi un fan d’Aragon... Les choses, comme on dit, sont compliquées).
En 1980, dans une présentation à la fois douloureuse et ironique (cf. le tableau ci-dessus, intitulé "Contribution au présent dans le genre portrait posthume", Fougeron revenait sur cet épisode. Présentation à déchiffrer... Mais les commentateurs actuels le veulent-ils toujours vraiment ?
Ainsi, l’exposition de Roubaix a eu une couverture de presse abondante, au plan régional comme au plan national. On lira par exemple l’article de l’Humanité :
http://www.humanite.fr/culture/peintures-et-parcours-d-andre-fougeron-560345
et celui du Figaro :
http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2014/02/28/03015-20140228ARTFIG00230-andre-fougeron-la-vie-en-rouge.php
Dans les deux cas, de façon relativement sereine dans l’Humanité, de façon particulièrement fielleuse dans le Figaro, le traitement idéologique parasite le traitement artistique. Et on peut le regretter. Non que les rappels historiques, (même s’ils sont difficiles à déchiffrer pour les jeunes génération), soient inutiles, au contraire ; mais ils ne sauraient épuiser toute la dimension humaine et artistique de la création de Fougeron.
Reportons-nous plutôt à la présentation du livre d’un personnage marquant de l’art contemporain, Bernard Ceysson : André Fougeron, 1913-1998, A l’exemple de Courbet, Somogy Éditions d’art, 2005.
"André Fougeron est l’un des grands peintres réalistes français du XXe siècle. Militant communiste, résistant, il est à la libération, l’un des plus prometteurs de ces jeunes peintres dont l’art inscrit la tradition française dans la modernité. Sa peinture, comme celle de Pignon ou de Gischia, se démarque pourtant de la peinture non-figurative et se caractérise par un dessin stylisé et expressif. Prix national des arts en 1946, Fougeron présente au Salon d’automne de 1948, à contre-courant, un tableau "Les Parisiennes au marché" qui donne à voir les prémices d’un " nouveau réalisme ". un manifeste, " le peintre à son créneau ", précise son ambition de combattre l’art abstrait, le marché de l’art, l’art pour l’art et invite les artistes à pratiquer un art pour le peuple, au service du peuple. Tableau et manifeste font scandale. Fougeron devient alors, pour la critique bourgeoise et pour les communistes, l’incarnation du réalisme socialiste. Mais son art ne se plie pas aux dogmes de l’art stalinien. Critiqué par les historiens d’art soviétiques, il l’est aussi par Aragon. Il n’en poursuit pas moins son activité et peint des séries d’œuvres réalistes " politiques " annonçant la Figuration narrative. Aujourd’hui ses œuvres peintes entre 1948 et 1953, puis celle d’Hélion ou de Balthus, comme les plus radicalement en rupture avec l’art de Paris, avec un art français plaisant et décoratif. Son réalisme " photographique " annonce l’usage militant que font, de la vidéo et de photographie, de nombreux artistes contemporains."

Notes

[1Vous pouvez vous en procurer le catalogue (Éditions Gourcuff Gradenico, Montreuil).

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP