La Seyne sur Mer

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On est chez nous...

mardi 25 mai 2021, par René Merle

Cf. : Immigration. Paradoxe du RN ?
En attendant peut-être le soir de l’élection régionale et de la victoire possible du RN, un souvenir de l’élection municipale qui avait vu la victoire du RN dans ma ville.
Pendant que d’autres s’en vont le cœur bien triste, retentit le "On est chez nous".
"On est chez nous" scande la petite foule acclamant sa victoire et brandissant le drapeau tricolore. Victoire de l’intégration à la française en quelque sorte. Victoire de la francitude. Dans la foule se bousculent entre autres les enfants et petits enfants d’immigrés italiens et espagnols, en métropole comme en Algérie française, dont les parents ont payé par le travail et par le sang versé leur francitude. Noms en I, en O, en EZ, y.c celui de l’élu : peu importe, "On est chez nous", et on en est fier. "On est chez nous" scandent aussi sans complexe les héliotropes fraîchement descendus d’outre-Loire s’établir dans les collines désormais mitées de résidences [les Belges, Britanniques et autres Scandinaves sont restés dans la colline devant leur télé]. "On est chez nous", nous aussi, scandent les derniers porteurs chromosomiques d’une provençalité autochtone qui ont vendu leur terre au plus offrant. "On est chez nous"...
À quelques centaines de mètres, les cités HLM et la vieille ville, où depuis longtemps on n’est plus "chez nous". "On est chez eux", déclare une dame à la télé, "on est chez eux"... Discours ordinaires, entendu partout, tous les jours, pour peu que vous sortiez : Ils sont partout, ils nous envahissent, leurs filles affichent le voile et leurs fils, n’en parlons pas, vous m’avez compris...
"Eux" ? Tous dans le même sac... Fils de Harkis ayant combattu pour la France, fils d’une immigration massive post-indépendantiste, peut importe. "Eux".
Tous les discours, toutes les explications, toutes les analyses politiques et sociologiques, certes bien fondées, sur la prégnance frontiste, ne sauraient occulter ce socle hélas populaire fondamental et fédérateur : le sentiment anti-arabe.
Je l’évoquais en 1998 : Droite extrême, un article de 1998 toujours valable aujourd’hui
Je le retrouve aussi fort, sinon plus, aujourd’hui (mais aujourd’hui nos aveugles intellos ne parlent plus d’Arabes, mais de Musulmans…).
Ce qui n’empêchera pas les mêmes manifestants bien de chez nous de remplir les gradins d’un stade rugbystique fétiche, pour applaudir sans états d’âme une équipe d’anglophones financée et managée par un prestigieux fils de "chez eux"... Ce qui ne les empêchera pas d’aller profiter des plages tunisiennes et d’aller passer Noël à Marrakech (mais ça c’était avant le confinement)...

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