La Seyne sur Mer

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Ce qu’Engels ne pouvait (peut-être) pas prévoir en 1895…

mardi 4 mai 2021, par René Merle

Cf. Engels, le Parti social-démocrate allemand et le passage pacifique au socialisme, 1895.

Chaussant d’une certaine façon les bottes de Lassalle [1](avec lequel pourtant il n’avait vraiment pas d’atomes crochus), Engels mettait donc en 1895 ses espoirs dans la progression électorale de la social-démocratie, et, partant, l’avènement pacifique du socialisme.
Les chiffres de 1912 l’auraient réjoui : 4.250.000 voix, et avec 110 députés, le groupe le plus important du Reichstag. Cependant qu’au plan syndical la Confédération générale ouvrière, sociale-démocrate, est forte de 2.500.000 adhérents !
Mais le ver est dans ce fruit succulent : en dépit d’un attachement formel au marxisme, de plus en plus de dirigeants socialistes pensent que l’objectif du Parti n’est plus la transformation socialiste de la société, mais l’aménagement de la société capitaliste par des réformes progressives. Nous l’avons vu dans un article précédent[[Cf. 2361}.], bien avant son retour en Allemagne en 1901, l’ami d’Engels, son compagnon d’exil, un de ses exécuteurs testamentaires, Eduard Bernstein, clamait haut et fort son révisionnisme : le crise finale du capitalisme, engendrée par la baisse tendancielle du taux de profit, n’arrivera pas ; au contraire, le capitalisme est en essor, il crée de plus en plus de richesses et les socialise ; le bon sens serait donc, par un réformisme intelligent, d’œuvrer pour que la classe ouvrière en ait sa juste part.
Et, même si ses thèses sont formellement condamnées par le congrès social-démocrate de Dresde en 1903, Bernstein est de plus en plus soutenu par une partie de la direction syndicale sociale-démocrate, par la masse de "permanents" socialistes qu’ont engendrés les victoires électorales, législatives et municipales, la participation aux structures officielles de prévention et de gestion sociales, l’essor coopératif, etc. "Aristocratie ouvrière" contestée par les tenants d’une ligne révolutionnaire "à l’ancienne", (qui demandent, sans succès, l’exclusion des révisionnistes), mais en phase avec "l’embourgeoisement" relatif de la classe ouvrière, son intériorisation de l’idéologie dominante, et avec le ralliement d’une partie des couches moyennes (de plus en plus fournisseuses de jeunes cadres gestionnaires éduqués à la social-démocratie). À l’évidence, la social-démocratie n’est plus vraiment un danger pour le système auquel elle s’intègre de plus en plus.
On ne s’étonnera pas que, dans ces conditions, une partie de l’appareil du Parti en arrive même, au nom de la bonne santé de l’économie nationale, à approuver la toute récente expansion coloniale, à justifier une expansion européenne du Reich vers l’Est, et à désigner la Russie comme l’ennemi potentiel avec lequel il faut se préparer au conflit. On connaît la suite...

Notes

[1Un dirigeant social démocrate allemand avec lequel les dirigeants sociaux démocrates marxistes avaient polémiqué dans les années 1860

1 Message

  • Certes Marx a bien découvert la baisse tendancielle du taux de profit et « les lois qui la contrecarrent ». Engels a bien assimilé cette découverte lorsqu’il complète et publie le livre 3 du Capital.
    Mais il n’a pu aller jusqu’à une analyse approfondie de la crise suraccumulation-dévalorisation du capital, bien qu’il en ait eu l’intuition.
    Les aménagements du capitalisme dans la répartition du surproduit et les variations de la plus-value relative, celle que permet la productivité nouvelle d’après-guerre, dans la bataille syndicale et politique, ont permis la poursuite de la consommation qui a rendue forte la social-démocratie et le communisme municipal par exemple, dans un nouveau cycle de développement.
    Par contre aujourd’hui l’impétuosité de la révolution scientifique et technique, et numérique en dernière instance, et sa mise en pratique dans la production, enfle démesurément le capital constant et la baisse du taux de profit, et la crise de suraccumulation-dévalorisation du capital.
    Contradiction : le capital crée, donne les moyens humains de la révolution scientifique et technique, la révolution scientifique et technique développe le capital constant, ce développememnt entraîne une baisse continue et exponentielle démontrée du taux de profit et la croissance de la crise suraccumulation-dévalorisation du capital, du parasitisme financier… ET en CERCLE, en cycle vicieux crée les conditions de blocage de la révolution scientifique et technique et en unité de mouvement, du processus de développement- complexification de l’humanité : c’est-à-dire la satisfaction des besoins humains, en quantité et EN QUALITE. QUALITE dont dépend ce processus, le rapport des hommes entre eux et le rapport des hommes avec la nature dont ils sont partie intégrante….
    Cette situation nouvelle qui se développe sous nos yeux pose d’aborder la question politique tout à fait différemment. Nous qui vivons cette nouveauté, à la différence de Marx et d’Engels, sommes en retard sur Marx et Engels : question d’idéologie dominante et des moyens du capital pour l’imposer, médias et organisation du travail unis !
    Dixi et salvavi animam meam 
    Amitié au rédacteur et saluts aux lecteurs.
    Pardon pour la longueur !
    Pierrot.

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