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Mon amant de Saint-Jean

jeudi 21 mai 2026, par René Merle

On parle beaucoup, et en mal, de Patrick Bruel ces temps-ci. Je me garderai de donner des leçons de morale, mais je dirai seulement que je n’ai jamais aimé, musicalement, le Bruel de la Bruelmania d’antan. Et je lui en veux surtout d’avoir massacré une des plus belles chansons musette de notre répertoire : Mon amant de St-Jean.
Quel que soit le mépris actuel pour le musette, dont le nom vient de la cornemuse auvergnate qui fit danser le Paris populaire avant que l’accordéon italien de la Belle Époque ne la remplace, toujours sur trois temps lancinants, j’ai gardé un faible pour cette musique populaire depuis vulgarisée, au mauvais sens du mot, puis lamentablement folklorisée par les franchouillards style "Nous sommes chez nous".
À la veille de mettre ce site quelque peu en repos (les neurones fatiguent à l’approche de mes 90 ans), je redonne à ce propos un très ancien article :

Suite à l’article La Belle de Mai, nouvelle (longue), une longue nouvelle qui se termine par une valse marseillaise que j’aime beaucoup, un lecteur a cru déceler en moi une faiblesse sénile pour le musette. Et pourquoi pas ?
Sur ce site, il a été quelque peu question de Pétain, et de la guerre. Et ce n’est pas fini.
Si je rassemble mes souvenirs de la guerre (j’avais 6 ans en 1942, quand Allemands et Italiens occupèrent la Zone Sud, et donc pleinement l’âge de me remémorer la suite, avec notamment ce qui pouvait traumatiser un enfant, les bombardements alliés par exemple), le refrain qui me revient, entre tant d’autres que ma mère chantait, mais plus sans doute, est celui que toute la France chanta à partir de 1942, quand Lucienne Delyle l’enregistra, au plus noir de ces années noires. Une chanson qui fut bien plus tard le leitmotiv du Dernier Métro, une chanson récemment profanée par Bruel.
Pour la petite histoire, rappelons que ces paroles nostalgiques (de Léon Agel, 1937, modifiées en 1942) valsent, n’en déplaisent aux Nationaux identitariste, sur la musique si typiquement « française » d’un fils d’émigrés italiens, pur produit du Paname d’antan : Emile Carrara (1915-1973), un roi de l’accordéon ; et que cette musique a fait danser toute une jeunesse au temps où les bals étaient interdits par l’ordre moral pétainiste.
Donc, sans hésitation, un grand coup d’accordéon musette...

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