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Nicolas Sarkozy. Des origines

mercredi 10 mars 2021, par René Merle

La récente condamnation judiciaire de Nicolas Sarkozy lui ôte toute possibilité, si possibilité il y avait, d’être un recours présidentiel pour une droite bien en panne de leaders. Et naturellement, même si, oubliant qu’on ne commente pas les décisions de justice, le Ministre de l’Intérieur du président Macron a exprimé à son mentor Sarkozy son « amical soutien » (sic), cette condamnation qui frappe un rival potentiel ne pouvait que plaire à l’Élysée. Mais ne tombons pas dans le complotisme facile.
Évoquons plutôt la popularité de Nicolas Sarkozy « victimisé » qui rebondit dans un électorat de droite nostalgique et dépourvu de chefs.
Depuis que j’ai âge de comprendre, j’ai toujours entendu dire que l’électorat de droite est volontiers xénophobe voire raciste, qu’il aime se rallier à un chef prestigieux tant par la stature que par le geste et par l’éloquence.
Et avec l’épisode Sarkozy, je me suis dit qu’en la matière j’avais tout faux. Cet électorat conservateur "Français de souche" a fait un triomphe à Nicolas
Sarkozy, qui a toujours ironiquement et fermement affirmé sa qualité de « métèque » : une mère issue d’une famille juive sépharade de Salonique (Grèce), un père hongrois…
Ce que ne s’est pas fait faute de remarquer dans le premier tome de ses Mémoires l’ex-président étatsunien, le grand, le beau, l’antiraciste Obama [1], si chatouilleux sur les égards dus aux Afro-Américains.
Les gazettes ont repris ce portrait d’un mépris raciste inouï :
« Sarkozy était tout en emportements émotifs et en propos hyperboliques. Avec sa peau mate, ses traits expressifs, vaguement méditerranéens (son père était hongrois, son grand-père maternel grec), et de petite taille (il mesurait à peu près 1,66 mètre mais portait des talonnettes pour se grandir), on aurait dit un personnage sorti d’un tableau de Toulouse-Lautrec. (…) Les discussions avec Sarkozy étaient tour à tour amusantes et exaspérantes, ses mains en mouvement perpétuel, sa poitrine bombée comme celle d’un coq nain, (…) contrairement à Merkel, il parlait un anglais limité [2] (…) Il n’était pas difficile de savoir lequel de mes deux partenaires européens se révélerait le plus fiable ».
Et les commentateurs ont parfois eu la curiosité d’aller à l’édition originale anglaise, qui dit tout bonnement :
« à moitié hongrois, un quart juif ».
Mais dans un retournement dialectique, comme dirait le philosophe, c’est en s’appuyant sur ses origines qui ont fait de lui un bon Français catholique et de droite que le Président Sarkozy a brodé sans finesse sur la thématique de l’immigration et de l’identité nationale mis en danger, et donc a réjoui ses admirateurs un peu trop tentés par les thèses du Rassemblement national.
Ainsi va la vie…

Notes

[1Mon libraire préféré me dit que l’ouvrage le plus vendu ces temps-ci a été ce tome des Mémoires d’Obama.

[2Notons que le Président Obama, bien incapable de maitriser le français, considère implicitement comme une tare le fait de ne pas parler vraiment anglais, la langue des maîtres

4 Messages

  • Nicolas Sarkozy. Des origines Le 10 mars à 08:27, par Comte Lanza

    Bonjour Monsieur Merle,

    Il me semble que la droite (et Sarkozy, donc), ont depuis quelques décennies adopté une doctrine qui rend parfaitement compte de la contradiction apparente que vous signalez : c’est l’assimilation, selon laquelle un étranger qui souhaite devenir Français doit adopter toutes les caractéristiques (réelles ou supposées) de l’identité française. Sarkozy lui-même a dit (non sans susciter des polémiques) : "Dès que l’on devient français, nos ancêtres sont gaulois."
    Au contraire, aux USA, l’appartenance revendiquée a une communauté est supposée ne pas faire obstacle à l’appartenance à la nation américaine. Rien ne s’oppose à ce qu’on dise que untel est juif, puisqu’il s’agit d’une communauté reconnue comme composante de la nation. Obama applique donc tout naturellement cette grille de lecture, avec un peu d’ironie personnelle sur Sarkozy.
    Chacun est fidèle à l’idéologie dominante de son pays : Sarkozy, le républicanisme assimilateur, Obama le communautarisme civique.

