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Unef

jeudi 25 mars 2021, par René Merle

Il y a peu, 250 personnalités « de gauche » ou écologistes se réclamant de leur qualité d’anciens membres de l’Unef ont élevé une bien légitime protestation devant l’offensive de la droite et de l’extrême droit contre le syndicat étudiant.
En effet, l’organisation par quelques sections de l’Unef de groupes de paroles non mixtes pour les étudiantes, et de groupes de paroles réservés aux étudiants « racisés », (comme on dit aujourd’hui), victimes de discriminations, a suscité l’ire du ministre de l’Éducation nationale, qui voit dans ces initiatives le germe du fascisme. Quant à lui, toujours mesuré, le député LR Éric Ciotti demande que l’on étudie la dissolution de l’Unef. Rien que ça.

Ayant depuis très très longtemps quitté les études universitaires, mais informé comme vous sans doute de la précarité de la situation de beaucoup d’étudiants, des queues aux distribution de nourriture, des conditions acrobatiques dans lesquelles se poursuivent les études, je ne peux que me réjouir qu’il existe un syndicat étudiant qui prenne en compte ces problèmes et soutient les légitimes revendications, comme jadis dans de grandes batailles qui ont fait reculer le pouvoir.
Et sans doute cette pression syndicale n’enthousiasme ni le pouvoir, ni la droite et l’extrême droite. D’où l’opération de diversion qui focalise sur certaines orientations idéologiques de la direction actuelle de l’Unef.
Mais quid de ces orientations, et de leur mise en pratique ? Il est parfaitement légitime, me semble-t-il, que des personnes touchées par un problème spécifique veuillent en débattre entre elles, sans intervention extérieure perturbante.
En ce qui concerne les femmes, quiconque a vécu des Assemblées générales étudiantes d’antan a pu constater combien elles étaient parasitées et dominées par des « grandes gueules », essentiellement masculines, qui avaient appris et intégré les stratégies de manipulation des « masses ». J’en comprends d’autant mieux le désir de jeunes femmes de se retrouver « entre elles » pour échanger en liberté.
Quand j’étais encore professeur, il existait dans le lycée où j’exerçais un « groupe femmes » qui n’admettait pas d’hommes, et personne ne s’en formalisait… Et personne n’imaginait que l’on remplaçait la lutte des classes par la lutte des sexes…
Je suis plus réservé en ce qui concerne les rencontres entre « non Blancs ». Si elles procèdent d’un désir des étudiants concernés, elles ne peuvent sans doute qu’être bienvenues. Si elles s’inscrivent dans l’offensive idéologique qui veut que tous les « Blancs » payent pour les humiliations, les discriminations et les crimes commis depuis des siècles, et toujours encore aujourd’hui, dont les colonialistes et les racistes ont été et sont responsables, j’émets les plus grandes réserves. Je ne pense pas que remplacer la lutte des classes par la lutte des races fasse avancer la cause de la démocratie pour tous et par tous, et de l’émancipation de toutes et de tous.
Mais bon, à chacun de faire son expérience.

Une remarque encore concernant les 250 signataires de la protestation, dont la liste est fort éclairante : ils disent non seulement être passés par les rangs du syndicat étudiant, mais pour beaucoup y avoir exercé des responsabilités. « Militantes et militants, dirigeantes et dirigeants avec des diversités de parcours, nous avons été par le passé des acteurs et actrices engagés de cette organisation. L’idéal émancipateur, républicain, laïque, antiraciste et féministe a toujours été notre boussole, un idéal au service des intérêts sociaux et moraux de tous les étudiantes et étudiants. »
On ne saurait mieux dire que si l’ENA est la voie royale vers les postes majeurs de l’administration et des ministères, l’autre voie vers la promotion dans l’appareil politique « à gauche » a été et demeure sans doute encore le passage par le militantisme dans les syndicats lycéens et étudiant, et la lutte des tendances sous-tendues par des rivalités politiques, souvent groupusculaires (et quelle lutte ! maîtrise des AG, motions et contre motions, etc.) . Un passage par définition limité dans le temps, et donc ouvert sur des lendemains promotionnels, à la différence du syndicalisme des salariés qui lui s’en tient à la formation de ses cadres, et non à leur fuite vers des responsabilités politiques.

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