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Tangage et roulis en Macronie

dimanche 7 mars 2021, par René Merle

Je lis dans Synonymes français, par Diderot, d’Alembert et de Jaucourt :
« Décence, Dignité, Gravité.
Ils diffèrent entr’eux en ce que la décence renferme les égards que l’on doit au public ; la dignité, ceux que l’on doit à sa place ; et la gravité, ceux qu’on se doit à soi-même. »
Dédié à ceux qui nous gouvernent, qui nous ont gouverné, et, qui sait, nous gouverneront, hélas…
Mais déjà dédié aujourd’hui en particulier à ces ministres et autres députés La République en marche qui s’en vont clamer sur les écrans et dans les journaux : « Mais enfin, je suis de gauche ! »
Le comble, Mme Borne, ministre du Travail qui après avoir depuis trois ans, sans états d’âme, mis à mal nos conquêtes sociales, déclare : « Je suis une femme de gauche. La justice sociale et l’égalité des chances sont les combats de ma vie. Et c’est en Emmanuel Macron que j’ai trouvé leur meilleur défenseur. » (28/02/2021, BFMTV)
Toute cette panique parce que Libération, dans une enquête du 27 février, a fait savoir que beaucoup d’électeurs de gauche ne voteraient pas cette fois-ci Macron au second tour pour faire barrage à Madame Le Pen.
« J’ai déjà fait barrage, cette fois c’est fini ».
Belle découverte, quand il aurait suffi de regarder autour de soi, depuis des mois et des mois, pour s’apercevoir que les électeurs de gauche pro-Macron au second tour de 2017 se sentaient de plus en plus floués et méprisés.
Les plus anciens en avait déjà fait l’expérience en votant Chirac contre Le Pen en 2002, avec les remerciements que l’on sait.
Et ceux de 2017 n’ont pu que constater qu’ils étaient tenus pour quantité des plus négligeables, par un Président menant une politique néo-libérale de droite, dans la triste continuité des réformes néo-libérales de droite initiées par le pouvoir hollandiste.
Et ces mêmes électeurs ne pourront qu’être confortés dans leur choix en entendant les dirigeants de la Macronie les traiter d’irresponsables et de mauvais démocrates, de traitres au Pacte républicain, etc.
Jusqu’à présent, la perspective écrite d’avance d’un duel Macron-Le Pen nourrissait l’optimisme des Macronistes. Victoire assurée. Macron avait mis K.O une gauche déjà éparpillée et mis sur la touche une droite opportunément privée en 2017, par décision de justice, d’un chef qui pensait aller à la victoire [1]. De plus, Macron misait et mise toujours sur les querelles d’appareils qui, à gauche, empêchent les diverses formations d’opposition de se retrouver autour d’un/e candidat/e crédible.
Donc victoire assurée.
Mais désormais la victoire assurée se transforme en victoire à peine probable, voire en défaite, devant une Madame Le Pen qui engrange la sourde colère populaire, et se donne un nouveau visage qui lui permettra de puiser largement dans l’électorat de droite.
Oui mais, de toute façon, se rassure-t-on en Macronie, une chose est de dire « On ne m’y prendra plus, je ne voterai plus jamais Macron », autre chose de le faire. Dans le secret de l’isoloir, la conscience démocratique l’emportera, et c’est le bulletin de la Sart Up Nation que l’on choisira, à contrecœur, plutôt que le bulletin blanc.
Certes. Mais il n’est pas dit que la foule des déçus de Macron aillent voter au second tour. Beaucoup sans doute rejoindront les rangs déjà si épais de l’abstention, ou soulageront leur conscience en grossissant encore l’impressionnant monceau de bulletins blancs ou nuls….
Ainsi va notre système constitutionnel, qui nous corsète dans des choix impossibles, et qui ne nous assure pas, j’en ai bien peur, des « lendemains qui chantent ».
On peut bien sûr regretter cette présidentialisation, et souhaiter que nous en sortions. Mais pour l’heure elle existe et il faut bien faire avec.
Et beaucoup font avec. Les candidats virtuels à gauche sont légion. Je passerai peut-être plus tard en revue ceux que nous connaissons déjà. En tout cas, il apparaît, une fois de plus, que les commentaires portent avant tout la personnalité du candidat ou de la candidate, de son aptitude à gouverner, de sa qualité à rassembler…
Et je ne parle pas de l’homme ou de la femme providentiels que les forces financières et médiatiques qui choisirent Macron et portèrent sa campagne sont peut-être en train de choisir déjà, si leur poulain de 2017 apparaît par trop discrédité.
Où sont les programmes dans tout cela, quand le look et la psychologie l’emportent ?
Quid alors de la campagne électorale à venir (ou plutôt qui a déjà commencé) ? Une campagne enfermée dans l’obsession de ce binome Macron-Le Pen qu’une majorité de sondés rejettent, ou une campagne traitant de vrais sujets porteurs d’avenir [2] ? Il est encore un peu tôt pour le dire, et, manifestement, les soucis de l’opinion, nos soucis, sont aujourd’huide faire front à la crise sanitaire et surtout à la crise sociale qui s’annonce…

Notes

[1On ne peut d’ailleurs que penser à la récente condamnation de Sarkozy, qui l’empêche d’être le recours pour 2022 tant souhaité par beaucoup d’électeurs de droite

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