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    • Nicolas Sarkozy. Des origines Le 10 mars à 10:19, par René Merle

      Bonjour Comte Lanza,
      Une fois de plus, comme récemment à propos de Borges, votre sage et vigilante attention me renvoie à mes partis pris (dans la précipitation) et les corrige dans un juste équilibre.
      Merci de combler mon ignorance sur le communautarisme étasunien, dont j’ignorais tout !
      Je m’excuse donc de m’être permis de taxer notre bien aimé Président Obama de raciste, et je n’avais pas compris qu’il saupoudrait seulement d’un fin humour absolument dépourvu de mépris un constat communautariste sans arrière pensée et un regard sur la couleur de peau méditerranéenne de son interlocuteur.
      Je transmets votre message aux traducteurs français de son ouvrage qui ont cru bon d’accompagner de circonvolutions son bref : « à moitié hongrois, un quart juif ».
      Un merci encore de me rappeler avec raison les positions « assimilatrices » de la droite française. Droite actuelle s’entend. Il fut un temps pas si lointain où une certaine droite dénationalisa des étrangers fraîchement naturalisés (bien des Italiens de ma petite ville en surent quelque chose). Et où cette même droite écartait de la communauté nationale des citoyens français parfaitement «  »assimilés » mais désignés comme israélites par le droit du sang, et plus tard les voua à la mort.
      Mais les temps ont heureusement changé. Un détail pourtant : pourquoi cette insistance actuelle, dans notre pays dépourvu de tout communautarisme, à évoquer la communauté musulmane, la communauté juive, la communauté tchétchène, la communauté arménienne, etc. ?
      Bref je m’y perds.
      Et je retournerai dix fois mes doigts sur le clavier avant d’écrire.

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      • Nicolas Sarkozy. Des origines Le 10 mars à 12:13, par Comte Lanza

        Monsieur Merle,

        Nous savons à quel point l’opinion dominante, aux USA, est ultra-sensible à tout ce qui pourrait manifester du mépris pour une communauté. Et je serais étonné qu’un homme comme le président Obama ait couru le risque (et ses avocats, qui ont du relire son texte) de manifester du mépris pour la communauté juive.
        Si le texte a paru tel quel, c’est qu’il était pour les USA politiquement correct.

        Je pense que le traducteur français a édulcoré des propos qui pour un Américain, ne sont pas choquants - mais le sont, paradoxalement, pour la sensibilité française (où dire qu’un tel est juif est considéré comme… antisémite).

        Quant au fait que la droite ait évolué depuis Vichy, il est évident que depuis plus de 70 ans, la droite, la gauche et bien des choses ont évolué.
        Mais je ne suis pas sûr que tous les historiens considèrent Vichy comme un régime "de droite" même s’il a eu incontestablement le soutien d’hommes de droite (et d’hommes de gauche également - et pas seulement d’anciens hommes de gauche du style Doriot ou Déat).
        Et puis l’adversaire emblématique de Vichy n’est-il pas un certain général, devenu le grand homme de la droite, dont se réclament encore, de temps en temps, les Sarkozy et autres ?
        Cordialement.

        .

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        • Nicolas Sarkozy. Des origines Le 10 mars à 17:06, par René Merle

          Eh bien, je fais partie des historiens qui considèrent que l’Ordre nouveau pétainiste a été un régime de droite, la grande revanche des antisémites de l’Affaire Dreyfus, la grande revanche des ennemis des conquêtes sociales. Gallica nous permet de lire les journaux de la période 1940-1944. Édifiant !
          Bon, j’arrête cette discussion et il n’y en aura pas d’autre parce que je suis un peu fatigué de me faire faire la leçon. Ce n’est pas ma conception du dialogue.

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