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" Le travail et le talent deviendront le fondement de la hiérarchie française "…

jeudi 22 avril 2021, par René Merle


image empruntée au site Abdelkader Ferhi

Notre Président ne cesse de répéter qu’il veut faire émerger de nouveaux talents dans notre belle Start Up Nation, et ce faisant, garantir son unité par la promotion des meilleurs… Et les 24 % inaltérables de l’électorat qui lui font confiance sont justement persuadés d’être les meilleurs, études et situation à la clé. Que tous s’engagent de même sur le chemin de la promotion, par le travail, mais que tous prennent conscience des limites naturelles de leurs possibilités...
Ainsi, sans jalousies néfastes et dans la concorde, se consolidera le nouveau régime...

« Le régime nouveau sera une hiérarchie sociale. Il ne reposera plus sur l’idée fausse de l’égalité naturelle des hommes, mais sur l’idée nécessaire de l’égalité des chances données à tous les Français de prouver leur aptitude à servir.
Seuls le travail et le talent deviendront le fondement de la hiérarchie française. Aucun préjugé défavorable n’atteindra un Français du fait de ses origines sociales, à la seule condition qu’il s’intègre dans la France nouvelle et qu’il lui apporte un concours sans réserve.
On ne peut faire disparaître la lutte des classes, fatale à la nation, qu’en faisant disparaître les causes qui ont formé ces classes et les ont dressées les unes contre les autres
. »

Eh quoi, me dites-vous, je sais déjà cela ! Peut-être, mais c’est ce que les Français avaient pu entendre sur Radio Vichy, le 11 octobre 1940, quand le Sauveur de la France éternelle traita de « L’Ordre nouveau » qu’il initiait.
Loin de moi l’idée de mettre Emmanuel Macron et Philippe Pétain dans le même panier ! Mais il est frappant, et ceci depuis l’avènement de la démocratie bourgeoise et de la scolarisation, de voir comment ce thème de la promotion des meilleurs, indépendamment de leurs origines de classes, fonctionne en justificatif de l’ordre établi. Vive le système de détection et de promotion des élites qui fait fi des origines sociales et permet aux mieux qualifiés de gérer la société en bons professionnels.
Si nous négligeons le fait que les classes privilégiées ont depuis longtemps su réserver à leurs enfants l’essentiel des postes de direction, jusqu’à aujourd’hui (mais peut-être moins aujourd’hui qu’hier, chacun a pu connaître autour de nous, chez nos amis, nos voisins, notre famille des exemples de la promotion dans l’ascenseur social par les études et le travail. Quelques ministres femmes filles du peuple des immigrés en ont d’ailleurs amplement témoigné. Remarquons en passant qu’aujourd’hui, dans les couches populaires dites moyennes, la promotion va plus vers les rémunérateurs métiers de la finance que vers les besogneux métiers d’enseignants ou de soignants, dont le prestige a bien terni et dont les revenus sont des plus modestes.
Mais chacun a pu constater aussi que si ce système de la promotion des meilleurs par le travail est a priori vertueux, il n’entraîne guère un lien de solidarité entre le milieu populaire et celui qui s’en est dégagé par ses études. Le "méritant" porte souvent le mépris de la classe dont il sort : "si je l’ai fait, chacun peut le faire ; ceux qui n’ont pas fait l’effort nécessaire n’ont pas à se plaindre".

Sur ces questions, on consultera deux ouvrages récents, Michel Sandel, La tyrannie du mérite, Albin Michel, et Adrien Louis, Les meilleurs n’auront pas le pouvoir, PUF, dont Arnaud Gonzague a rendu compte (« Le « visage dur » de la méritocratie ») dans L’Obs, 25 au 31 mars 2021.

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