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Emmanuel Macron Président de l’Europe

dimanche 2 mai 2021, par René Merle

William Drozsiak, ancien correspondant du Washington Post à Paris, a publié en avril 2020 The last President of Europe (Éditions PublicAffairs), un ouvrage à la gloire du Président Macron,
On pouvait lire dans le Figaro du 7 mars de cette année une entretien avec William Drozsiak. Il y déclare notamment :
« Je n’ai pas mis de point d’interrogation pour être un peu provocateur. Mais je crois vraiment qu’il est le dernier à défendre l’idée d’une Europe intégrée, à un moment où elle n’est plus partagée par les autres chefs de gouvernement du continent. »
Europe intégrée ? Il semble pourtant que Mme Merkel n’en ait jamais abandonné l’idée, pourvu que cette intégration se fasse au profit de la politique allemande.
J’ai conservé dans mes archives l’entretien accordé le 19 janvier 2012 par Mme Merkel à plusieurs grands quotidiens européens [1].

Au journaliste qui filait la métaphore du concert européen, Mme Merkel a répondu : « Mais pour en revenir à votre métaphore musicale, je dirai qu’actuellement nous ne devrions pas parler de la beauté de la musique en soi ni de l’importance culturelle de l’orchestre. Nous devons plutôt jouer dans le concert des marchés mondiaux. Ils veulent entendre quelque chose de convenable. »
Convenable ! Nos amis grecs en surent quelque chose... Et nous sommes toujours sur la liste d’attente...
La chef d’orchestre, assistée de ses successifs admirateurs présidentiels français, annonçait la couleur : ce ne sont pas les peuples qui sont conviés au concert, mais les « marchés mondiaux », et ce sont eux qui choisissent le programme.
Quant à l’avenir, il est tout tracé : " « Ma vision est l’Union politique, car l’Europe doit suivre sa propre voie. Nous devons nous rapprocher pas à pas, dans tous les domaines politiques. En effet, nous nous apercevons de plus en plus que tout sujet chez le voisin nous interpelle, et vice versa. L’Europe, c’est de la politique intérieure.
Au fil d’un long processus, nous transférerons davantage de compétences à la Commission, qui fonctionnera alors comme un gouvernement européen pour les compétences européennes. Cela implique un parlement fort. Le Conseil qui réunit les chefs de gouvernement formera pour ainsi dire la deuxième chambre. Pour finir, nous avons la Cour européenne de justice comme cour suprême. Cela pourrait être la configuration future de l’Union politique européenne, dans un certain temps, comme je le disais, et après de nombreuses étapes
. »
Inutile de dire que Mme Merkel a toujours eu l’intention de griller ces étapes !
Notre Président sera aussi Président de l’Europe à partir du 1er janvier 2022, et il espère sans doute trouver là un atout pour sa campagne (l’élection présidentielle française est en principe en avril). Nous verrons alors comment il se situe par rapport aux souhaits de Mme Merkel, aux louanges de William Drozsiak… et aux fameux 3% [2]
Pour ma part, en tant que citoyen français, et européen, j’ai eu cent fois l’occasion d’en traiter sur ce site, je considère comme très dangereuse l’intégration des États-Nations dans une Europe fédérale, c’est à dire le contraire de la confédération, qui peut être fructueuse en permettant à chaque État de ne pas sacrifier ses intérêts. Le récent scandale de la gestion européenne des commandes de vaccins en témoigne...

Notes

[1le Monde, supplément "Europa", 25 janvier 2012

[2Sur les règles financières européennes imposées en 2011, cF ; le document officiel :
https://www.senat.fr/europe/textes_europeens/ue0059.pdf
Voici la réaction que j’avais alors portée sur mon blog le 12 décembre 2011 : « Le coup d’État de décembre

Un coup d’État rampant vient d’avoir lieu. Désormais, par la grâce de deux agents du capital financier, qui se présentent en défenseurs de leurs intérêts nationaux et des intérêts de l’Europe, les élections, dans quelque pays européen qu’elles aient lieu, et donc "chez nous" (dans ce que l’on appelle encore République française), n’auront pour but que d’entériner la dictature de l’oligarchie financière, maîtresse des choix budgétaires nationaux. Et ce dans un chloroformage insensé de l’opinion : il n’est que de voir l’approbation massive par le peuple italien de la nomination par Bruxelles d’un "gouvernement de techniciens". Le coup d’État bonapartiste de 1851 avait vu courageusement se lever contre lui une partie du peuple français. Le coup d’État que nous vivons ne rencontre du côté de l’opposition institutionnelle qu’approbation, résignée ou convaincue... Les lendemains qui nous sont promis dans ces conditions ne sont pas des lendemains qui chantent. Et le jour où le peuple français se réveillera, il n’est pas sûr que ce soit cette fois sous le drapeau de la démocratie républicaine. »

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