Accueil > Identités, régionalismes, nationalisme > Oyfn veg - Chanson yiddish. Et la mémoire trop souvent occultée des crimes nazis
Oyfn veg - Chanson yiddish. Et la mémoire trop souvent occultée des crimes nazis
vendredi 10 octobre 2025, par
Oyfn veg - Chanson yiddish tiré de l’album "Tendresse et rage", edition Ocora Radio France. texte du grand poète Itzik Manger mis en musique par Philip Laskovski.
Ami Flammer : Violon- Moshe Leiser : Chant - Gérard Barreaux : Accordéon
Les germanophones s’y retrouveront plus à l’oreille que dans la graphie.
Je ne peux écouter cette chanson sans penser à l’infinie nostalgie, l’indicible douleur des survivants du Yiddishland d’Europe centrale et orientale, dont les enfants furent d’abord dispersés vers l’Ouest et le grand Ouest par les pogroms du XIXème siècle finissant du XXème siècle débutant. Et plus tard, crime inouï, ceux qui demeurèrent chez eux furent méthodiquement exterminés par les barbares nazis et leurs complices locaux qui aujourd’hui, dans notre chère Europe unie, n’hésitent pas à se pavaner, des Pays Baltes à l’Ukraine...
Ivanhorod, Ukraine, 1942. Massacre en masse de Juifs. La photo est tristement célèbre. Un soldat allemand s’apprête à assassiner une femme et son enfant.
Lors de l’invasion de l’Union soviétique, les « Einsatzgruppen [1] », commandos de la mort, avaient pour mission d’éliminer les "ennemis potentiels du Reich". La totalité de la population juive, hommes, femmes, enfants, fut exterminée dans des tueries de masse. Quant au reste de la population, d’innombrables Oradours furent perpétrés dans les campagnes en représailles des actions des partisans ou par pure délectation sadique. Les cadres communistes furent abattus systématiquement. On estime que plus de sept millions de civils soviétiques périrent ainsi de 1941 à 1944. D’aucuns pourraient s’en souvenir...
Mais revenons à Oyfn Veg Shteyt A Boym
1. Oyfn veg shteyt a boym,
Shteyt er ayngeboygn,
Ale feygl funem boym
Zaynen zikh tsefloygn.
Dray keyn mayrev,
dray keyn mizrekh,
Un der resht - keyn dorem,
Un der boym gelozt aleyn
Hefker far dem shturem.
Zog ikh der mamen :
Zolst mir nit shtern ;
Vel, mame, eyns un tsvey
Bald foygl vern…
Zitsn oyfn boym
Un vel im farvign
Ibern vinter mit a treyst,
Mit a sheynem nign.
Yam tariram, hay tariram
Hay tariram, hay tariram
Yam tariram, hay tariram
Hay tari rariram.
2. Zogt di mame : - nite, kind -
Un zi veynt mit trern -
Vest kholile oyfn boym
Mit farfroyrn vern.
Zog ikh : - mame, s’iz a shod
Dayne sheyne oygn,
Un eyder vos un eyder ven,
Bin ikh mir a foygl.
Veynt mame : - Itsik,
Um gotes viln,
Nem zikh mit shalikl,
Kenst zikh farkiln.
Di kaloshn on,
S’geyt a sharfer vinter
Un di kutshme nem oykh mit -
Vey iz mir un vind mir…
Yam tariram…
3. - Un dos vinter-laybl nem,
Tu es on, du shoyte,
Oyb du vilst nit zayn keyn gast
Tsvishn ale toyte…
Kh’heyb di fligl, s’iz mir shver,
Tsu fil, tsu fil zakhn,
Hot di mame in geton
Ir feygele dem shvakhn.
Kuk ikh mir arayn
In mames oygn,
S’hot libshaft nit gelozt
Vern a foygl…
Oyf’ veg shteyt a boym,
Shteyt er ayngeboygn,
Ale feygl funem boym
Zaynen zikh tsefloygn…
Yam tariram…
Sur la route est un arbre,
II est tout courbé.
Tous les oiseaux de cet arbre
Se sont envolés.
Trois vers l’est, trois vers l’ouest
Et les autres - vers le sud.
Et l’arbre, abandonné, seul,
Est livré à la tempête.
Je dis à la mère : - Ecoute,
Ne m’empêche surtout pas !
Je vais, maman, et une et deux,
Devenir oiseau...
J’irai sur l’arbre
Et je le bercerai,
Par delà l’hiver,
D’une belle mélodie, je le consolerai.
Yam tari raram
La mère dit à l’enfant
(et elle pleure avec des larmes) :
– Tu risques, sur l’arbre,
Dieu me garde, de prendre froid.
Je dis : - Maman, c’est dommage...
Tes beaux yeux...
Et quoiqu’il arrive,
Déjà je suis oiseau.
La mère pleure : - Itsik, ma couronne !
Prends, pour l’amour de Dieu,
Prends, au moins un petit châle,
Dehors tu risques de geler !
Les bottines, chausse-les,
L’hiver est rude !
Et prends aussi le lainage !
Pour moi, la peine et l’amertume.
Yam tari raram...
Et prends le manteau d’hiver,
Mets-le, toi inconscient !
Si tu ne veux pas être hôte
Parmi les morts...
Je soulève l’aile, ça m’est difficile,
De trop, trop de choses
La mère a habillé
Son faible petit oiseau.
Je regarde tristement
Les yeux de ma mère,
Son amour ne m’a pas permis
De devenir oiseau.
Sur la route est un arbre,
II est tout courbé,
Tous les oiseaux de cet arbre
Se sont envolés...
Yam tari raram..
[1] Cf. : Michaël Prazan, Einsatzgruppen - Les commandos de la mort nazis , Points histoire 2015.
