La Seyne sur Mer

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Augustin Thierry et la révolution communale. De la Commune médiévale à la Commune de Paris…

lundi 12 avril 2021, par René Merle

Il est frappant de constater que, dans les célébrations actuelles de la Commune de Paris (qui oublient un peu trop les différentes Communes de province), l’accent est mis sur l’action politique et sociale de l’entreprise, alors qu’un de ses aspects majeurs est ce communalisme qui, sous des formes différentes, court depuis la Restauration. La Commune maîtresse chez elle…
À cet égard, l’œuvre d’Augustin Thierry peut être considérée comme initiatrice de ce courant de pensée multiforme, décentralisateur, dont l’écrasement de 1871 tarira la dimension fédéraliste.
Augustin Thierry [1795] publia d’abord ses Lettres aux débuts de la Restauration, dans le quotidien libéral Le Courrier Français, en 1820, avant de les réunir en ouvrage en 1827.
Augustin Thierry, Lettres sur l’histoire de France pour servir d’introduction à cette histoire, Paris, Sautelet, Ponthieu, 1827.

"Lettre première - Sur le besoin d’une histoire de France, et le principal défaut de celles qui existent.
[...] Nous avons été précédés de loin, dans la recherche des libertés publiques, par ces bourgeois du moyen âge qui relevèrent, il y a six cents ans, les murs et la civilisation des antiques cités municipales. Croyons qu’ils ont valu quelque chose, et que la partie la plus nombreuse et la plus oubliée de la nation mérite de revivre dans l’histoire."

"Lettre XIII - Sur l’affranchissement des communes
Parmi tous les mots de la langue politique du moyen âge qui se sont conservés jusqu’à nous, le mot commune est peut-être celui qui a le plus complètement perdu sa première signification. Réduit à exprimer une simple circonscription rurale sous des autorités dépendantes, il ne produit plus sur les esprits aucune espèce d’impression, et nous avons besoin d’efforts pour replacer sous ce signe, en quelque sorte discrédité, les grandes idées qu’il rappelait il y a plusieurs siècles. Aussi la révolution que nos historiens désignent par le nom d’affranchissement des communes ne prend-elle point, dans leur récit, son véritable caractère. Les faibles débris de l’ancienne organisation municipale des villes de France conservés jusqu’en 1789 ont contribué, je n’en doute pas, à refroidir l’imagination des écrivains modernes, à les tromper sur l’état primitif de ces villes et sur la nature du changement social qui s’opéra au XIIe siècle. Je ne sais quelle idée de sollicitation humble de la part des bourgeois, et de mansuétude paternelle de la part des rois signataires des chartes de communes, jette un jour confus sur tous les événements qui ont précédé ou suivi la signature de ces chartes. Au lieu de raconter en détail ces événements, nos historiens se contentent de reproduire quelques lambeaux de dissertations inexactes. Se fiant sur ce que le protocole des chartes porte en général : concessi, "j’ai octroyé", ils attribuent à la politique des rois les résultats de l’insurrection populaire, et travestissent en réforme administrative l’un des mouvements les plus énergiques de l’esprit de démocratie.
[...]
Quoique les communes du moyen âge aient eu pour principe la municipalité des derniers temps de l’empire romain, autant cette dernière institution était dépendante, autant l’autre, dès son origine, se montra libre et énergique. L’enthousiasme républicain des vieux temps se communiquait de proche et proche, et produisait des révolutions partout où il se trouvait une population assez nombreuse pour oser entrer en lutte avec la puissance féodale. Les habitants des villes que ce mouvement politique avait gagnées se réunissaient dans la grande église ou sur la place du marché, et là ils prêtaient, sur les choses saintes, le serment de se soutenir les uns les autres, de ne point permettre que qui que ce fût fit tort à l’un d’entre eux ou le traitât désormais en serf. C’était ce serment, ou cette conjuration, comme s’expriment les anciens documents, qui donnait naissance à la commune. Tous ceux qui s’étaient liés de cette manière prenaient dès lors le nom de communiers ou de jurés, et, pour eux, ces titres nouveaux comprenaient les idées de devoir, de fidélité et de dévouement réciproques, exprimées, dans l’antiquité, par le mot de citoyen.
Pour garantir de leur association, les membres de la commune constituaient, d’abord tumultuairement, et ensuite d’une manière régulière, un gouvernement électif ressemblant, sous quelques rapports, à l’ancien gouvernement municipal des Romains, et s’en éloignant sous d’autres. Au lieu des noms de curie et de décurion, tombés en désuétude, les communes du Midi adoptèrent celui de consul, qui rappelait encore de grandes idées, et les communes du Nord ceux de juré et d’échevin, quoique ce dernier titre, à cause de son origine teutonique, fût entaché pour elles d’un souvenir de servitude.
[...]
Dans le midi de la Gaule, où les anciennes villes romaines subsistaient en plus grand nombre, et où, plus éloignées du foyer des invasions et de la domination germanique, elles avaient mieux conservé leur population et leurs richesses, les tentatives d’affranchissement furent, sinon plus énergiques, du moins plus complètement heureuses. C’est là seulement que les cités affranchies atteignirent à la plénitude de cette existence républicaine, qui était en quelque sorte l’idéal auquel aspiraient toutes les communes. Dans le Nord, la lutte fut plus longue et le succès moins décisif. Une circonstance défavorable pour les villes de cette dernière contrée, c’était la double dépendance où elles se trouvaient sous le pouvoir de leurs seigneurs immédiats et la suzeraineté du roi de France ou de l’empereur d’Allemagne."




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