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Flor de retama. L’éternelle révolte des pauvres...

jeudi 8 avril 2021, par René Merle

D’un blog à l’autre, et aujourd’hui sur ce site, je n’ai cessé de placer cette chanson qui m’est chère. La voici à nouveau.

Martina Portocarrero, figure internationale de la chanson et de la culture péruvienne, interpète ici un huayno ayacuchano, Flor de retama (fleur de genêt).
Ci-dessus, la version "officielle" avec paroles espagnoles.
Ci-dessous, un enregistrement public, qui vaut par les réactions des spectateurs.
Ricardo Dolorier en écrivit le texte après le massacre par les "sinchis" (corps répressif spécial de la garde civile) de manifestants pacifiques, paysans et étudiants, le 22 juin 1969 à Huanta (Ayacucho), sous la dictature du général Velasco. Les manifestants protestaient contre la fin de la gratuité de l’enseignement.
À partir du déclenchement en 1980 de l’insurrection maoïste du Sentier lumineux (années 1980-1990) Cf. : Fausta, la teta asustada, dont l’épicentre était la haute région d’Ayacucho Cf. : Identité. Adiós pueblo de Ayacucho, cette chanson fut considérée comme un hymne des insurgés et fut officiellement proscrite.
En 2012 encore, ce fut un tollé dans la presse péruvienne quand le président du Congrès Abugattás la dansa, parmi d’autres huaynos, lors de la fête d’un congrès syndical de la CGTP.
Bien de l’eau a passé sous le pont depuis, et dans la complexe situation péruvienne la droite n’a cessé de l’emporter, principalement dans les régions littorales "blanches", alors que l’altiplano demeure le lieu de la misère et de la dépossession des terres au profit des sociétés minières.
Mais ce huayno demeure un symbole de la protestation en dignité contre l’injustice et la violence de l’État, un symbole de l’aspiration des masses populaires à l’éducation et à la reconnaissance.

Sur les événements qu’évoque ce huayno, cf. :
http://www.monografias.com/trabajos22/rebelion-huanta/rebelion-huanta.shtml#flor

Vengan todos a ver
¡ Ay, vamos a ver !

En la Plazuela de Huanta,
amarillito flor de retama,
amarillito, amarillando
flor de retama.

Donde la sangre del pueblo,
ahí, se derrama ;

allí mismito florece
amarillito flor de retama,
amarillito, amarillando
flor de retama.

RECITADO
¡ Allí donde los cerros se encienden
hasta alcanzar la aurora !
¡ Allí donde en tus faldas
se hacen buenas mujeres !
Tus nietos tienen que ser hombres
antes de ser niños
¡ Allí ! ¡ Amarillito, amarillando,
crece la flor de la retama !

Por Cinco Esquinas están,
los Sinchis entrando están.

Van a matar estudiantes
huantinos de corazón,
amarillito, amarillando
flor de retama ;
van a matar campesinos
peruanos de corazón,
amarillito, amarillando
flor de retama.

FUGA
La sangre del pueblo
tiene rico perfume ;
la sangre del pueblo
tiene rico perfume ;
huele a jazmines, violetas,
geranios y margaritas ;
a pólvora y dinamita.
Huele a jazmines, violetas,
geranios y margaritas ;
a pólvora y dinamita

¡ Carajo !
¡ A pólvora y dinamita !
¡ Ay, carajo !
¡ A pólvora y dinamita !

Traduction libre : Allez tous voir, oui, allons tous voir, en cette place de Huanta - la jaune fleur de genêt - là où coula le sang du peuple, là où fleurit la jaune fleur de genêt. Là-bas où collines s’embrasent jusqu’à toucher l’aurore, là-bas où leurs flancs portent des femmes bonnes, tes enfants doivent être hommes avant même d’être enfants ! Par la place Cinco Esquinas entrent les "Sinchis", ils vont tuer les étudiants, enfants généreux de Huanta, oh jaune fleur de genêt, ils vont tuer les paysans, Péruviens généreux, oh jaune fleur de genêt. Le sang du peuple a un riche parfum, jasmins, violettes, géraniums et marguerites. Et poudre et dynamite !
Le "Carajo" final est proprement intraduisible : c’est un défi (merde ! bordel ! allez vous faire foutre ! jeté aux bourreaux).
Il est repris par le public dans ce concert :

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