La Seyne sur Mer

Accueil > Identités, régionalismes, nationalisme > Images des morts

Images des morts

vendredi 7 mai 2021, par René Merle

Nous qui ne participons pas de cette tonique culture mexicaine, où la populaire célébration de la précolombienne Fête des Morts, (Día de los Muertes) réconcilie les morts et les vivants dans une imagerie joyeusement macabre, nous ne pouvons, en notre jour des morts, que regarder les images de « nos » morts, ceux que nous avons connus, car la photo, voire l’image animée, la plupart du temps sont là. Mais est-ce vraiment la bonne porte vers le souvenir ? Le vrai souvenir est celui du vécu, et non de sa mise en icône, aussi belle et parlante qu’elle soit.
Plus haut, au-delà de nos souvenirs d’enfance, tout nous échappe, et les photos qui peuvent demeurer des quelques générations qui ont précédé nos grands-parents, voire arrière grands-parents, ne peuvent qu’être énigmatiques, malgré l’éclairage historique.
Et ce n’est pas la quête généalogique qui nous éclairera en amont. Titillé par la présence massive, et quelque peu envahissante des généalogistes lorsque je poursuivais mes recherches aux archives départementales, je me suis à mon tour essayé à la généalogie. Il n’est pas bien difficile de remonter jusqu’au XVIIIe siècle. Mais dans ce buisson foisonnant de noms, et donc de personnes dont je porte l’héritage génétique, le seul qui me concerne vraiment, qu’y a-t-il de parlant en dehors de la quête sociologique et historique ? Même si je connais leurs origines, leurs états, leurs lieux de vie, voire leurs engagements, je ne sais dans leur chair et leurs visages qui furent ces aïeux et aïeules. Et même si je voudrais intensément le savoir, je ne le saurai sans doute jamais.
Quelle importance en définitive ? Comme disait Jésus, selon Matthieu, il faut laisser les morts ensevelir leurs morts. Parole énigmatique, ou si parlante ? À chacun d’interpréter…
Pour autant, je me suis défaussé du titre de ce billet en ne parlant que de nos deuils et de nos anciens. Quid de l’image des autres disparus, cette foule humaine sans cesse croissante depuis l’apparition, la dispersion et la multiplication des premiers groupuscules d’humains lâchés, par force, dans l’aventure de la survie. J’avoue avoir à ce propos quelques considérations iconoclastes (c’est bien le mot !). J’y reviendrai peut-être.

Répondre à cet article

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP