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Sur le "front de l’idéologie". Des combats légitimes et des opérations de diversion

dimanche 14 mars 2021, par René Merle

Je lisais hier sur le net un article éditorial de Regards, le magazine de Clémentine Autain et Pierre Jacquemain : à propos de « l’affaire de Grenoble » et sur le thème de : « ces deux-là, dont le nom est affiché, ils l’ont bien cherché, en quelque sorte », un bon exemple des contorsions auxquelles se livrent à la gauche de la gauche certains pourfendeurs de « l’islamophobie ».
Ce qui me rappelle la triste vieille formule, "si elle ne s’était pas habillée si court..."

http://www.regards.fr/politique/societe/article/islamophobie-a-sciences-po-grenoble-les-faits-alternatifs-de-frederique-vidal

Mais pourquoi parler de cela, si ce n’est que cette utilisation du concept d’islamophobie est une goutte de plus dans la déferlante de la « bonne conscience » intellectuelle, culturelle et médiatique, dont la dernière cérémonie des Césars vient de donner un exemple achevé et caricatural.

Amusés ou consternés, nombre d’observateursne peuvent que constater la diffusion des concepts-clés de cette « bonne conscience » hégémonique. Ainsi dans le dernier numéro de Marianne ce : « Parlez-vous « Woke [1] » ? Petit lexique à l’usage des débutant-e-s. : “Woke”, “décolonialisme”, “études de genre”, “intersectionnalité”, “écriture inclusive” et “cancel culture” : ces mots inondent le monde universitaire, politique, médiatique et se diffusent aussi dans le secteur culturel. Pourtant, peu de Français peuvent réellement les définir. »
Des concepts dont bien souvent l’outrance efface la légitimité de la cause-support.
Comme le rappelait Anicet Le Pors [2] : « Dans le vide idéologique qui caractérise à notre époque le débat politique se sont engouffrés, outre des charlatans, des promoteurs d’idéologies de substitution qui ont investi des causes le plus souvent justes et respectables mais pour en donner une interprétation sectaire aspirant avec arrogance au statut de paradigme politique : écologisme, féminisme, multiculturalisme, compassionnisme, etc. »
On pourrait se gausser de la distance astronomique qui sépare de la prosaïque réalité populaire ces milieux où l’on se bouscule et se promeut (car il y toujours des places à prendre) dans la bien-pensance, si leur idéologie n‘assurait pas une emprise idéologique sur une partie de la jeunesse étudiante et intellectuelle en mal de combats de classes, et si elle ne troublait pas les consciences dans les couches moyennes « éduquées ».

Et c’est bien dans ce contexte que l’on est obligé de ranger ces combats douteux, combats de diversion s’il en est, au sujet de l’islamophobie, du privilège blanc, et j’en passe.
J’ai déjà eu l’occasion de donner mon point de vue sur l’étonnant remplacement du mot « Arabe » par le mot « Musulman », qui amène le plus que légitime combat contre le racisme ordinaire anti-arabe à devenir un combat contre les atteintes aux manifestations d’une religion.
Du racisme anti arabe à l’islamophobie - I

Et pendant ce temps, dans le "vrai monde", grâce à la crise sanitaire, la politique de régression anti sociale se poursuit ; en créant la rareté de l’offre [3], en accentuant la dégradation des services publics, elle assure les conditions de la victoire définitive du secteur privé, déjà perceptible dans l’enseignement et le secteur hospitalier.
Et quand cette politique de régression frappe au premier chef les couches populaires, où les enfants de l’émigration sont si nombreux, d’aucuns croient nécessaire de dévier leur colère vers les « oppresseurs », les « islamophobes », les « privilégiés blancs »…

Et pendant ce temps encore, alors que nous sommes bien loin de l’élection présidentielle, nous voilà sommés de participer au duel écrit d’avance, et de voter pour faire barrage à l’extrême droite, en laissant de côté nos réserves (voire plus) à l’égard du candidat Macron. Sinon, nous n’obtiendrions pas notre brevet de démocrates et nous devrions nous couvrir la tête de cendres en cas de victoire de Mme Le Pen…

Notes

[3Chacun peut le mesurer dans le secteur médical quand il lui faut attendre des mois pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste

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