La Seyne sur Mer

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Et si on oubliait un peu l’identité névrotique et vengeresse ?

lundi 5 avril 2021, par René Merle


Michel Ange

Je n’ai rien contre les identités. J’en possède moi-même une bonne quarantaine. Mais je ne me sens pas porté à remplacer la lutte pour la démocratie et la justice sociale par des revendications identitaires qui revisitent l’histoire…
Sinon, où en serais-je ?

Peut-être me lamenterais-je en chantant le couplet du troubadour Bernard Sicard de Marvejols, qui écrivait après la conquête par la croisade française :

O Tolosa e Provença
E la terra d’Argença
Besiers e Carcassés
Cùm vos vi e cùm vos vei !

« Oh Toulouse et Provence, et la terre d’Argence (le pays de Beaucaire), Béziers et pays de Carcassonne, comme je vous ai vus et comme je vous vois ! »

Un ami me sommait d’ailleurs en mars d’aller célébrer sur place le 772e anniversaire du bûcher de Montségur, et de vilipender les conquérants français et papistes pourfendeurs des Cathares et de l’indépendance occitane…

Je garde au cœur la haine pour le sympathique Arnaud Amaury, abbé de Cîteaux et légat du Pape, chef spirituel de la Croisade, qui ordonna aux croisés, le jour du sac de Béziers, 22 juillet 1209, "Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens...". 20000 victimes, cathares ou pas... Je n’en fais pas une haine identitaire occitane. Mais bien plutôt une haine de tous les intégrismes religieux intolérants et meurtriers, passés et présents !

Mais laissons les années 1200... Peut-être alors, remontant quelque peu dans le temps de ce qui est devenu la Provence, je pleurerais sur les ruines de nos oppida celto-ligures, sauvagement conquis par les soldats romains et leurs protégés grecs massaliotes… Faut-il pour autant m’exclamer :
" Celto-ligures dispersés dans tous les pays par la conquête, revenez vers la terre de vos aïeux, la terre promise, et chassons-en les usurpateurs… D’autres l’ont fait en méditerranée, pourquoi ne le ferions-nous pas ? "
En fait, je voudrais bien (bon, je plaisante), mais de toute façon, si j’en crois mon arbre généalogique, « les miens », comme on dit en bons propriétaires, se sont installés des siècles après en terre celto ligure, et au temps des oppida comme d’ailleurs au temps des cathares, ils faisaient leur vie ailleurs, du côté des Alpes, des Pyrénées et de la Toscane.. .

Donc je m’abstiens.
Tout en précisant que si l’humanité est depuis toujours porteuse de conquêtes sanglantes qui se disent civilisatrices ou libératrices, ce n’est pas une raison pour continuer… Mais en prend-on le chemin ?

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