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François Coppée, "Le Pater"... et la Commune de Paris

vendredi 5 mars 2021, par René Merle

L’anniversaire de la grande Commune de Paris approche, et chacun dit la sienne, (chacun au moins de ceux qui la considèrent comme notre bien commun, ils ne sont pas la majorité). Mais un bien commun à manier avec précaution, tant sont diverses les interprétations et les analyses, et tant sont discutables et discutées les mises en abîme avec notre présent.
Je voudrais seulement aujourd’hui, à propos de la Commune, revenir à ce père tranquille de François Coppée, que j’évoquais récemment à propos de banlieue [1] .
François Coppée et la Commune ? Voilà qui ne peut que surprendre…
Il a pourtant vécu et le siège prussien, et la Commune, mais sans en trop faire écho dans son œuvre [2]. Et voilà qu’il écrit en 1885-1886 une courte pièce théâtrale en vers, Le Pater [3], qu’il s’apprête à publier en 1889.
Le décor est celui de cette proche banlieue qu’il affectionne, Belleville en l’occurrence, alors bien rurale encore aux portes de Paris.

Dans sa maison bourgeoise, une vieille fille pleure son frère, un bon prêtre, le Pater, si près des pauvres et si humain, que les Communards ont fusillé comme otage.
La Commune est dorénavant vaincue, Mademoiselle Rose appelle au meurtre.

Et la servante Zélie se réjouit de l’impitoyable répression menée par les Versaillais.

Mais un chef de la Commune en fuite tente de se réfugier dans sa maison.

En fait, Leroux fait partie de ces Communards idéalistes qui refusèrent les mesures extrêmes de vengeance.


Après avoir écouté Leroux, Rose ne peut se résoudre à la livrer quand les soldats de Versailles entrent dans la maison à la recherche du fugitif. Elle le cache et lui permet de fuir, en appliquant la morale que lui a léguée son frère.

Et voilà qu’en 1889, par mesure ministérielle, la pièce est interdite de publication.
Neuf ans après l’amnistie, les plaies étaient encore à vif, et le nouveau pouvoir républicain, tout progressiste qu’il était après l’épisode conservateur de 1871-1878, avait donc jugé inadmissible qu’un poète en vue, « bien pensant », et contempteur de la fusillade des otages par la Commune, évoque aussi les flots de sang versés par les Versaillais, et les « mains pures » de certains Communards…
La pièce ne pourra être imprimée que bien plus tard, et avec de nombreuses rééditions, et Coppée ne se sera pas faute de rappeler à chaque fois l’interdiction initiale.

Notes

[1Cf. mot clé Coppée.

[2Cf. par exemple son premier récit en prose, Une idylle pendant le siège, 1875

[3Vous pouvez retrouver le texte dans des éditions papier. Pour la consultation Internet, j’utilise ici l’édition de F.C. de Sumichrast, assistant – professor of french in Harvard University, Boston, U.S.A, Yhe Athenæum Press, 1896 (la présentation est en anglais). https://catalog.hathitrust.org/Record/100544582

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